mardi 12 avril 2005 à 20:28
ya plein de raisons pour qu'on n'accepte la Turquie que dans l'Eurovision

Libération=>
Turquie
La guerre en best-seller
Vendu à 300 000 exemplaires, «Tempête de métal» raconte une guerre entre la Turquie et les Etats-Unis en 2007. Une politique fiction appuyée sur une haine antiaméricaine croissante, doublée de relents d'antisémitisme. Une paranoïa ambiante renforcée par l'hésitation des Européens sur l'adhésion à l'UE du pays.
Ankara, Istanbul envoyé spécial
Les avions de combat américains pilonnent Ankara et Istanbul. «Les bombardements intenses ont duré plus de quatre heures et il y a d'importantes pertes civiles. Les ponts sur le Bosphore sont coupés.» La scène est supposée se passer en mai 2007. L'opération «Tempête de métal» vient de commencer et vise, entre autres, à s'emparer des très importants gisements turcs de bore. «L'occupation de la Turquie par les Etats-Unis», clame le sous-titre barrant la couverture du livre, un criard montage photographique de GI hurlants et de mosquées en flammes. Sorti mi-décembre, Metal Firtina (Tempête de métal) pulvérise tous les records, dépassant déjà les 300 000 exemplaires. Du jamais vu dans un pays où un best-seller vend, dans les meilleurs cas, dix fois moins. ________________________
«Mein Kampf» rééditéLe livre trône partout. Il est en vitrine au fin fond de l'Anatolie dans des échoppes où même la presse nationale n'arrive pas régulièrement. On le voit dans les kiosques des aéroports comme dans les bonnes librairies d'Istanbul ou d'Ankara. «Il y a d'abord eu la curiosité. Maintenant, l'effet de mode fonctionne à plein», explique un libraire. Les intellectuels se pincent le nez mais beaucoup d'hommes politiques adorent, notamment ceux de l'AKP (Parti de la justice et du développement)
le parti au pouvoir issu du mouvement islamiste dont certains ténors dénoncent sans trêve «le génocide» commis par les Américains en Irak.
Les nationalistes de gauche ne sont pas en reste. Partout, les piles de Tempête de métal voisinent avec celles de Da Vinci Code, succès mondial de la théorie du complot, ou celles de Mein Kampf, le sinistre manifeste d'Adolf h*****. Traduit la première fois en 1939, ce livre était régulièrement réédité par l'extrême droite avec des tirages confidentiels
. Les nouvelles éditions ont dépassé les 50 000 exemplaires et mettent le titre en quatrième position des meilleures ventes. «Nous avons pensé que dans la période actuelle, le livre pourrait bien marcher», se justifie Sami Celik, propriétaire des éditions Emre assurant avoir obéi à des raisons «purement commerciales».
«Tempête de métal cristallise des peurs latentes mais réelles et Mein Kampf vient dans le sillage. L'un et l'autre sont les révélateurs d'un air du temps xénophobe et d'un nationalisme défensif, dépressif, toujours plus paranoïaque, nourri de ressentiments vis-à-vis des Etats-Unis et de l'Union européenne», souligne Ahmet Insel, professeur d'économie à l'université Galatasaray d'Istanbul et à Paris-I.