Thursday 26 October 2006 à 15:56
Je reprends le principe du topic anciennement lancé par Hadora : chaque jour, une BD vous sera présentée depuis la source qu'est
BD Gest .
Les Rêves de Milton
Tome : 2
Scénario : Ricard, Sylvain
Dessin : Maël
Couleurs : Maël
Editeur : Dupuis
Résumé : La famille Cry continue son périple vers un ailleurs, animés par le désir de fuir la crise et rejetés par des territoires où ils n’ont pas leur place. A l’intérieur même du cortège des migrants qu’ils ont intégré, leur situation n’est pas facile. Attachées à leur survie, il n’y a aucune clémence à attendre, aucune solidarité à espérer entre ces familles déracinées. Billy, le frère de Milton, aimerait attirer l’attention d’Angie, la fille du pasteur qui accompagne les voyageurs. Sur leur parcours, des cadavres continuent d’être retrouvés.
Suite et fin de cette chronique de la misère des années 30 aperçue par le biais de cette famille de pauvres gens. Pour autant, il n’y a pas de place dans ce diptyque pour un discours misérabiliste (le destin leur colle à la peau mais leurs actes ne font rien pour qu’ils s’en affranchissent un jour) ou évangéliste (la présence d’un pasteur ne transforme pas en pèlerins ceux qui fuient, contraints et forcés, la terre qui les a vu naître). Ce 2ème volet met d’ailleurs de côté ce qui restait de symbolisme pour se concentrer sur les faits et sur l’issue de ce récit aux accents de tragédie. Plus de place pour les rêves – quand bien même ils ressemblaient à des cauchemars, c’est les pieds collés au sol, tantôt dans la poussière, tantôt dans la boue, qu’il va falloir affronter les évènements et l’adversité.
La force de cette conclusion, c’est celle du rouleau compresseur, qui suit sa trajectoire rectiligne et qui accélère progressivement, mis en place par les scénaristes. Bien sûr, on n’attendait pas d’happy end, et la conclusion, abrupte, apparaît logique. Tous les éléments étaient réunis pour cela. Billy est tout entier habité par la haine, Milton n’est probablement pas la marionnette malléable escomptée, Rose la petite sœur semble vouée à être le témoin d’évènements violents et tragiques et Angie, pour fille d’un homme au service du Seigneur qu’elle soit et malgré un prénom évocateur, ne paraît rien avoir d’un ange. Haine, violence, désespoir sont toujours omniprésents. La dimension onirique et l’espace laissé au contexte historique appartiennent au volet précédent et, logique oblige, cèdent la place à la résolution d’une enquête sur les crimes par des « superflics » comme les appelle Milton. La manière dont leurs actes sont exposés évite pourtant au récit de prendre une tangente qui aurait pu faire prendre à l’histoire une direction inopportune. L'essentiel n'est pas là, il est au sein des relations entre les membres de la famille. En cela, les auteurs font preuve d’une maîtrise bienvenue et évitent l’écueil. Par ailleurs, symbole de cette capacité à concocter des moments forts, le parcours du train, oasis aux allures de mirage, restera dans les mémoires.
Le travail de Maël contribue largement à l’ambiance générale. Bien loin de son premier essai, Tamino (Glénat), plutôt brouillon et difficile à suivre, son style est tout à fait convaincant sur cette histoire. La question, teintée d'une saine curiosité, est désormais de savoir s’il évoluera encore sensiblement avec son prochain projet si celui-ci explore un registre différent. La mise en couleur, tout à fait réussie, est peut-être plus marquante encore que le trait. Par instants, le souvenir de certaines planches d’Hermann se fait incontournable.
A l’instar de certaines chansons réalistes d’une époque révolue, est-il possible que Les rêves de Milton recèle une morale ? A chacun de se faire sa propre opinion.
Ce message a été modifié par Yusaku Godai - Thursday 26 October 2006 à 15:56.