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Livenet > Forum > Livres et Bds
Tuesday 22 July 2008 à 14:26
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okey.. wink.gif

Sunday 27 July 2008 à 22:14
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Il suffit parfois de si peu de choses,quelques mots dits, quelques rires, un peu de musique , de la poésie et la vie repart de plus belle.
Mais il suffit aussi parfois de quelques mots qui engendrent des larmes.
Ambivalence, équilibre instable entre joie et tristesse.
Combien d’angoisse faut-il détruire pour un sourire, pour une larme.
Ainsi inexorablement au fil des jours, le temps passe et laisse des traces.
Il faudrait pouvoir arrêter le temps, ouvrir un trou pour s’y blottir et faire naître un espace nouveau, à la mesure du présent !
Il suffit parfois de si peu de choses..


Il est vrai qu’il suffirait de si peu de choses
Alors pourquoi sont-ils si difficile à dire …
Ces mots:
que j’ai envie d’entendre,
que j’ai envie de dire ,
qui servent à faire comprendre
qui provoquent le sourire
et transforment l’instant !


Friday 08 August 2008 à 17:28
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Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, arrtificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux.

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice crée par mon orgueil et mon ennui."

On ne badine pas avec l'amour.
(Alfred de Musset)
Saturday 09 August 2008 à 11:43
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..."- Tel que tu me vois, j'ai été victime de discriminations diverses dans ma vie, poursuit-il. Seuls ceux qui en ont subi eux-mêmes savent à quel point cela peut blesser. Chacun souffre à sa façon et ses cicatrices lui sont personnelles. Je pense que j'ai soif d'égalité et de justice autant que n'importe qui. Mais je déteste par-dessus tout les gens qui manquent d'imagination. Ceux que T.S Eliot appelait "les hommes vides". Ils bouchent leur vide avec des brins de paille qu'ils ne sentent pas, et ne se rendent pas compte de ce qu'ils font. Et avec leurs mots creux, ils essaient d'imposer leur propre insensibilité aux autres. Comme nos deux visiteuses de tout à l'heure.

Oshima soupire, fait tourner le crayon entre ses doigts.
- Les gays, les lesbiennes, les hétéros, les féministes, les cochons de fascistes, les communistes, les Hare Krishna, et j'en passe, aucun d'eux ne me dérange. Peu m'importe de savoir quel drapeau ils brandissent. Ce que je ne supporte pas, ce sont les gens creux. Ceux-là me font perdre tout contrôle. Je finis par dire des choses que je ne devrais pas dire. Tout à l'heure, j'aurais dû les laisser parler, prendre ça à la légère. Ou alors j'aurais pu appeler Mlle Saeki et la laisser s'en charger. Elle est capable d'affronter ce genre de personnes en gardant le sourire jusqu'au bout. Moi, j'en suis incapable. Je ne sais pas me contrôler, c'est mon point faible. Et sais-tu pourquoi c'est une faiblesse ?
- Parce que si vous deviez vous occuper sérieusement de tous ceux qui manquent d'imagination, ce serait épuisant et surtout cela n'aurait jamais de fin.
- Exactement, dit-il en pressant légèrement sur sa tempe la gomme de son crayon. C'est tout à fait ça. Mais rappelle-toi ceci, Kafka Tamura : ceux qui ont arraché son ami d'enfance, l'amour de sa vie, à Mlle Saeki, étaient de cette sorte. Des esprits étroits, sans aucune imagination et très intolérants. Les thèses déconnectées de la réalité, les termes vidés de leur sens, les idéaux usurpés, les systèmes rigides. Voilà ce qui me fait vraiment peur. Je crains toutes ces choses et je les exècre du fond du coeur. Qu'est-ce qui est juste ? Bien sûr, c'est important de savoir ce qui est juste et injuste. Mais, la plupart du temps, les erreurs de jugement peuvent être rectifiées. Quand on a le courage de reconnaître ses erreurs, on peut les réparer. Or l'étroitesse d'esprit et l'intolérance sont des parasites qui changent d'hôte et de forme, et continuent éternellement à prospérer. Je sais que c'est une cause perdue, mais je refuse que ce genre de choses entre ici.
Il désigne les étagères du bout de son crayon. Naturellement, il parle de la bibliothèque en général.
- Je ne peux pas me contenter d'en rire et de les ignorer."


"Kafka sur le rivage"


Haruki MURAKAMI.


Ce message a été modifié par Tchouba - Saturday 09 August 2008 à 11:43.
Sunday 10 August 2008 à 09:47
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Au poète impeccable

Au parfait magicien ès lettres françaises

A mon très-cher et très vénéré

Maître et ami

Théophile Gautier

Avec les sentiments

De la plus profonde humilité

Je dédie

Ces fleurs maladives

C.B.



Au Lecteur

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nous repentirs sont lâches ;
Nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l'enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers les ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les vautours, les scorpions, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C'est l'ennui ! – l'œil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !





Charles Baudelaire -- La dédicace et ce poéme sont en ouverture du receuil "Les fleurs du mal"



Tuesday 12 August 2008 à 22:31
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merci pour Primo Levi et Murakami , simple, beau , vrai ^^
Friday 15 August 2008 à 08:06
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La fin de la journée – Charles Baudelaire

Sous une lumière blafarde
Court, danse et se tord sans raison
La Vie, impudente et criarde.
Aussi, sitôt qu'à l'horizon

La nuit voluptueuse monte,
Apaisant tout, même la faim,
Effaçant tout, même la honte,
Le poète se dit : "Enfin !

Mon esprit, comme mes vertèbres,
Invoque ardemment le repos ;
Le cœur plein de songes funèbres,

Je vais me coucher sur le dos
Et me rouler dans vos rideaux,
Ô rafraîchissantes ténèbres !"


Friday 15 August 2008 à 09:21
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Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)




Le couvercle
En quelque lieu qu'il aille, ou sur mer ou sur terre,
Sous un climat de flamme ou sous un soleil blanc,
Serviteur de Jésus, courtisan de Cythère,
Mendiant ténébreux ou Crésus rutilant,

Citadin, campagnard, vagabond, sédentaire,
Que son petit cerveau soit actif ou soit lent,
Partout l'homme subit la terreur du mystère,
Et ne regarde en haut qu'avec un oeil tremblant.

En haut, le Ciel ! ce mur de caveau qui l'étouffe,
Plafond illuminé par un opéra bouffe
Où chaque histrion foule un sol ensanglanté ;

Terreur du libertin, espoir du fol ermite :
Le Ciel ! couvercle noir de la grande marmite
Où bout l'imperceptible et vaste Humanité.
Friday 15 August 2008 à 14:42
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Le chat – Charles Baudelaire (Les fleurs du mal LVII)

I

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me rempli comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a pas besoin de mots.

Non il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon cœur, si parfait instrument,
Et ne fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui est tout est, comme un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.

C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirés comme un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.




Petit commentaire: Tous les amants du chat seront d'accord avec moi pour dire que Baudelaire a là décrit de manière parfaite, la grâce innée de cet animal et la relation si particulière qu'il entretient avec son maître…

Ce poème est moins connu que l'autre (Les fleurs du mal XXXVII) qui commence ainsi: "Viens mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;"… Je le trouve encore plus magnifique… ce n'est que mon avis, cela dit


Monday 18 August 2008 à 16:05
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La mort n’est rien !
Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi, tu es toi ; ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné, parle-moi comme tu l’as toujours fait, n’emploie pas un ton différent, ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Souris, pense à moi, prie pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre.
La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié, elle est ce qu’elle a toujours été : le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée simplement parce que je suis hors de ta vie ?
Je t’attends…
Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.
Tu vois, tout est bien

Canon I. Scott-Iolland


crying.gif


Ce message a été modifié par sandie72 - Monday 18 August 2008 à 16:06.
Wednesday 20 August 2008 à 11:20
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ADIEU

**

L'automne déjà ! — Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, — loin des gens qui meurent sur les saisons.

L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment… J'aurais pu y mourir… L'affreuse évocation ! J'exècre la misère.

Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort !

— Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les [ page ]brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !

Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !

Suis-je trompé ? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ?

Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.

Mais pas une main amie ! et où puisser le secours ?

*****

Oui l'heure nouvelle est au moins très-sévère.

Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, — des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. — Damnés, si je me vengeais !

Il faut être absolument moderne.

Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !… Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.

Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de [ page ]vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.

Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, — j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; — et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

**
Arthur Rimbaud [Une saison en enfer] 1873




Friday 22 August 2008 à 16:04
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Oui, c'est comme ca, il y a des jours ou l'on ne vit pas.
C'est comme ca il y a des jours ou rien ne va,

des jours de plein soleil où l'on a si froid
que les plus pauvres joies vous glissent entre les doigts.
C'est comme ça, il y a des jours où l'on ne vit pas.
On sort de son lit et déjà le miroir
vous tue d'un regard désenchanté.
Tiens, il ne pleut pas et on reprend espoir,
mais déjà l'ennui desucre le café.
On arrose des fleurs qui ne s'ouvrent pas
et même le piano refuse son la.
C'est comme ça, il y a des jours où l'on ne vit pas.
Je plonge dans la foule comme dans la mer-
au fil du courant je t'aperçois -
et malgré moi, je fais le chemin à l'envers,
chacun de mes pas m'éloigne de toi.
Je t'avais reconnu, c'est toi dont je rêvais,
et tu ne m'as pas vu, c'est moi que tu cherchais.
C'est comme ça, il y a des jours où l'on ne vit pas.
Je croise des enfants, ils ont les cheveux blonds.
Ils parlent de la guerre qu'ils feront demain
devant un vieillard qui joue avec un cerf-volant,
comme s'il tenait le fil de sa vie dans sa main.
Je m'approche de lui, il fuit Dieu sait pourquoi.
Le fil se casse et le vieux pleure devant moi.
C'est comme ça, il y a des jours où l'on ne vit pas.
On appelle un ami pour entendre une voix,
- Amène ton cafard, tu es le bienvenu! -
et les mots se cognent à votre désarroi.
On s'aperçoit soudain qu'on ne se comprend plus.
Les plus beaux souvenirs et projets, rien n'y fait,
on se retrouve idiots et plus seuls que jamais.
C'est comme ça, il y a des jours où l'on ne vit pas,
il y a des jours où l'on ne vit pas.



Ce message a été modifié par nana40 - Friday 22 August 2008 à 16:10.
Saturday 23 August 2008 à 07:36
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Vers le futur - Emile Verhaeren

Ô race humaine aux destins d'or vouée,
As-tu senti de quel travail formidable et battant,
Soudainement, depuis cent ans,
Ta force immense est secouée ?

L'acharnement à mieux chercher, à mieux savoir,
Fouille comme à nouveau l'ample forêt des êtres,
Et malgré la broussaille où tel pas s'enchevêtre
L'homme conquiert sa loi des droits et des devoirs.

Dans le ferment, dans l'atome, dans la poussière,
La vie énorme est recherchée et apparaît.
Tout est capté dans une infinité de rets
Que serre ou que distend l'immortelle matière.

Héros, savant, artiste, apôtre, aventurier,
Chacun troue à son tour le mur noir des mystères
Et grâce à ces labeurs groupés ou solitaires,
L'être nouveau se sent l'univers tout entier.

Et c'est vous, vous les villes,
Debout
De loin en loin, là-bas, de l'un à l'autre bout
Des plaines et des domaines,
Qui concentrez en vous assez d'humanité,
Assez de force rouge et de neuve clarté,
Pour enflammer de fièvre et de rage fécondes
Les cervelles patientes ou violentes
De ceux
Qui découvrent la règle et résument en eux
Le monde.

L'esprit de la campagne était l'esprit de Dieu ;
Il eut la peur de la recherche et des révoltes,
Il chut ; et le voici qui meurt, sous les essieux
Et sous les chars en feu des nouvelles récoltes.

La ruine s'installe et souffle aux quatre coins
D'où s'acharnent les vents, sur la plaine finie,
Tandis que la cité lui soutire de loin
Ce qui lui reste encor d'ardeur dans l'agonie.

L'usine rouge éclate où seuls brillaient les champs ;
La fumée à flots noirs rase les toits d'église ;
L'esprit de l'homme avance et le soleil couchant
N'est plus l'hostie en or divin qui fertilise.

Renaîtront-ils, les champs, un jour, exorcisés
De leurs erreurs, de leurs affres, de leur folie ;
Jardins pour les efforts et les labeurs lassés,
Coupes de clarté vierge et de santé remplies ?

Referont-ils, avec l'ancien et bon soleil,
Avec le vent, la pluie et les bêtes serviles,
En des heures de sursaut libre et de réveil,
Un monde enfin sauvé de l'emprise des villes ?

Ou bien deviendront-ils les derniers paradis
Purgés des dieux et affranchis de leurs présages,
Où s'en viendront rêver, à l'aube et aux midis,
Avant de s'endormir dans les soirs clairs, les sages ?

En attendant, la vie ample se satisfait
D'être une joie humaine, effrénée et féconde ;
Les droits et les devoirs ? Rêves divers que fait,
Devant chaque espoir neuf, la jeunesse du monde !


Wednesday 03 September 2008 à 17:04
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Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud!
Fureur et mystère, 1962


Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.


Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme! On ne peut pas, au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.


Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.


René Char


Monday 15 September 2008 à 10:04
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TROUVER LE MOT

« Trouver le mot, le centre, ce autour de quoi s’ordonne toute vie, le plus intime comme le plus intérieur, le rayonnant comme la nuit si noire, l’abîme qui dérange et convulse, la beauté continue mais ultime, une symphonie affûtée aux grands cristaux du temps, et qui dépose enfin, telle la mer sur le sable, le galet poli, mille fois nettoyé, de sa vérité. »

Sylvie Fabre G., L’Autre Lumière, Éditions Unes, 1995, p. 31
Monday 13 October 2008 à 21:46
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Victor Hugo: Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Saturday 18 October 2008 à 14:30
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Tiré des "Assoiffés" de Wajdi Mouawad

______________
[...]
...
Un monstre.
Il y a un monstre.
Un monstre.
...
Je ne l'ai pas vu tout de suite.
C'est plus tard,
en sortant de mon lit,
en me regardant dans le miroir.
Au début,
c'était presque étrange,
comme une pâleur,
et puis tout à coup je l'ai vu.
...
Je l'ai vu.

Un monstre.
Un monstre dans mon ventre.
Il a rendu ma peau transparente,
ma peau comme une fine couche transparente.
Me regardant, j'ai vu l'intérieur de moi,
avec mes organes et mon sang.
Tout cela qui bougeait,
circulait,
battait,
existait,
cette machine qui est moi.
Et au milieu de tout cela,
j'ai vu,
blottie comme un foetus entre mes organes,
une pieuvre effroyable.
Je n'ai plus eu de voix pour crier,
pour hurler,
pour rien de rien!

Catastrophe! Catastrophe!

Nichée horriblement au fond de mon ventre
proche de mon sexe!
Je l'ai vue, une pieuvre, ouvrir un oeil et me regarder.
Comme dans un rêve, j'ai voulu hurler "maman"!
J'ai voulu crier,
mais c'est comme si je n'avais plus de mère,
plus de père,
plus rien.
Comme si, tout à coup je comprenais
combien j'étais seule à exister avec ma vie.

J'ai cru rêver.
J'ai caché mon ventre.
Je me suis assise par terre
plusieurs minutes et j'ai attendu.

Je me disais: Ce n'est pas possible! ça ne peut pas exister! On ne peut pas avoir le ventre transparent, ça ne peut être qu'un rêve! On ne peut pas avoir de pieuvre dans le ventre! Et puis d'abord, d'où elle serait venue cette pieuvre? Je n'ai jamais fait l'amour encore, je ne peux pas être enceinte ni rien! Alors ce n'est pas possible! Une pieuvre dans un ventre transparent, ça ne peut être qu'un rêve! Ou alors c'est qu'on va mourir ou qu'on est déjà mort.
Je me disais que j'avais juste rêvé,
que ce n'était rien.
Je me suis répété ça à toute vitesse,
les genoux repliés contre moi
et mes bras accrochés à mes genoux,
tout ça pour protéger mon ventre.

[...]

Puis je me suis relevée et, lentement,
j'ai fermé les yeux
en tremblant.
J'ai laissé aller mes bras
pour dévoiler encore une fois mon ventre.
Et lentement,
comme si la lenteur allait effacer l'horreur,
j'ai ouvert les yeux et je me suis regardée dans le miroir.
Elle était encore là.
Catastrophe! Catastrophe! j'ai pensé!
Et je n'ai pu laisser échapper un cri,
et j'ai éclaté en sanglots
comme si ma vie était terminée.
Et j'ai pris conscience de ma jeunesse,
et j'ai ressenti,
je crois,
ce que doit ressentir un soldat de vingt ans
à l'instant où l'obus éclate à ses côtés,
et qu'il comprend qu'il va mourir
alors qu'il avait tant de temps devant lui.

Le gâchis,
je l'ai senti.
J'ai ouvert les yeux et elle était encore là:
je l'ai vue,
dans mon ventre transparent,
la pieuvre, avec ses huit tentacules, tourner en moi.

J'ai senti dans mon ventre ses mouvements,
et j'ai vu encore son oeil s'ouvrir et se refermer.

Alors j'ai eu si peur que je me suis évanouie,
et j'ai cru mourir.
Pendant quatre jours je suis restée enfermée,
parce que je ne trouvais plus aucune raison de sortir ni de vivre.

Mes parents ont essayé de casser la porte,
et chaque fois un cri de mort sortait de moi pour les arrêter.

J'ai réfléchi alors.
Je me suis dit que ce n'était au fond qu'une chose tout à fait normale.
Que c'était la laideur nichée au fond de moi.
Tout le monde, un jour ou l'autre,
se réveillera avec la laideur au fond de soi,
la laideur sous une forme différente,
une pieuvre ou un rat ou un serpent dans son ventre transparent.
Et puis on s'y habitue,
et l'on se met à vivre avec cette monstruosité en nous.

[...]


Ce message a été modifié par Racnor - Saturday 18 October 2008 à 14:34.
Sunday 19 October 2008 à 12:09
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4e de couverture de "Pas un jour" d' Anne Garreta

_____

ANTE SCRIPTUM

Que faire de ses penchants?

Il s’agirait d’écrire autre chose, autrement que tu ne fais d’habitude. Une fois encore, mais par un autre tour, te déprendre de toi-même. Te déprendre des formes que revêt cette déprise et tenter de différer un peu plus encore de ce que tu crois être. Si tu ne conçois plus écrire autrement que par longues et méditées constructions, n’est-il pas temps d’aller à l’encontre?

Le roman prochain que tu entrevois et dont tu rumines les calculs, te prendra des années à rechercher, composer, écrire. Tu as pitié de tes quelques lecteurs et te soucies de ne pas outrepasser toujours leur patience et bonne volonté. Tu leur voudrais offrir entre temps ce que tu les soupçonnes désirer: un divertissement, l’illusion d’un dévoilement de ce qu’ils s’imaginent un sujet. Car ils te supposent — faiblesse commune et jusqu’à encore peut-être quelque temps de l’avenir, inéluctable — un moi.

Comme tu n’as pas le coeur de leur dire (d’ailleurs, ils refuseraient de te croire, car cela est une effrayante nouvelle tant que nous n’aurons pas fini de cuver l’ivre-mort de notre petit moi) que nul sujet ne s’exprime jamais dans nulle narration, tu as résolu de feindre au moins d’emprunter la pente que l’on croit de nos jours naturelle, et te contraindre délibérément au genre de l’écriture qu’on disait autrefois intime. Raconter sa vie, on ne fait plus que cela semble-t-il aujourd’hui, et encore, sous l’angle censé depuis plus d’un siècle lui donner sens, en être la clef universelle. Bref, le passe-partout de la subjectivité: le désir.

Et tu pourras dire comme — et contre — Rousseau, celui-là même qui a inauguré ou achevé notre corruption: “Il faut des spectacles dans les métropoles de l’ère post-moderne, et des confessions aux peuples idolâtres. J’ai vu les moeurs de mon temps et j’ai publié ces récits. Que n’ai-je vécu dans un siècle où je dusse les jeter au feu.”

Cette ironie te réjouit avant même d’avoir écrit une ligne. Tu joueras à ce très vieux jeu devenu la marotte de la modernité qui renâcle à se désenchanter pour de bon: la confession, ou comment racler les fonds de miroirs.

Un jour de septembre 1835, dans une allée près du lac Albano, Stendhal ou Henri Beyle ou Henri Brulard — on ne sait lequel… peut-être tous à la fois — trace dans le sable les initiales des femmes qu’il a aimées: V, An, Ad, M, Mi, Al, Aine, Apg, Mde, C, G, Aur et enfin Mme Azur. De cette dernière, le prénom lui échappe. Liste de Don Juan malheureux: “Dans le fait, je n’ai eu que six de ces femmes que j’ai aimées.”

H.B. te présente là l’esquisse d’un projet, mélancolique et d’une ironie cruelle, qui conviendrait bien à ta convalescence: l’alphabet bégayant du désir.

Quitte à contrarier tes habitudes et tes penchants, autant systématiquement le faire. Voici l’ascèse que tu as pour toi réglée (on ne peut plus radicalement différer ni dissembler de soi-même que tu entreprends ici de le faire). Elle tient en une maxime: pas un jour sans une femme.

Ce qui veut dire simplement que tu t’assigneras cinq heures (le temps qu’il faut à un sujet moyennement entraîné pour composer une dissertation scolaire) chaque jour, un mois durant, à ton ordinateur, te donnant pour objet de raconter le souvenir que tu as d’une femme ou autre que tu as désirée ou qui t’a désirée. Le récit ne sera que cela, le dévidage de la mémoire dans le cadre strict d’un moment déterminé.

Tu écriras comme on va au bureau; tu seras fonctionnaire de la mémoire de tes désirs, trente-cinq heures par semaine. Ni plus ni moins que cinq heures par initiale.

Tu les prendras dans l’ordre où elles te reviendront à l’esprit. Tu les coucheras ensuite dans l’ordre impersonnel de l’alphabet. Au diable la chronologie.

Tu t’interdis d’utiliser tes instruments habituels: pas de stylo, rien que le clavier (ne s’agit-il pas de recorder?). Pas de brouillon, pas de notes recueillies dans un cahier, pas d’architecture réfléchie et composée, nulle autre règle que celles, purement matérielles et logistiques, que tu donnes à l’acte.

Nul autre principe que d’écrire de mémoire. Ne visant pas à dire les choses telles qu’elles eurent lieu, non plus qu’à les reconstruire telles qu’elles auraient pu être, ou telles qu’il te paraîtrait beau qu’elles eussent été, mais telles qu’au moment où tu les rappelles elles t’apparaissent.

Au fil du clavier, tu décimeras purement tes souvenirs. Et qu’importe si, au terme de tes cinq heures de remémoration, rien n’aura été consommé. S’agit-il de savoir si on a eu les femmes qu’on a désirées …? L’écriture au risque de la mémoire est méandre et incertitude comme le désir, jamais assuré de sa fin ni de son objet.

Ni rature, ni reprise, ni biffure. Les phrases comme elles viendront, sans les comploter. Et interrompues sitôt que suspendues. La syntaxe à l’avenant de la composition...

Enfin peut-être parviendras-tu, dans la faible mesure de tes moyens, à émuler tes contemporains, racontant leur vie, pissant de la copie de vécu — et s’y croyant.

Tu aurais pu faire mieux et tenir un journal. Mais tu n’as pas le talent de tes contemporains. Au jour le jour, tu n’aurais rien eu à rapporter: il ne t’arrive jamais rien qu’en mémoire. Tu ne saisis l’instant que dans le souvenir lointain, qu’après que l’oubli a donné aux choses, aux êtres, aux événements la densité qu’au jour, évanescents, ils n’ont jamais. Tes jours sont de vapeur, de buée imperceptible. Le monde (et toi de même) est fantôme que seul le temps, la nuit du temps rend visible et dans le même instant efface. En plein jour, ils ne portent pas même d’ombre. Sensibilité de plaque photographique, qui ne se révèle que lentement. Et qui, il te semble, ne connaît pas de fixateur: ramenée à la lumière de l’écran, de la page et tenue trop longtemps sous le regard, la mémoire se dissout sans rémission. Il n’en reste que l’image de l’image, le cliché pris à l’occasion de la remémoration. De copie en copie du souvenir, il pâlit, bouge. N’en demeure bientôt que la caricature — et les détails seuls que le regard, s’appesantissant, a grossis.

Tu te concentreras et te dissiperas ainsi d’un même mouvement. Tu te dissiperas en pensée, tu t’adonneras à un libertinage mental à heures fixes, et purement discursif, toi qui depuis une éternité as renoncé au libertinage, et devenue d’une simplicité de moeurs que tes contemporains ne sauraient croire. Et que tu n’eusses certes jamais pu imaginer lorsque tu te croyais contemporaine de toi-même.

Tu te dissiperas en pensée, et pour te divertir des désirs que tu pourrais encore éprouver, que tu risques toujours d’éprouver quand bien même tu as appris à en déjouer les ruses les plus triviales.

Disons que c’est un beau soir d’été, qu’après trois mois passés allongée sur ton divan à attendre que se consolide la grosse fracture qui t’a laissé dans la jambe droite deux plaques de métal, treize vis et le loisir d’analyser les nuances subtiles de la douleur physique, le goût de la morphine grenadine, de t’émerveiller de la chance que tu as eue, tout bien considéré, de te sortir à si bon compte d’un accident absurde, car lorsque tu en as développé le souvenir, tu as enfin vu qu’il aurait pu te coûter ta vie ou ton corps, le divisant au gré d’une paralysie plus ou moins grave, qu’après donc trois mois et un renouvellement de bail avec la vie, avec le mouvement, c’est un bien beau soir d’été, un soir où le corps enfin libre de trop de douleur, retrouve dans le désordre tous ses appétits, celui de la danse, celui des autres corps, celui des femmes. Il suffirait d’aller s’asseoir à la terrasse d’un café, regarder les passantes. Le désir sûrement dévalerait sa pente, naturellement assez abrupte, et avant même de le savoir sans doute te serais-tu créé des souvenirs de plus.

Il en est du désir comme de la douleur — tu l’as appris de ton accident. C’est la surprise qui les rend incontrôlables. Se réveiller de leur absence brutalement, ils emportent tout. Les tenir en lisse demande sang-froid, attention et régularité.

Dissiper, esquiver ou digresser tes désirs, telle est la finalité de cette petite expérience que tu tentes et dont tu espères qu’elle suffira à te mener jusqu’au moment de monter dans l’avion qui te transportera outre-Atlantique sur l’autre bord du désir. Ou pour le dire autrement, toi qui fus longtemps frivole, d’une frivolité que sans doute les récits que tu entends dévider chaque jour de ce mois de juillet 2000 risquent d’illustrer assez, toi donc qui fus longtemps frivole, et dont la pente naturelle (c’est-à-dire certainement humaine, et aggravée de toute la surestimation française de cet art d’être volage qui confond la grâce et la légèreté, les plaisirs de chair et ceux de vanité) est loin d’être aplanie, t’es délibérée depuis certain temps déjà de ne plus vivre dans la sujétion de désirs désordonnés.

Car la vie est trop courte pour se résigner à lire des livres mal écrits et coucher avec des femmes qu’on n’aime pas.
Monday 20 October 2008 à 10:52
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Le chemin de l'amitié (Villerme)

Randonneur, mon ami, partons sur les chemins
Quitte pour un instant, ce monde sédentaire,
Va ton sac sur le dos et suis l'itinéraire
Qui serpent en forêt parmi les grands sapins.

Dans les bois, nous prendrons le sentier des poètes.
Qui font rimer les vers et chantent l'amitié,
Le plaisir d'être ensemble et le pain partagé,
Puis mettent en quatrains des couleurs dans nos têtes.

Tu verras que la terre est un vrai paradis.
Un jardin pour les cœurs, où l'on sème et recueille
L'amour et la beauté, la douceur d'une feuille,
Le sourire qui brille un peu comme un rubis…

Là, nous écouterons le vent bruissant dans l'orme,
Le murmure de l'onde et le chant des oiseaux,
Qui viennent se nourrir au milieu des roseaux,
Loin du bruit et des cris de la ville uniforme !

A l'heure de la pause, auprès d'un tronc rugueux,
Tu prendra fort plaisir à goûter une figue.
Puis, sur l'herbe, allongé par la saine fatigue,
Ton corps voyagera vers des rêves joyeux…

"Randonneur, mon ami, partons sur les chemins
Randonneur, mon ami, partons sur les chemins
Randonneur, mon ami, partons sur les chemins"


Ce message a été modifié par sandie72 - Monday 20 October 2008 à 10:53.
Monday 20 October 2008 à 20:15
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I


Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or

II


O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !

III


- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud

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