Sunday 14 September 2008 à 19:12
En principe, j'ai une mémoire pourrie. Enfin, je l'avais assez bonne, voire excellente, jusque vers le lycée, puis petit à petit, toutes mes capacités mémorielles hors connaissances générales (je suis assez bon en histoire) ont franchement décru. J'étais notamment très physionomiste, mais maintenant j'ai du mal à coller un nom avec un visage. Mais j'ai peut-être une explication de ce changement (après, si c'est chimique ou hormonal, rapport à la fin de la puberté, là c'est pas de mon niveau), étant donné que vers la fin du collège, j'ai eu ce qui a du être pour moi mon unique grand amour (enfin, façon de parler, la fille voulait pas de moi), et les souvenirs d'elle ont tourné dans ma tête en permanence pendant des années, en s'idéalisant un peu plus à chaque "traitement". C'est peut-être ça.
Enfin, sinon, pour mes premiers souvenirs, ça date aussi de maternelle. Je ne saurais dire dans quel ordre ça c'est passé, donc lequel est le premier, ma mémoire ne fait pas la différence. Mais ce qui est certain, c'est qu'en fait, je les ai plus dans ma tête comme des histoires que je me serais raconté, que comme de véritables souvenirs de situations que j'aurais vécu. Comme si c'était un film dont je me souvenais, et pas de ma vie. J'ai deux souvenirs de honte, deux de haine, et un "d'amour".
D'abord ceux de honte. Ma mère m'avais acheté un manteau, un beau truc, genre en laine feutré, et je le portais pour la première fois. C'était un jour d'école, ma mère m'accompagnait et juste au bout de la rue, j'ai glissé sur un beau gros étron canin, de telle sorte que je me suis retrouvé le dos dedans. Je ne me suis pas fait mal, mais le manteau était tout dégueulassé, et j'en été peiné et honteux, car je savais qu'il plaisais à ma mère (elle en avait eu de semblables dans son enfance). Elle me disais que ce n'était pas grave, que ça pouvait arriver. On est rentré à la maison et j'ai changé de manteau. Dans mon second souvenir, je suis dans le bac à sable de la maternelle. Je joue dans le sable, fait des pâtés. Je ne sais pas si c'était réellement ainsi, ou si c'est ainsi que ma mémoire l'a traité, mais j'étais seul, ou il y avait peu d'autres enfants autour de moi. Peut-être était-ce l'heure de la sieste. Et là, dans le bac à sable, je me suis fait dessus. Mais à cet age là, je me contrôlais, en principe, c'est donc que j'ai du faire plus ou moins exprès. Bon, après je suis allé voir une maitresse, et si je me souviens bien, mais je n'en suis pas sûr, ma mère a du venir à l'école avec un slip de rechange. Là encore, je me sentais honteux, surtout que comme je le disais, c'est que j'avais du me laisser aller.
Mes deux souvenirs de haine, maintenant. Dans ma maternelle, il y avait deux gosses qui étaient amis, et qui étaient de véritables saloperies. Médisants, violents, voleurs, malveillants. Il y avait un petit brun binoclard chétif, qui était le soumis, et un blond sûr de lui, qui était le chef. J'étais d'un naturel calme et plutôt flegmatique, mais quand le binoclard me pris ma peluche, mon "pudguy" ou "putguy" (prononcé à la française, pas à l'anglaise), j'ai vraiment vu rouge. Je me souviens l'avoir attrapé par ses vêtements, et l'avoir fait tourner autour de moi, et l'avoir cogné. Si je me souviens bien, j'avais d'ailleurs abimé ses lunettes. Mon deuxième souvenir est avec le blond. J'étais dans une partie enclose de la cours de la maternelle où se trouvaient les tobogans et autres jeux et jouets. Cet abruti m'avait provoqué, je ne sais plus de quelle façon, en m'envoyant du sable dans les yeux je crois, voire carrément une petite brouette en plastique pleine de sable. Enfin, je sais que je n'étais pas dans mon tord, même si ma réaction a été un peu excessive. Car en effet, je l'ai choppé par les vêtements, je l'ai sorti du petit square, et je lui ai cogné la tête sur le rebord en ciment qui servait de sous-bassement aux grilles. Je lui ai pas fait bien mal, pas plus qu'une égratignure, mais je lui ai appris à me traiter avec un peu plus de respect.
Mon dernier souvenir, en fait, je ne sais pas si c'en est un. J'ai l'impression que c'est un rêve, mais j'ai l'intuition que ça s'est réellement passé. Alors, est-ce un évènement que ma mémoire a altéré dans sa forme, et qui fait qu'il a l'air éthéré, ou est-ce un rêve que j'ai eu étant gamin, et qui dans ma petite tête, pas encore tout à fait formée et claire, est devenu un véritable souvenir, je ne saurais le dire. Mais certainement que ça entre en partie dans le sujet, qui est la mémoire et ses étranges jeux de sélection. Bref, quand j'étais à la maternelle, j'avais mon "amoureuse", qui était mon petit fan-club de une personne. Elle m'appelait Géo Trouvetout et me trouvais très intelligent. Elle même était rigolote, et je l'aimais bien, comme un petit gars de 4 ou 5 ans peut bien aimer une fillette de son age. Dans mon souvenir, c'était un soir de fête à l'école, certainement pour la fin d'année, et tout les parents venaient avec leurs enfants.
J'arrivais donc avec mes parents (qui s'étaient d'ailleurs fait chier à faire bénévolement une partie du décor "chinois" pour la fête, et ont à peine été remerciés, alors que la situation pour nous n'était pas très facile), et en arrivant dans la cours de l'école, qui servait d'entrée, mon amoureuse vient à moi et me prend à part, près d'un espèce de serpentin rouge qu'il y avait dans le bac à sable. Je crois que la Lune était pleine, ou pas loin, et il y avait une douce lumière dans cette obscurité. Là, je ne sais plus trop ce qu'elle m'as dit, peut-être qu'on se marierait plus tard, mais pendant ce cours moment, elle était vraiment mon amoureuse, et c'était un sentiment assez inédit pour moi de me sentir comme ça avec une fille. Mais je ne me souviens pas de ce qui a immédiatement suivi, comment cette scène s'est achevé, etc... Et cette ambiance TROP agréable, ce sentiment TROP nouveau, tout cela me fait dire que c'était un rêve, c'est trop idéalisé pour être un souvenir réel. En fait, je n'arrive pas à démêler si c'est réel ou fictif.
Enfin voila, certainement mes plus anciens souvenirs, ou presque. J'en ai quelques autres, mais je n'arrive plus du tout à les replacer dans la chronologie de ma vie. J'ai vraiment une mémoire pourrie, et à moitié mystifiée par des souvenirs qui ont été idéalisés ou altérés. Sans parler la monstrueuse quantité de choses qui ont disparu.