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dimanche 20 mars 2005 à 13:37
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Dans ce sujet, chaque jour je vais essayer de vous présenter une BD recemment sortie pour rendre un peu plus de place à la bande dessinée sur ce forum envahie par les mangavores happy.gif et peut etre cela va déclencher de nouvelles passions chez certains rolleyes.gif
Je tiens à préciser ma source, un excellent site sur la bd Bd Gest

KOBLENZ tome 4, M comme Anarchie

Scénario, Dessin, Couleurs : Robin, Thierry
Editeur : Delcourt
Parution: mars 2005



Déjà un quatrième épisode pour cette étonnante série de Thierry Robin, qui allie un graphisme très personnel, tout en angles dans le trait comme dans les cadrages, et des récits mystérieux, oniriques, centrés sur l'énigmatique docteur Koblenz. Chaque album se déroule dans un lieu différent et en révèle un peu plus sur ce personnage doté de puissants pouvoirs, expert en phénomènes occultes. Une fois n'est pas coutume, ce quatrième tome fait la part belle à son assistante, Clara, qui collabore avec des anarchistes poseurs de bombes dans la Berlin du début du XXe siècle.

Démarrage tambour battant, graphisme somptueux dès les premières planches, Thierry Robin annonce d'emblée la couleur : cette quatrième aventure place la barre très haut. Déjà remarquée dès le premier tome, surtout pour son ambiance et pour l'univers visuel particulier, la série souffrait parfois de ces histoires complexes, fantasmagoriques, certes originales mais qui rendaient la lecture parfois laborieuse.

Il semble que l'auteur ait trouvé ici le thème idéal : sans renier les fondements de son univers, il ajoute une touche de polar qui donne ce rythme efficace qui manquait. L’histoire est convaincante, le suspense plus présent qu’à l’accoutumée, et si ce n’était suffisant, Robin ajoute une galerie de personnages secondaires pittoresques qui rendent l’ensemble plus vivant et particulièrement réussi. Et ce n’est pas tout : l’ambiance graphique appelle quant à elle les superlatifs. Le trait est toujours plus fin et soigné, la mise en page toujours imaginative gagne en lisibilité, le tout est sublimé par les couleurs : la dominante rouge / noir superbement utilisée confère à l’ensemble une élégance irrésistible, visible dès la couverture.

Inconstestablement, Koblenz s’impose avec M pour anarchie comme l’une des séries les plus intéressantes du moment. A noter la sortie simultanée d'un coffret regroupant tous les albums : à découvrir d’urgence…


Ce message a été modifié par Hadora - jeudi 24 mars 2005 à 20:13.
dimanche 20 mars 2005 à 17:35
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Je me permets de présenter cette bande dessinée en deux tomes:

Où le regard ne porte pas de Olivier Pont et Georges Abolin.



Dans le premier volet de cette bi-logie, on nous présente une famille irlandaise s’installant dans le Sud de l’Italie. Pour William, le fils âgé de dix ans, c’est une nouvelle vie qui commence. Il rencontre une fillette, Lisa, et deux garçons, Paolo et Nico, avec qui il partage les jeux, mais aussi la même date d’anniversaire et un mystérieux secret…

Le deuxième tome nous fait retrouver les quatre amis, adultes cette fois. Après s’être perdus de vue pendant vingt ans, ils se réunissent tous à la demande de Lisa. Celle-ci leur demande de partir en Amérique du Sud, à la recherche de son mari. C’est au cours de ce voyage qu’ils comprendront, (et le lecteur avec), le lien qui semble les unir…

Et voici ce que j'ai trouvé chez Dargaud:

"Oscillant entre chronique intimiste et récit initiatique, cette première partie nous narre une histoire d'amitié entre quatre enfants, ainsi que la tentative d'intégration d'une famille venue de Londres dans un petit village de pêcheurs italiens. C'est le prélude à un drame qui bouleversera la vie des protagonistes...

'Où le regard ne porte pas...' est édité chez Dargaud dans la collection Long Courrier. C'est une collection d'auteurs. Pas une voix, un tempérament, un graphisme, un scénario qui se ressemble. Seul point commun : la densité de lecture et sa qualité. Tous les genres sont admis en Long Courrier, du conte charmeur au récit réaliste, du drame provincial au polar pimenté. Chaque volume Long Courrier est un album complet, dans une pagination variable.
"

Ce message a été modifié par Kalos - dimanche 20 mars 2005 à 17:39.
lundi 21 mars 2005 à 14:29
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la Bd du jour :

Terra Incognita tome 2 Hozro

Scénario : Perrotin, Serge
Dessin : Chami
Couleurs : Verney, Jean
Editeur : Théloma
Parution: mars 2005



Sur Terre en 2154, ils sont 28 élus, choisis parce qu’ils sont chacun les descendants d’une des grandes civilisations ayant marqué l’histoire humaine. Enlevés d’un monde à l’agonie, au bord de l’implosion, par une mystérieuse entité supérieure, ils se retrouvent sur une terre bien différente de celle qu’ils ont quittée, 30 000 ans plus tôt. Ils ont pour mission de créer une nouvelle société plus humaine, plus en accord avec leurs ancêtres, mais la première nuit sera fatale à la majeure partie du groupe et ils ne seront que trois à survivre au massacre. Jézabel, Sal et Erwan partent à la poursuite de leurs ennemis et découvrent qu’il s’agit non seulement d’enfants mais qu’ils résident dans une cité d’inspiration Maya.

La sortie de ce tome 2 peut être considérée comme une bonne nouvelle. En effet, avec un premier tome paru aux éditions Nucléa, il n’était pas certain d’en voir la suite. Pourtant, les éditions Théloma reprennent le flambeau et à l’occasion de cette suite, rééditent le premier tome. Avec cette série, Perrotin signe un récit d’anticipation construit autour d'une civilisation post-apocalyptique. Les personnages principaux vont devoir faire face à une peuplade composée uniquement d’enfants et qui est bien déterminée à voir mourir ces intrus. Ils découvriront également que la lumière à l’origine de leur enlèvement joue un rôle très important dans cette cité. Cette série de science-fiction est intéressante car elle s’affranchit d’un certain nombre de codes et l’on s’imaginerait presque en Amérique du Sud à l’apogée des Mayas et des Incas. Cette originalité est payante et rend le déroulement de l’histoire attrayant.

Le dessin de Chami est très réaliste et agréable, le trait est fin et souple. Les décors et autres arrières-plans sont très détaillés donnant à l’ensemble une grande homogénéité. La double page représentant Venise rappelle la fin du film la Planète des Singes au moment où Charlton Heston découvre les restes de la statue de la liberté. La mise en couleurs de Verney est harmonieuse avec une palette aux tons vifs. L’ensemble est également plus lumineux que dans le premier tome. Conclusion attendue dans le prochain tome
mardi 22 mars 2005 à 12:01
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la bd du jour:

Dérapage

Scénario : Cerqueux, Renaud
Dessin : Cren, David
Editeur : Rackham
Parution: mars 2005


(j'adore la couverture laugh.gif )

Un homme et une femme roulent sur une route déserte des Etats-unis par une chaleur torride. La tension qui règne entre eux est révélatrice des quinze années passées ensemble à se supporter. Un événement imprévu va alors venir perturber leur voyage : ils vont embarquer un jeune auto-stoppeur pour lui éviter de rester sous ce soleil brûlant. Bien mal leur en a pris, ce paisible trajet va très rapidement prendre une tournure inquiétante pour finir par se transformer en un véritable cauchemar.

Renaud Cerqueux et David Cren, deux jeunes auteurs brestois, signent pour leur première collaboration un album remarquable. Un mélange de genres savamment dosés constitue ce polar se déroulant à huis-clos sous forme de road-movie. Les nombreux flashs-back dévoilent peu à peu les personnages et leur histoire, et l’on comprend mieux l’animosité présente au sein de ce couple. L’humour y est noir, les dialogues tranchants et sans concessions : il en ressort une saveur particulière. Avec un découpage efficace, la narration est soutenue et ne souffre aucun temps mort malgré la longueur de l’histoire.

Le dessin de Cren est brut avec des visages caricaturaux taillés au couteau. Son trait ne laisse pas indifférent : dérangeant au premier coup d’œil, il trouve toute sa force dans la large palette qu’offre ces gueules en matière d’émotion, de l’amour à la colère en passant par l’effroi. Son coup de crayon est vif et direct, voire grossier, mais terriblement efficace.

Avec Dérapage, les éditions Rackham publient un récit fort, cynique, et à l’humour décapant. Une réussite pour ce premier album qui mérite que l’on s’y attarde.
mercredi 23 mars 2005 à 11:27
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FEROCE

Scénario : Omond, Eric
Dessin : Supiot, Olivier
Editeur : Glénat
Parution: mars 2005



Seul, perdu dans le froid du Grand Nord, Bödvar le viking s'apprête à livrer son dernier combat, c'est l'ultime confrontation d'un homme face à ce qu'il est devenu : un animal sanguinaire. Recueilli par un shaman et son protégé, il s'en ira en compagnie du jeune inuit, parcourant les contrées sans fin de ce monde de glace. Que pourra-t-il retirer de ce voyage au plus profond de lui-même ?

Féroce est une fable, un ballet artistique, un tour de force graphique : impossible ici de dissocier le fond de la forme tant le dessin de Supiot et ses couleurs flamboyantes accompagnent à merveille le conte poétique d'Omond. D'une complémentarité rarement atteinte, ces deux auteurs nous offrent une histoire qui, derrière une apparente simplicité, nous renvoie à des problèmes graves qui ont trait à la nature de l'homme. On assiste à cette débauche de violence, à ce sang versé en masse, à ces morts innombrables… et le dégoût fait bien vite place à une triste évidence : ce n'est plus la vie de ce Bödvar que nous suivons mais celle de l'Homme, celui qui a bâti son Histoire sur la guerre et la destruction.

Féroce est empli de la force des légendes humaines, de ces histoires toute simples qui se font l'écho de notre nature profonde. Plus contemplatif que véritablement frénétique, ce récit est étrangement calme. De cette dichotomie naît un rythme lent et une ambiance qui s'installe peu à peu, comme pour inviter le lecteur à accompagner le héros dans son cheminement intérieur.

Féroce est fait de grands espaces que Supiot met à profit pour faire la démonstration d'un art qui toise la perfection. Il nous dépeint ces grandes étendues au blanc éclatant, ce ciel rougeoyant aux teintes lumineuses, ces vastes plaines baignées de la lumière du jour… avant de replonger dans la folie de ce monde barbare : ces massacres inhumains, ce sang qui dégouline, ces rêves fantasmatiques d'un noir si lugubre et si oppressant… C'est sûrement dans une telle variété de tons et d'ambiances qu'on reconnaît la patte d'un grand artiste, un artiste qui se met avant tout au service d'un univers et de personnages.

Féroce est un livre qui fascine, à tel point qu'on en oublierait presque un point essentiel : il est finalement très court, vite lu, et ne s'encombre pas d'un scénario vraiment construit ni d'une réflexion vraiment aboutie. Il pourra donc aussi bien décevoir le lecteur en quête d'un album vraiment "fini" qu'enthousiasmer celui qui aime les histoires moins approfondies.

Ce message a été modifié par Hadora - mercredi 23 mars 2005 à 11:28.
jeudi 24 mars 2005 à 20:11
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H.M.S. - His Majesty's Ship tome 1. Les naufragés de la Miranda

Scénario : Seiter, Roger
Dessin : Roussel, Johannes
Couleurs : Roussel, Johannes
Editeur : Casterman
Parution: mars 2005



1795, une escadre anglaise essuie une tempête en traversant le golfe de Gascogne. Au plus fort de cette dernière, sur la Danaë, trois hommes tombent à la mer. Quelqu’un a coupé la corde d’appui lors d’une manœuvre délicate. Au même moment, sur la Miranda, quelques hommes sabotent l’appareil à gouverner. Ces incidents anodins sont-ils liés, font-ils partie d’une machination ? Enrôlé de force au sein de l'équipage, John Fenton cherche à identifier les responsables de son embarquement. Ses recherches ne plaisent pas, car il cherche là où il ne devrait pas, et certains sont prêts à tout pour empêcher la vérité d’éclater.

H.M.S. est un album atypique qui mêle à la fois une aventure maritime d’époque et un polar. Roger Seiter est un habitué du genre policier, sa série Fog le démontre à chaque volume. Ici, l’intrigue prend place sur un navire de la prestigieuse flotte britannique. Se déroulant à huis-clos, elle est très bien gérée et les éléments sont amenés au moment opportun, maintenant le suspense tout au long de la lecture. Des incidents sans liens apparents finissent par se conjuguer pour laisser entrevoir la trame d'un complot plus complexe. Cette nouvelle série est très bien documentée. L’utilisation du livre de Jean Boudriot, Le Vaisseau de 74 canons, maître en la matière, est l’assurance d’un récit d’époque de qualité. Cette référence a également été utilisée par Patrice Pellerin pour L’Epervier. Les navires et la vie à bord sont dépeints dans les moindres détails, conférant une grande crédibilité à l’histoire.

Le dessin de Johanne Roussel est très réaliste et précis. L’atmosphère intérieure si oppressante du navire est bien retranscrite, à l'image du film "Master & Commander". Il joue également assez aisément avec les cadrages malgré les difficultés de cet exercice. Les visages sont un peu trop anguleux. La mise en couleurs manque un peu de chaleur et certaines pages paraissent trop froides. Pourtant, la technique est parfaitement maîtrisée et les jeux de lumières ont un rendu remarquable. Les vêtements sont bien mis en valeur, il suffit de regarder de près les différents motifs pour s’en rendre compte. On pourra pourtant s'amuser d'un léger anachronisme avec l'utilisation répétée de la toile dîte "de Vichy", qui n’a été commercialisée par l’Angleterre qu’une cinquantaine d’années plus tard.

Avec ce début prometteur, Les Naufragés de la Miranda complète la collection Ligne d’Horizon des éditions Casterman.

Ce message a été modifié par Hadora - jeudi 24 mars 2005 à 20:14.
vendredi 25 mars 2005 à 21:59
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Les guerriers du silence tome 1. Point rouge

Scénario : Algésiras
Dessin : Ogaki, Philippe
Couleurs : Servain
Editeur : Delcourt
Parution: mars 2005



Les Scaythes d'Hyponéros viennent de faire une découverte capitale : grâce à la science inddique, ils peuvent désormais tuer par la simple force de la pensée. Le sort de l'univers vient de basculer. La Confédération de Naflin vit ses derniers moments. Rien ne peut empêcher l'avènement de l'Ang'empire et le joug du Verbe du Kreuz. A moins que l'Ordre Absourate, force protectrice de la confédération ait les moyens de résister ? Ou l'espoir réside-t-il en la personne de Aphykit, dernière dépositaire encore en vie de la science inddique ? Tixu Oty, obscur parmis les obscurs, s'est brusquement mis à le croire et fera tout pour la secourir, quitte à traverser l'univers pour ça !

Enorme défi que cette adaptation du roman de Pierre Bordage en bande dessinée ! D'abord par l'ampleur de la tâche : d'un roman flirtant avec les 600 pages Algésiras et ses comparses nous promettent quatre tomes (sans compter les deux autres romans que compte cette trilogie). Défi aussi car l'univers de Bordage est riche et complexe : beaucoup de forces et de personnages en présence, de nombreuses planètes traversées, un luxe du détail dans la description des sociétés rencontrées, des trouvailles exotiques, étranges à n'en plus finir. En bref, un passionnant space-opéra. Alors forcément il a fallu trancher dans le vif, accélérer certaines séquences, reporter certaines explications dans les pages de garde. Le tome est dense et, si sans connaître le roman il ne doit pas être facile d'y retrouver tous ses petits, il n'en reste pas moins un grand plaisir de lecture.

Tout d'abord bien sûr, il y a la mise en images d'Ogaki qui est parfaitement fidèle à l'esprit du roman et remplace bien des discours : les redoutables mercenaires de Pritiv sont menaçants à souhait, les jardins de Syracusa enchanteurs, et l'horreur des croix de feu bien suggérée. Et puis Algésiras a finalement su extraire du livre original une trame nerveuse et pleine de rebondissements. Immersion totale et rapide dans la Confédération de Naflin donc. Qu'adviendra-t-il d'Aphykit ? Réponse au prochain tome que l'on espère proche même si bien des curieux auront déjà franchi la porte de leur libraire et acheté la trilogie des Guerriers du Silence. Pour ceux-là, on peut parier que le trio à la tête de cette adaptation arrivera malgré tout à les surprendre ! A suivre...

samedi 26 mars 2005 à 15:39
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Black Hills 1890 tome 4. One eye

Scénario et Dessin : Marc-Renier
Couleurs : Bastin, Marie-Noëlle
Editeur : Glénat
Parution: mars 2005



Armand Lebon est un photographe. En cette fin du XIXe siècle, il a quitté sa France natale pour immortaliser une culture en voie d’extinction, celle des indiens. Accompagné de Lewis Kayne, un homme ayant sympathisé avec les Sioux, il découvrira la tragique réalité d’un peuple à l’agonie et voué à l’extermination. Il se retrouvera seul face à son destin et mettra tout en œuvre pour venger celui qui était devenu un ami.

Loin du manichéisme et de la violence de Durango, Swolfs s’est lancé, avec la série Black Hills, dans un western plus authentique. Basé sur des faits réels, il expose les derniers soubresauts d’un peuple que l’on extermine lentement, à travers le regard et le destin d’un photographe français. Le propos est grave, et de manipulations en assassinats sauvages, on assiste à la fin de ce génocide de la population indienne. C’est le combat inégal d’une ethnie face à une industrialisation galopante et au besoin d’espaces d’une société en pleine expansion. Pour ce quatrième volume qui achève le récit, Marc-Rénier est seul aux commandes. Il s’en tire plutôt bien, la qualité est au rendez-vous, dans la continuité des tomes précédents. One-Eye se distingue par son intrigue principalement centrée sur Lebon et son désir de vengeance. Le voile se lève enfin sur les dernières questions restées en suspens.

Le dessin est toujours aussi agréable. Il est réaliste, un peu trop travaillé, notamment dans les ombres où il gagnerait à être moins hachuré et à s’appuyer davantage sur la mise en couleurs pour jouer sur les lumières. Même si son trait se passe très bien de cette dernière, elle rehausse l’ensemble et les tons, judicieusement choisis, restituent parfaitement cette atmosphère si dure si dure propre à l’environnement et au contexte historique.

One-Eye clôt ce premier cycle et classe Black Hills parmi les bons westerns avec un récit ancré dans son époque.
dimanche 27 mars 2005 à 19:01
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Arthur tome 7. Peredur le naïf

Scénario : Chauvel, David
Dessin : Lereculey, Jérôme
Editeur : Delcourt
Parution: mars 2005



A travers Arthur, une épopée celtique, les auteurs ont l'ambition de nous faire découvrir les légendes arthuriennes originelles. Païennes, barbares, elles sont ancrées dans la culture anglo-saxonne et remontent au Vème siècle. Peu nombreux sont les points communs avec les versions plus médiévales et chrétiennes qui nous sont familières. En effet, dès le XIIème siècle, de nombreux auteurs se les sont réappropriés et les ont entièrement réinventées, Chrétien de Troyes en tête. Ne vous attendez donc pas à y trouver Lancelot du Lac, les chevaliers de la table ronde ou autre quête du Graal.

Dès lors, suite à un titanesque travail de documentation, David Chauvel a dû à son tour interpréter ces légendes et les ordonner. Ainsi, il offre par exemple un rôle à l'enchanteur Merlin bien que ce dernier n'eût à l'origine quasiment aucun lien avec Arthur. Toutefois, ces vieux textes étant tellement imprégnés de magie et de merveilleux, l'énigmatique personnage s'est vite avéré indispensable. Merlin, ou plutôt devrait-on dire Myrddin : en effet, l'auteur a poussé le vice jusqu'à utiliser les noms gallois. Ne vous amusez donc pas à lire ces histoires à voix hautes car les noms sont imprononçables ! Jugez plutôt : Gwenhwyfar (Guenièvre), Gwalchmei (Gauvin), Kaletvwlch (Excalibur) ou encore Peredur (Perceval) qui est au centre de ce septième album.

Par ailleurs, l'approche de cette série a toujours été très claire pour David Chauvel : restituer l'ambiance de ces mythes, en conservant au maximum leur style et leur spécificité. Cela passe par une narration lourde, monotone et souvent répétitive. Rien de très attractif au premier abord mais on se laisse en fait étrangement bercer et charmer par ces aventures épiques. Il ne pouvait ensuite trouver meilleur illustrateur que son complice Jérôme Lereculey qui ne cesse de se transcender depuis le début de la série. Son dessin réussit à merveille à retranscrire une atmosphère d'anciens récits mythiques avec ses barbares, sa magie, ses dragons... Il y a une réelle osmose avec le sujet traité qui permet au lecteur d'être immédiatement immergé dans cet univers.

Peredur le naïf, qui peut se lire indépendamment du reste de la série, est dans la lignée des tomes précédents. Arthur y est une nouvelle fois relégué au second plan, et si ce genre d'histoire est loin d'être sans intérêt, on a tout de même hâte de le retrouver en compagnie de sa femme Gwenhwyfar, même si la suite contera son déclin avec l'entrée en lice de Merdrawt (Mordred).
Un bel album au sein d'une série menée de mains de maîtres
lundi 28 mars 2005 à 15:07
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la bd du jour:

London tome 1. La fenêtre fantôme

Scénario : Rodolphe
Dessin et couleurs : Wens, Isaac
Editeur : Glénat
Parution: mars 2005



Mort London, jeune homme de bonne famille aux tendances bohèmes, écoute le projet de roman de son ami. Il s'agirait d'un comte Voïvode particulièrement cruel qui aurait fait empaler plus de 40000 soldats turcs. Son nom : Vlad Tépés. Bonne idée à exploiter pour cet ami qui n'est autre que Bram Stoker, le futur auteur de Dracula ! Bram donc, par amitié pour Mort, lui trouvera un travail d'intendant du domaine de Sir Delawny. Si Mort London s'acclimate parfaitement à ses nouvelles fonctions, l'étrange ne se situe pas seulement dans les romans de son célèbre ami : la propriété des Delawny recèle elle aussi bien des secrets... Pendant ce temps, à Londres, des meurtres de prostituées font resurgir le spectre du non moins célèbre "Jack the ripper". Le décor est planté, Mort saura-t-il débrouiller les mystères qui l'entourent, Bram y trouvera-t-il matière à son futur roman ?

L'époque Victorienne n'en finit pas de fasciner. En particulier ses ombres et ses mystères dans lesquels Rodolphe et Wens nous invitent à plonger avec une certaine jubilation. Bien des grands mythes fantastiques de cette époque, littéraires ou non, se sont donnés rendez-vous dans ces pages. La Golden Dawn (société secrète composée de férus de paranormal), Dracula, Jack l'éventreur, Docteur Jekyll et Mister Hyde s'entremêlent pour nous donner le frisson. Et ça fonctionne ! Le dessin de Wens, tout en couleurs directes, manipule des verts bouteille, des gris brouillard ainsi que toute une palette d'ombres pour donner une atmosphère Victorienne des plus mystérieuse et crédible. Dans l'enquête qui se profile petit à petit, on s'attendrait presque à voir surgir un Sherlock Holmes cherchant à résoudre quelque ténébreuse arcane dans une lande anglaise oppressante. Ce plaisir de la narration, Rodolphe le transmet entièrement à ses lecteurs.

C'est donc une belle réussite que le démarrage de cette nouvelle série. Même si son personnage central, Mort London, est loin d'être le plus intéressant de l'album (un peu trop stéréotypé sans doute), on se laissera donc entraîner avec plaisir dans les bas-fonds de la nuit londonienne, pour se fondre dans le décor en espérant toutefois rester à bonne distance du tueur
mercredi 30 mars 2005 à 10:59
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la bd du jour (dsl pour hier mais j'ai pas eu le temps)

Il faut tuer José Bové

Scénario, Dessin, Couleurs : Jul
Editeur : Albin Michel
Parution : février 2005



Panique dans le monde des affaires : cet empêcheur de cloner en rond de José Bové fait rien qu'à empêcher d'honnêtes capitalistes à faire du business. Trois PDG de multinationales décident de s'associer pour faire disparaître le champion de l'altermondialisme.

Cet album n'est pas une BD, c'est un jeu de massacre. Tout y passe, de l'exploitation des populations dans les pays dits "émergeants" aux "alter tout-et-n'importe quoi", en passant par Raël et l'appétit gargantuesque de Michaël Moore. L'humour au vitriol de Jul ne fait aucun cadeau aux tenants des idées reçues, caricaturant délibérément toutes les modes ; qu'elles découlent de la "culture" TF1 ou des discours contestataires.

La Bande Dessinée d'opinion est suffisament rare pour être saluée quand elle est de qualité. "Il faut tuer José Bové" entre dans la catégorie de ces albums qui ne font ni prosélytisme, ni caricature désabusée du "tous pourris", c'est tout simplement une satire des contradictions qui se déversent sur nos écrans de télévision.

Un livre drôle et décapant, digne de certains abums de Pétillon ou de Luz, ce qui n'est pas le moindre des compliments.
jeudi 31 mars 2005 à 18:56
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Vent dans les sables tome 1. L'invitation au voyage

Scénario,Dessin, Couleurs : Plessix, Michel
Editeur : Delcourt
Parution : mars 2005



Après avoir adapté le roman Le vent dans les saules de l'anglais Kenneth Grahame, Michel Plessix, tel que le laissait supposer l'épilogue du premier cycle, s'en approprie les personnages pour les lancer dans la nouvelle aventure du Vent dans les sables. On retrouve Rat, Taupe, Crapaud et les autres dans la quiétude du Bois Sauvage. Pourtant le récit d'un rat marin bourlingueur et une nouvelle facétie du maître du manoir têtard vont bientôt troubler cette tranquilité

L'enchantement suscité par le Vent dans les saules faisait espérer une suite digne de ce nom. Il eut été facile de faire rester les héros près de leur marais à batifoler de catastrophe en catastrophe causées par Crapaud. Le catalogue inépuisable de possibilités l'aurait permis. Mais voilà, Michel Plessix n'est pas homme à se contenter d'un simple bis repetita. Après quelques années de réflexion et un délai suffisant qui ont vu les droits d'adaptation tomber dans le domaine public, il nous invite au voyage en compagnie de "ses" personnages en prenant la direction de l'orient.

Car c'est d'invitation au voyage dont il s'agit. Quel meilleur titre pour cette introduction à une nouvelle aventure qui promet dès le premier tome d'égaler, voire de surpasser par son exotisme, l'adaptation du roman originel ? Une fin d'été sur des champs paisibles, un début de migration pour les hirondelles et la rencontre d'un bourlingueur, tout cela en autant de tableaux dignes des plus grands illustrateurs de nos belles campagnes européennes. Plessix réussit encore un exploit en nous offrant un niveau de détail justifiant à lui seul un nombre considérable de lectures afin de saisir les multiples histoires qui se jouent au sein des mêmes cases.

Parler de deux niveaux de lecture prend tout son sens ici. Cette bande dessinée est destinée aux jeunes et aux moins jeunes. La mise en scène de personnages animaliers et les gags à répétition pour les petits, l'exclusion (juste esquissée ici), les chansons de marins et les nombreux clins d'œil, le tout traité humoristiquement, pour les plus grands. Et en sus, un peu partout, les mouches et les oiseaux pour tous.

Qui pourra se contenter que d'un seul passage ? Saisir toutes les subtilités graphiques et narratives demande une bonne dose de temps libre. Comment ne pas s'extasier sur un trait aussi pur et riche à la fois ? Et comment réaliser qu'une seule année de travail peut donner un résultat aussi parfait ? Toutes les cases sont autant de tableaux aux couleurs enchanteresses (surtout ne reculez pas devant le mauve de la couverture) et aux détails précis. Le tour de force est bien de réaliser une BD humoristique de qualité avec un dessin aux décors réalistes et aux personnages au physique rondouillard. Le tout forme une succession d'aquarelles à contempler sans fin.

Asseyez vous dans l'herbe verte, regardez passer les papillons, dégustez un petit rosé bien frais et invitez-vous au voyage en ouvrant ce bijou de virtuosité poétique.

Ce message a été modifié par Hadora - jeudi 31 mars 2005 à 18:57.
vendredi 01 avril 2005 à 18:39
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la bd du jour :

Thomas Silane tome 2. Le tueur de Noël

Scénario : Buendia, Patrice
Dessin : Lécossois, Yves
Couleurs : Lécossois, Yves
Editeur : Bamboo
Parution : mars 2005



Thomas Silane est un journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, beau gosse et à la tête bien faite. Mais il a quelque chose de plus : un appareil photo mystérieux, qui a la faculté de restituer les scènes de crime au moment où elles se déroulent. Tandis qu’il cherche à élucider la disparition de ses propres parents, un serial killer affole la population en tuant des inconnus dans les lieux publics.

Ce second épisode fonctionne bien et c’est un paradoxe. Alors que le premier tome s’était avéré plutôt intéressant sur la base de cette idée d’appareil magique, les auteurs choisissent ici d’en faire le minimum autour de cet artifice. Sage idée, car l’intérêt d’une série policière dans laquelle il suffit de prendre une photo pour trouver le coupable s’estomperait rapidement. Et de fait, c’est ici à un thriller assez classique auquel on a droit, avec serial-killer, suspense et rythme efficace à la clé. C’est à se demander si les auteurs, partis pour faire une série un peu « paranormale », n’ont pas pris goût au bon vieux polar, et cherchent du coup à estomper ce côté fantastique. Amusant pour une série qui à la base reposait complètement sur cette originalité.

Non contents d'avoir un peu recentré la série, les auteurs ont également densifié une histoire qui, cette fois, s'étale d'ailleurs sur deux tomes. Et, cerise sur le gâteau, le graphisme progresse, dans le trait et surtout dans les couleurs, enfin correctes dans cette collection Grand Angle.

Au final, avec un dessin réaliste de bonne facture, parfait pour ce type de récit, et un scénario dynamique, Thomas Silane se révèle être une bonne série policière, finalement assez classique. Pas extraordinaire certes, mais on verrait bien ce type de héros récurrent s’installer dans la durée.
dimanche 03 avril 2005 à 19:17
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La bd du jour:

Le roi du monde tome 2. Le secret du Tzigane

Scénario : Corteggiani, François
Dessin : Cébé, Dominique
Editeur : Glénat
Parution: mars 2005



Début du XXème siècle, au-delà du cercle polaire. Des explorateurs découvrent par hasard un golem géant dans une grotte de glace. Un homme s’en sortira indemne après une explosion, mais la folie sera devenue sa compagne à jamais. De nos jours, Bastien Larkos et son ami, libraires férus d’ésotérisme, poursuivent leur quête d’informations a propos de cette icône mystérieuse. Une bande dessinée semble apporter des réponses à leurs nombreuses interrogations.

Deux hommes à la recherche d’un mystère du passé, des voyages au temps des croisades pour découvrir une civilisation ancienne, vous êtes bien dans la collection de la Loge Noire. Les ingrédients nécessaires à ce type de récit sont réunis autour d’une intrigue un peu complexe. Nombreuses sont les questions sans véritables réponses pour ce deuxième tome du Roi du Monde. Les références historiques sont plutôt floues et peinent alors à enrichir ce polar ésotérique teinté de fantastique.

Le dessin de Cèbe est correct, réaliste, sans grande originalité, ni force. La simplicité de certains décors accompagnés d’une mise en couleurs trop fade sont autant d’éléments qui nuisent à l’histoire. Le trait manque un peu de consistance et les aplats ou dégradés de couleurs ne suffisent pas à combler ces défauts. Pourtant certains extérieurs sont particulièrement soignés, mais à de trop rares occasions pour être significatifs. Les reflets sur les lunettes du personnage principal sont agaçants. En résumé, la narration graphique est inégale.

La mode est à l’ésotérisme mais voilà un nouvel album qui ne marquera sans doute pas les esprits. Une série destinée aux amateurs du genre uniquement.
lundi 04 avril 2005 à 18:21
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Blueberry tome 28. Dust


Scénario, Dessin : Giraud, Jean
Couleurs : Smulkowski, Scarlett
Editeur : Dargaud
Parution : mars 2005



C'est l'événement de ce début d'année, et peut être même plus que ça. Vingt-huitième album de la série Blueberry, Dust est aussi celui qui clôt le cycle Mister Blueberry (d'ailleurs renommé cycle Ok Corral pour l'occasion). Et forcément, même si l'intéressé dément et annonce des tas de projets, on ne peut s’empêcher de craindre qu’il soit l’un des derniers Blueberry dessiné par Giraud.

Dust est aussi le plus long album de la série : 68 planches, un bonus appréciable pour l’amateur qui ne pourra cependant s’empêcher de craindre que ça ne profite pas à l’histoire. Gir est un très grand dessinateur , peut être l'un des plus grands des 50 dernières années. Mais est-il un grand scénariste ? Sa malchance est d'être comparé surtout à Jean Michel Charlier. Leurs styles sont pourtant assez différents : Charlier réussissait à créer une intensité dramatique épatante à partir d'une trame très linéaire, très classique. Giraud, lui, use de ressorts plus contemporains : multiplicité des histoires parallèles, passages de l’une à l’autre pour ménager le suspense, chacune trouvant sa résolution dans le bouquet final. Dans un cas comme dans l’autre, on a droit à des albums très riches, denses, mais on pourrait penser que Giraud compense par des subitilités techniques là où Charlier se montrait un formidable conteur d’histoires.

Malgré tout, on ne fréquente pas pendant 30 ans un tel génie sans qu'il en reste des traces. Même si le rythme est parfois irrégulier, décousu, si des passages entiers semblent superflus, l’ensemble tient la route, et demeure de très loin la référence dans le genre Western. Proche dans un premier temps des albums du cycle « Trésors des confédérés », Dust se rapproche vers la fin des cycles des guerres indiennes. Le meilleur moment est sans doute la fin de la rencontre avec Geronimo, passage qui manquait tant à OK Corral, et qui se termine joliment en bouclant la boucle sur l’ensemble de la série.

Et dire qu’avec une histoire aussi riche, on oublierait presque de profiter du dessin. Les couleurs sont cette fois confiées à Scarlett Smulkovski, elles sont très réussies mais les plus chanceux s’extasieront devant les planches en noir et blanc si Dargaud se décide à éditer un tirage de luxe. Gir prétend ne pouvoir faire mieux que dans cet album et on serait tenté de le croire tant chaque case, chaque personnage est une petite merveille de précision, sur lesquels on se surprendra à s’attarder avec jubilation.

Blueberry est cette série mythique née de l’union de deux génies, l’un du scénario, l’autre du dessin. Charlier n’est plus là mais il a su léguer suffisamment de son art pour que le mythe perdure. Le cycle Ok Corral qui s’achève avec Dust n’est peut être pas le meilleur mais une fois terminé, il reste deux envies. Celle de le relire dans quelque temps, en sachant qu’on y prendra un grand plaisir, et surtout, celle que Giraud continue de nous enchanter avec son cow-boy de légende
mardi 05 avril 2005 à 10:45
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Vincent, mon frère mort-vivant


Scénario, Couleurs : Mathis, Jean-Marc
Dessin : Martin, Thierry
Editeur : Soleil Productions
Parution : mars 2005



Avec Vincent, les limites de la bêtise ont été dépassées. Simplet de son vivant, Vincent l'est resté après sa mort, si bien qu'il n'a pas encore tout à fait saisi le tragique de sa situation. Bref, Vincent est mort et il ne le sait pas ! Enfin, "tragique" est un bien grand mot et sa condition de mort-vivant, il faut reconnaître que ce grand idiot la vit assez bien. Doté du pouvoir d'ouvrir en grand les portes du royaume des morts, le gentil trépassé visite souvent le monde des vivants, à la plus grande joie de son jeune frère Antoine. Mais leurs jeux dans les allées du cimetière prendront bientôt fin avec la disparition brutale de Vincent. Seul indice auquel se raccrochera Antoine, une affiche Wanted, placardée dans tout le royaume des morts. Accompagné dans sa quête par Satan en personne, bien décidé à remettre un peu d'ordre dans son royaume, Antoine bravera mille dangers pour retrouver la trace de son frère.

Vincent, mon frère mort-vivant débute comme un récit psychologique: Antoine, gamin solitaire, s'est inventé, pense-t-on, un ami imaginaire sous les traits de son frère décédé. Puis, très vite, la trame bascule dans le conte fantasy. Jean-Marc Mathis nous présente une image assez inédite de l'au-delà, où les cow-boy terrassés par une méchante grippe errent à la recherche d'un dernier duel, où les médiocres, frustrés de leur vivant, profitent de l'éternité pour assouvir leur rêve de domination.

La quête de ce frère disparu est ici le fil rouge d'une pelote qui conduira Antoine, accompagné d'un Satan décidemment bien serviable, à travers l'étrangeté de ce monde. Et si le dénouement est un peu décevant, c'est tout oublier de la captivante aventure qui l'a précédé. Sans prétention, les auteurs nous offrent une lecture d'évasion, ce que la BD ne devrait jamais cesser d'être.

L'apparente simplicité du graphisme est sans doute l'un des points forts de l'album. Centré sur les personnages, au détriment parfois des décors, le découpage des planches compte néanmoins de belles trouvailles, comme cette chevauchée nocturne d'Antoine et du cow-boy qui, sous la lumière de l'éclair, révèlera la dizaine d'Ombres lancées à leur poursuite. Les pleines pages et les séquences de cases surdimensionnées donnent au dessin de Thierry Martin un rythme et une lisibilité qui viennent renforcer le plaisir de lecture. Visuellement, les personnages, leurs comportements, leur postures, sont trés réussis, à l'image d'un Satan fébrile et un rien maladroit, ou encore de Vincent, le frère mort-vivant, désarmant de naïveté, le visage barré d'un constant sourire. Les couleurs méritent également notre attention. Les gammes vives de verts pâles, de beiges et d'oranges mêlées aux rouges ocres illustrent assez bien le caractère mystérieux et instable de l'au-delà de Vincent.

La collection Latitudes accueille, une fois encore, un récit aux antipodes de la production habituelle de Soleil. Plus risqué car simplement moins stéréotypé, chaque album de la collection devient une carte blanche laissée aux mains d'auteurs aux univers bien singuliers. Avec Vincent, mon frère mort-vivant, on partage le plaisir qu'ont pu avoir Jean-Marc Mathis et Thierry Martin à exploiter le format et l'envergure de leur album.
mercredi 06 avril 2005 à 11:12
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Lipstick tome 4. Sang d'encre

Scénario, Dessin : David D.
Couleurs : Denoulet, Bertrand
Editeur : Glénat
Parution : mars 2005



Lipstick Larue, une ex-call-girl et aventurière malgré elle, tente de se refaire une vie paisible comme gérante d'un magasin de comics sur la côte ouest des Etats-Unis. Attirant les ennuis comme d'autres les mouches, elle se retrouve mêlée au meurtre du notaire de sa patronne et logeuse. L'enquête est dirigée par le séduisant inspecteur Malonga.

Après une fuite qui a duré le temps des trois premiers albums, la jolie brune devenue blonde décide de se "ranger des voitures" et de s'essayer à une vie plus calme. Malheureusement cela ne lui colle pas à la peau comme pouvait le faire l'urgence d'une course contre la mort. Le mince intérêt de la série résidait dans cette incertitude qui planait au coin de chaque page ou presque. Incertitude qui disparaît pour faire place à une triste histoire d'héritage à la sauce Colombo teintée de sensualité.

Tout est écrit d'avance et le suspens est bien terne voire inexistant. Les personnages sont prévisibles à souhait et ce n'est pas le dessin qui va mettre un peu de piment dans ce récit. Certes Dominique David pratique un trait simple et esthétique dans le style "ligne claire", mais il n'arrive pas à faire oublier celui de son inspirateur et compagnon Philippe Berthet.

Pas vraiment ennuyeux mais loin d'être envoûtant. Une série qui risque de rester dans les "banales".
vendredi 08 avril 2005 à 11:37
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Princesse saphir

Scénario, Dessin : Tezuka, Osamu
Editeur : Soleil Productions
Parution: mars 2005



Depuis la sortie d'Ayako chez Delcourt, Osamu Tezuka est à la mode. Tonkam recommence à le publier, après s'en être pratiquement désintéressé pendant des années. Asuka reprend Blackjack qui avait partiellement été édité par Glénat et enchaîne avec d'autres œuvres, cette fois-ci inconnues, de l'auteur. Enfin, Soleil sort Princesse Saphir, après l'avoir repoussé pendant de longs mois. Bonne nouvelle? Pas sûr. Certaines productions parues dernièrement en France montrent que, contrairement à ce que l'on pouvait penser, le "Dieu du manga" n'a pas écrit que des œuvres passionnantes durant sa longue et prolifique carrière.

Princesse Saphir est le premier manga de Tezuka à destination des filles, et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela se voit. Il raconte l'histoire d'une jeune femme forcée de se travestir en garçon pour pouvoir porter la couronne à la place du fils de l'immonde Duc Duralmin. Mais bien sûr, un prince charmant vient bousculer la donne en faisant se réveiller les désirs féminins de la belle princesse... une impression de déjà-vu, dites-vous? C'est tout à fait normal, Princesse Saphir n'étant ni plus ni moins qu'un mélange d'une pléthore de contes occidentaux, savamment édulcorés pour séduire les (très) jeunes filles en fleur en mal d'exotisme. Cendrillon, Blanche Neige, Le prince des cygnes... La liste est longue et fastidieuse. Autant dire que pour le lecteur occidental, qui connaît déjà ces histoires, cette bande dessinée se révèle souvent prévisible et peu originale.

Malgré tout, Tezuka parvient parfois à nous sortir de l'ennui grâce à un humour très cartoon et à quelques rebondissements inattendus. Les personnages sont bien campés, et ce premier tome ne manque pas de rythme, enchaînant les situations rocambolesques avec pas mal de bonheur.

La lecture de Princesse Saphir aurait sûrement été bien plus prenante si nous avions été Japonais, ou si nous avions eu le livre entre les mains à l'époque de sa parution, en 1954. En l'état, ce premier volume reste agréable, mais pêche sérieusement par son manque d'originalité. Dommage.
samedi 09 avril 2005 à 13:50
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Aria tome 27. Chant d'étoile

Scénario, Dessin : Weyland, Michel
Couleurs : Weyland, Nadine
Editeur : Dupuis
Parution : mars 2005



Aria bivouaque avec ses Krylfes, tout petits et redoutables compagnons ailés, au bord d'une rivière. À la chaleur du feu, elle se confie. Cette vie de voyages lui plaît, mais ce soir, la solitude lui pèse. Son fils, Sacham, lui manque cruellement. Elle aimerait le voir. L'occasion lui en est donnée lorsqu'elle découvre le couteau qu'elle lui avait offert dans les sacs d'un rustre malintentionné. Pressentant un malheur, elle décide de partir à la recherche de son fils, son chant d'étoile.

En dotant Aria d’une véritable vie passée avec ses chagrins, ses amours et ses drames, Weyland avait réussi à donner un second souffle salvateur à la série. Face à ses démons intérieurs et ses expériences traumatisantes, le personnage d’Aria prit ainsi de l’ampleur tandis que le retour récurrent de personnages secondaires et de lieux stabilisaient et crédibilisaient l’environnement de la série. Au vu de ce nouvel album, on peut se demander si cette stabilisation n’aurait pas tendance à un peu étouffer l’imagination de Weyland. En effet, dans cet album, on a l’impression que l’auteur tourne en rond et n’est finalement pas arrivé à choisir une intrigue centrale à l’histoire. Ainsi, sans trop de détails ni d’explications, on passe de la quête solitaire d’une mère déboussolée au sauvetage du fils en danger, de l’existence d’une plante carnivore au combat contre l’obscurantisme. Intéressant en soi, chaque thème aurait mérité un plus grand développement : une histoire en plusieurs albums aurait été une solution. A la fin de la lecture, on ne peut se défaire de l’impression que Weyland n’a pas voulu prendre le temps de développer son histoire.

Le trait de Weyland n’a fondamentalement pas bougé depuis la moitié des années ’80 : d’aucuns lui reprochent son manque d’innovation tandis que d’autres louent sa fidélité à son style. Ici, c’est affaire de goût personnel. On peut néanmoins se réjouir de la stabilisation de son dessin, Weyland nous évitant depuis quelques albums les approximations et les manques de régularité dont il était pourtant coutumier.

Au final, Chant d'étoile est album dans la lignée des derniers numéros (à partir de l’album Vénus en Colère), à savoir un bon album d’Heroic-Fantaisy sans prétentions. Néanmoins, il serait bon, afin d’éviter un essoufflement de la série, d’élargir les horizons de notre héroïne et d’éviter le recours systématique à ses introspections psychologiques et aux membres de sa famille.
dimanche 10 avril 2005 à 19:20
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Du plomb dans la tête tome 2. Les gros poissons

Scénario : Matz
Dessin : Wilson, Colin
Couleurs : Blythe, Chris
Editeur : Casterman
Parution : mars 2005



Les flingueurs tout droit sortis d’un film de Tarantino sont en cavale, et les flics du même acabit leur collent aux basques, ou plutôt aux « pompes à 2000 dollars de chez Jérôme ». Fusillades, magouilles de politiciens véreux, alliances improbables flic - malfrat sont au programme, sur fond de dialogues savoureux.

C’est presque un exercice de style, trop rare dans la BD. Ce cinéma de genre, le « polar classe » dans lequel le truand comme le flic obéissent à des codes (vestimentaire, d’honneur etc…) a vraiment trouvé ici un digne représentant avec ce petit bijou signé Matz. Ce dernier avait déjà montré ses qualités avec le Tueur, mais il réussit à épater dans un autre registre, peut être encore plus difficile. En effet, si le Tueur mettait en scène un personnage particulièrement taciturne, les dialogues sont ici l’élément essentiel de la narration. Et ils sont particulièrement réussis, ajoutant cette touche de dérision subtile qui distingue le bon scénario du mauvais pastiche.

Sur le fond, l’histoire est dans l’esprit, « culottée » d’après Van Hamme, c’est à dire qu’aucune morale n’est respectée. Le rythme est trépidant, les rebondissements fréquents et le suspense au rendez vous. Tout ça dessiné par un Wilson qu’on n’avait pas vu en aussi bonne forme depuis la Jeunesse de Blueberry, et qui se régale manifestement des découpages frénétiques et des plans atypiques.

Bref, dans la lignée du premier tome paru l’an dernier, un excellent livre qui sort le polar en BD de sa petite routine tranquille.

Ce message a été modifié par Hadora - dimanche 10 avril 2005 à 19:21.

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