Autre article, autre lien :
http://www.gyneweb.fr/sources/sexo/nl0210.htm Controverse sur le point G[...] En 1989, DAVIDSON publie les résultats d'un questionnaire adressé par voie postale à 2350 femmes professionnelles de santé américaines et canadiennes.
Les réponses montrent que l'existence du point G est largement connue et acceptée (84% des réponses) tout au moins par ce groupe particulier de femmes.
Par la suite la plupart des livres parlant de sexualité reprirent cette notion comme une évidence et finirent de la populariser y compris parmi les sexologues eux-mêmes.
(2ème partie)
[...]
II - LES TRAVAUX SCIENTIFIQUESDevant cette large acceptation l'on pourrait penser qu'il existe une grande quantité de travaux confirmant l'existence de cette structure, en précisant sa localisation, son mode de fonctionnement, ses pathologies, etc.
En fait, il n'en est rien et les études de qualité sont rares pour ne pas dire moins.
Deux types différents de recherches ont été réalisés sur le point G :
1. analyse portant sur la réaction sexuelle à la stimulation de cette zone
2. études portant sur l'éjaculation féminine
En effet, il existe une relation entre l'éjaculation féminine et le point G dans la mesure où les deux concepts sont mélangés dans la littérature sexuelle populaire et que certains auteurs scientifiques confondent la présence de glandes pouvant entraîner l'éjaculation féminine et le point G.
Dès maintenant la plus grande prudence s'impose face aux répercussions négatives possibles de certains concepts physio-pathologiques mal établis.
[...]
II - ANALYSE DE LA RÉACTION SEXUELLE Les études disponibles sont toutes anecdotiques (1 seul cas par exemple dans une publication de 1981) ou ne dépassent pas les quelques volontaires (11 cas avec 4 point G retrouvés en 1983 dans une autre étude soit 35% seulement des sujets).
Les conclusions de ces enquêtes sont donc difficilement acceptables en l'état d'autant qu'il s'agit d'études expérimentales réalisées en laboratoire sur des individus volontaires pour se masturber ou se laisser masturber par l'opérateur.
Nous ne savons rien sur la procédure de recrutement de ces patientes (rémunération, professionnelles du sexe, etc) qui peuvent être suspectés, sans jugement de valeur, de présenter une sexualité particulière.
L'extrapolation à la population générale doit donc être prudente et nuancée.
Dans le cadre d'une procédure de recherche scientifique, ces publications servent juste à formuler des hypothèses qui seront ou non confirmées secondairement par des études de grande envergure réalisées dans plusieurs centres de recherche indépendants les uns des autres.
Pour le point G, nous sommes loin de cet idéal.
Par exemple l'étude de 1981 (1 sujet), de 1983 (11 sujet) et les cas cités dans le livre "The G-Spot and other discoveries about human sexuality" ont été publiés par la même équipe (WHIPPLE et PERRY).
Aucune de ces études n'arrive à convaincre qu'il existe réellement une zone vaginale très ponctuelle, fréquemment retrouvée, et qui entraînerait une sensation sexuelle intense.
Bien au contraire, il semblerait que toute stimulation vaginale quel qu'en soit le lieu, correctement administrée et dans le bon contexte soit capable de déclencher une réaction sexuelle.
On peut même penser que le corps féminin contient des centaines de zones érogènes qui correctement stimulées (cou, nuque, mamelon, lobe de l'oreille, etc) peuvent permettre d'atteindre l'orgasme sans qu'il y ait réellement présence d'un organe dévolu à cette fonction.
A noter que GRAFENBERG lui-même dans sa publication originelle de 1950 ne parle pas particulièrement de l'existence d'une zone ponctuelle orgasmique vaginale.
Sa publication portait sur le comportement sexuel de certaines de ses patientes qui se procuraient des orgasmes en s'introduisant des aiguilles à chapeau dans l'urètre.
Il en avait conclu que l'urètre pouvait être une zone érogène chez certaines femmes sans y voir là la possibilité d'un point orgasmique particulier et universellement répandu.
Comment des lecteurs ultérieurs ont pu transformer cette simple description clinique d'un comportement sexuel un peu déviant en "point G" n'est pas clair.
Bref, les études cliniques, de modestes qualités statistiques, peinent à confirmer l'existence d'un point orgasmique vaginal.
III - L'EJACULATION FEMININE Malgré des études contradictoires, il semble possible que la femme puisse expulser lors du rapport sexuel une sécrétion dont la composition rappellerait celle du liquide prostatique masculin donc différent de l'urine.
Il contient des substances que l'on ne retrouve que dans le liquide issu de la prostate masculine et qui constitue la plus grande partie de l'éjaculat masculin.
GRAFENBERG dans son étude sur la sexualité "urétrale" notait déjà cette possibilité en 1950.
La plupart des enquêtes sur ce sujet sont des interrogatoires de volontaires ou la description de cas anecdotiques donc de qualité informative médiocre et sujette à caution.
Il faut bien imaginer la situation "technique" et donc comprendre combien il est difficile d'affirmer que le liquide recueilli et analysé est bien un éjaculat et qu'il n'a pas été contaminé par les nombreuses sources locales possibles : leucorrhées, urines, transsudat sexuel vaginal, liquide des glandes de Bartholin, sécrétions de glandes de Skène, etc.
De plus, cette sécrétion par l'urètre n'est pas une preuve de l'existence d'un phénomène réellement éjaculatoire qui est un mécanisme physiologiquement complexe qui nécessite bien plus qu'une simple glande productrice de liquide.
Enfin, éjaculer n'est pas une preuve de l'existence du point G puisque cette réaction sexuelle ne lui est pas spécifique et peut être obtenue à partir de n'importe quelle stimulation érogène aboutissant à l'orgasme.
IV - CONCLUSION DE LA 2ÈME PARTIE Les études expérimentales sur volontaires sont par définition complexes à interpréter et à extrapoler à tout un chacun.
La qualité scientifique de ces études est souvent modeste compte-tenu principalement de la petitesse des échantillons qui ne dépassent pas la dizaine de patientes.
L'analyse de l'éjaculation féminine reste tout aussi imprécise et n'emporte pas la conviction à cause des multiples obstacles techniques non résolus à ce jour et de son absence de lien spécifique avec le point G.
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(3ème partie)
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III - CONCLUSION GENERALE Au delà du point G se pose le problème plus général de l'acquisition et de la diffusion de l'information médicale.
Cette analyse montre bien qu'il n'est pas possible de répondre clairement à la question de l'existence du point G.
Bien a contraire, elle met en évidence un certain nombre d'à priori, de contradictions, d'incohérences, et de légèretés scientifiques.
L'on ne peut qu'être étonné par la différence entre la large acceptation de ce concept sexologique et le peu de données scientifiquement incontournables.
Ce ne serait qu'une question de culture scientifique populaire si, là comme avant (cf première partie), les conséquences pour les femmes ne risquaient pas d'être importantes avec création de toutes pièces de frustrations pour les "malheureuses, sexuellement immatures", ne trouvant pas leur point G.
Avons-nous le droit de chercher à modifier la vie sexuelle des personnes en se basant sur d'aussi maigres données scientifiques ?
Avons-nous le droit de diffuser ce genre d'information médicale non validée en direction du grand public en la présentant comme une évidence scientifique ?
Quelle est la responsabilité des auteurs du livre grand public qui a banalisé ce concept en se basant en tout et pour tout sur une microscopique étude portant sur quelques cas anecdotiques et sans émettre la moindre réserve de principe ?
A ce jour le G-spot est un OVNI gynécologique : certains en ont soi-disant vu mais personne n'est capable d'en apporter la preuve objective irréfutable.
De toute manière ce qui importe c'est le plaisir sexuel quelle que soit la manière dont se déclenche l'orgasme.
Docteur J-M BRIDERON
Ce message a été modifié par yodarine - lundi 05 février 2007 à 04:15.