mardi 16 octobre 2007 à 09:44
Grand prince, j'ouvre le bal, avec une histoire de jeunesse que j'avais déjà publié sur un autre forum. Bon, à la relecture, je ne suis plus dans le même état d'esprit aujourd'hui, mais ça reste instructif.
Elle s’appelait Natacha, elle était plus jeune que moi, à l’aube de la vingtaine. Une garce avec des ailes d’anges. Je suis tout de suite tombé sous le charme. Curieusement, moi qui avait toujours été un amoureux transi, romantique et somme toute invisible, j’ai réalisé le temps d’un de ses battements de cil qu’il n’était pas question d’aimer cette fille, mais de jouer coûte que coûte le jeu avec elle – je veux dire la séduire, me laisser séduire, la posséder et me laisser griser, quitte à me perdre.
Quand j’ai entendu dire que Natacha était invitée à la pendaison de crémaillère d’un ami commun, je n’ai pas hésité un seul instant. Nous étions trois dans la voiture d’un ami ; j’avais pris soin de monter à l’arrière avec elle. La facilité avec laquelle nous nous reconnaissons me surprend. Comme si elle avait toujours su qui j’étais et que la discussion ne demandait qu’à démarrer depuis trop longtemps. Arrivés à la soirée, tout le monde se disperse.
Plus tard.
Quelqu’un me propose une partie d’échecs. Pourquoi pas ? J’aime ça (un jour, je vous écrirai quelque chose sur « le jeu d’échec comme arme de séduction »). Elle me voit, me sourit, me dit qu’elle joue parfois, qu’elle aimerait bien qu’on puisse jouer de temps en temps. Ce « temps en temps » sonne bizarre. Pourquoi pas tout de suite ?
Je me souviens pas vraiment de ma réponse, mais tout de suite après les amis avec lesquels je suis venu me pressent de finir, ils s’en vont. Elle est là, elle me regarde, je les regarde. Si je pars avec eux et qu’elle reste, je crois que je vais pleurer dans la voiture. Si au contraire je reste et qu’elle rentre avec eux, je pleure et en plus je suis coincé dans un trou paumé. Je la regarde. J’ai l’impression qu’elle me sourit… Je reste. Mes amis ne sont pas dupes, ils me glissent un petit sourire entendu, qui me met mal à l’aise.
Moment de flou.
Nous chuchotons maintenant dans la très faible lueur d’une dernière bougie. Ses yeux brillent, son sourire, franc, engageant, aussi. Certains ronflent un peu, les autres dorment ils vraiment ? Sous prétexte d’aller chercher à boire, elle m’entraîne dans la cuisine. Elle palpite, je la sens s’alanguir en face de moi, ses hanches imperceptiblement basculent en avant… Et là, catastrophe ! Par un de ces mystérieux déchirement de la trame logique et temporelle, au lieu de l’embrasser à pleine bouche, de l’emporter dans une niche douillette, voire de la prendre séance tenante sur le plan de travail, JE NOUS RESSERT RÉELLEMENT DU VIN, avant de m’éclipser vers la terrasse.
Des années après, je ne comprends toujours pas vraiment ce qui s’est passé. L’alcool ? Un scrupule envers son mec ? Je n‘avais pas vraiment envie d’elle ? Tu parles ! L’explication la plus plausible que j’ai réussi à mettre sur pied, c’est que c’était la première fois que j’allais embrasser une fille aussi incroyablement belle. Comment moi, qui n’avait jamais plu, pouvais-je réellement séduire cette fille ? Je crois que j’ai eu peur, tout simplement, un mouvement de peur réflexe, tout à fait inconscient, comme avant de sauter dans le vide. D’ailleurs, ça me fait toujours ça, d’embrasser une fille pour la première fois. La peur au ventre et une excitation indescriptible.
La soirée n’était pas finie, mais le moment, lui, l’était. On se rapproche, on se frôle, on se rate, c’est fini. Nous terminons la nuit sur la terrasse, à boire, je suis un peu triste. Elle est un peu ivre, on discute, sa tête trouve mon épaule. Elle me parle de cul. Je l’embrasse un peu, mais tout ça est… lamentable. Comme si je voulais prolonger le moment, retenter la chance, que ne je ne pouvais pas me résigner à accepter que l’instant était passé. Mais nous savions tous les deux que nous nous étions raté.
Vous me direz : mais cette histoire n’est pas finie ! tu aurais pu la revoir. Je l’ai revue, très vite. Mais…je raconterais ça plus tard, si ça vous intéresse. Bon, j'avoue, mon plan loose est un peu tristounet, en fait. J’aimerais bien lire les vôtres, pour rigoler un peu !