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Livenet > Forum > Livres et Bds
Monday 24 December 2007 à 10:15
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«Pourquoi le sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière ?»

Julien Gracq




Ce message a été modifié par sandie72 - Monday 24 December 2007 à 10:16.
Saturday 26 January 2008 à 11:32
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Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientt comme dans une cible

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: souviens-toi! - rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

remember! souviens-toi! prodigue! esto memor!
( mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira: meurs, vieux lâchê! il est trop tard!"


l Horloge Baudelaire
Sunday 03 February 2008 à 10:52
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Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore,
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux,

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux, l’Horreur n’est pas le moins charmant ;
Et, le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton sourire,ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, - fée au yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?


Baudelaire

(je ne sais pas s il a deja ete mis)


Ce message a été modifié par sandie72 - Sunday 03 February 2008 à 10:54.
Tuesday 26 February 2008 à 18:07
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petit up avec les paroles d'un morceau d'Al Kol:



MONTAGNES DE FEMME

Montagnes de femme
naturelles et lisses
mes idées infâmes
vraiment s'y immiscent

Couvertes d'une neige
bien synthétique
mes rêves me piègent
hypothétiques

Ici c'est privé
c'est pas pour mes mains
beautées bien dressées
cachées ce matin

Mes envies puissantes
teintées de blonde
les démons me hantent
les vices se fécondent

Merci mon soleil
grâce à toi j'ai vu
l'ombre sans pareil
des chefs-d'oeuvre nus

Les fameuses 'montagnes de femme' sont en fait les seins de mon premier amour de jeunesse. Al s'est inspiré de cette charmante vision pour cette chanson.
Après lui avoir fait la surprise de lui ammener le petit déjeuner au lit pour son anniversaire, la jolie demoiselle, repue, décida de se lever pour ouvrir ses volets.
Le soleil profita de s'amuser avec sa lumière en offrant à mes yeux le pourtour de ses seins nus en contre-jour, recouverts par son t-shirt blanc.
L'occasion était trop belle pour que je me retourne...
Thursday 28 February 2008 à 23:40
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Baudelaire, De l'essence du rire (III)
[...] Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. [...]
[...] J'appellerai désormais le grotesque comique absolu, comme antithèse au comique ordinaire, que j'appellerai comique significatif. Le comique significatif est un langage plus clair, plus facile à comprendre pour le vulgaire, et surtout plus facile à analyser, son élément étant visiblement double : l'art et l'idée morale ; mais le comique absolu, se rapprochant beaucoup plus de la nature, se présente sous une espèce une, et qui veut être saisie par intuition. Il n'y a qu'une vérification du grotesque, c'est le rire, et le rire subit ; en face du comique significatif, il n'est pas défendu de rire après coup ; cela n'arguë pas contre sa valeur ; c'est une question de rapidité d'analyse. [...]
Monday 10 March 2008 à 14:59
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La tempête fait rage aujourd'hui ! Et je pense à ce très beau poème de Victor Hugo ...


Les pauvres gens
Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.
Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.
Au fond, dans l'encoignure où quelque humble vaisselle
Aux planches d'un bahut vaguement étincelle,
On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants.
Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs,
Et cinq petits enfants, nid d'âmes, y sommeillent
La haute cheminée où quelques flammes veillent
Rougit le plafond sombre, et, le front sur le lit,
Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit.
C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume,
Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,
Le sinistre océan jette son noir sanglot.

L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot,
Il livre au hasard sombre une rude bataille.
Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille,
Car les petits enfants ont faim. Il part le soir
Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir.
Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles.
La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,
Remmaillant les filets, préparant l'hameçon,
Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson,
Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.
Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,
l s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit.
Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit.
Dans les brisants, parmi les lames en démence,
L'endroit bon à la pêche, et, sur la mer immense,
Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,
Où se plaît le poisson aux nageoires d'argent,
Ce n'est qu'un point ; c'est grand deux fois comme la chambre.
Or, la nuit, dans l'ondée et la brume, en décembre,
Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant,
Comme il faut calculer la marée et le vent !
Comme il faut combiner sûrement les manoeuvres !
Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ;
Le gouffre roule et tord ses plis démesurés,
Et fait râler d'horreur les agrès effarés.
Lui, songe à sa Jeannie au sein des mers glacées,
Et Jeannie en pleurant l'appelle ; et leurs pensées
Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du coeur.

Elle prie, et la mauve au cri rauque et moqueur
L'importune, et, parmi les écueils en décombres,
L'océan l'épouvante, et toutes sortes d'ombres
Passent dans son esprit : la mer, les matelots
Emportés à travers la colère des flots ;
Et dans sa gaine, ainsi que le sang dans l'artère,
La froide horloge bat, jetant dans le mystère,
Goutte à goutte, le temps, saisons, printemps, hivers ;
Et chaque battement, dans l'énorme univers,
Ouvre aux âmes, essaims d'autours et de colombes,
D'un côté les berceaux et de l'autre les tombes.

Elle songe, elle rêve. - Et tant de pauvreté !
Ses petits vont pieds nus l'hiver comme l'été.
Pas de pain de froment. On mange du pain d'orge.
- Ô Dieu ! le vent rugit comme un soufflet de forge,
La côte fait le bruit d'une enclume, on croit voir
Les constellations fuir dans l'ouragan noir
Comme les tourbillons d'étincelles de l'âtre.
C'est l'heure où, gai danseur, minuit rit et folâtre
Sous le loup de satin qu'illuminent ses yeux,
Et c'est l'heure où minuit, brigand mystérieux,
Voilé d'ombre et de pluie et le front dans la bise,
Prend un pauvre marin frissonnant, et le brise
Aux rochers monstrueux apparus brusquement.
Horreur ! l'homme, dont l'onde éteint le hurlement,
Sent fondre et s'enfoncer le bâtiment qui plonge ;
Il sent s'ouvrir sous lui l'ombre et l'abîme, et songe
Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil !

Ces mornes visions troublent son coeur, pareil
A la nuit. Elle tremble et pleure.

Ô pauvres femmes
De pêcheurs ! c'est affreux de se dire : - Mes âmes,
Père, amant, frère, fils, tout ce que j'ai de cher,
C'est là, dans ce chaos ! mon coeur, mon sang, ma chair ! -
Ciel ! être en proie aux flots, c'est être en proie aux bêtes.
Oh ! songer que l'eau joue avec toutes ces têtes,
Depuis le mousse enfant jusqu'au mari patron,
Et que le vent hagard, soufflant dans son clairon,
Dénoue au-dessus d'eux sa longue et folle tresse,
Et que peut-être ils sont à cette heure en détresse,
Et qu'on ne sait jamais au juste ce qu'ils font,
Et que, pour tenir tête à cette mer sans fond,
A tous ces gouffres d'ombre où ne luit nulle étoile,
Es n'ont qu'un bout de planche avec un bout de toile !
Souci lugubre ! on court à travers les galets,
Le flot monte, on lui parle, on crie : Oh ! rends-nous-les !
Mais, hélas ! que veut-on que dise à la pensée
Toujours sombre, la mer toujours bouleversée !

Jeannie est bien plus triste encor. Son homme est seul !
Seul dans cette âpre nuit ! seul sous ce noir linceul !
Pas d'aide. Ses enfants sont trop petits. - Ô mère !
Tu dis : "S'ils étaient grands ! - leur père est seul !" Chimère !
Plus tard, quand ils seront près du père et partis,
Tu diras en pleurant : "Oh! s'ils étaient petits !"

Elle prend sa lanterne et sa cape. - C'est l'heure
D'aller voir s'il revient, si la mer est meilleure,
S'il fait jour, si la flamme est au mât du signal.
Allons ! - Et la voilà qui part. L'air matinal
Ne souffle pas encor. Rien. Pas de ligne blanche
Dans l'espace où le flot des ténèbres s'épanche.
Il pleut. Rien n'est plus noir que la pluie au matin ;
On dirait que le jour tremble et doute, incertain,
Et qu'ainsi que l'enfant, l'aube pleure de naître.
Elle va. L'on ne voit luire aucune fenêtre.

Tout à coup, a ses yeux qui cherchent le chemin,
Avec je ne sais quoi de lugubre et d'humain
Une sombre masure apparaît, décrépite ;
Ni lumière, ni feu ; la porte au vent palpite ;
Sur les murs vermoulus branle un toit hasardeux ;
La bise sur ce toit tord des chaumes hideux,
Jaunes, sales, pareils aux grosses eaux d'un fleuve.

"Tiens ! je ne pensais plus à cette pauvre veuve,
Dit-elle ; mon mari, l'autre jour, la trouva
Malade et seule ; il faut voit comment elle va."

Elle frappe à la porte, elle écoute ; personne
Ne répond. Et Jeannie au vent de mer frissonne.
"Malade ! Et ses enfants ! comme c'est mal nourri !
Elle n'en a que deux, mais elle est sans mari."
Puis, elle frappe encore. "Hé ! voisine !" Elle appelle.
Et la maison se tait toujours. "Ah ! Dieu ! dit-elle,
Comme elle dort, qu'il faut l'appeler si longtemps!"
La porte, cette fois, comme si, par instants,
Les objets étaient pris d'une pitié suprême,
Morne, tourna dans l'ombre et s'ouvrit d'elle-même.

Elle entra. Sa lanterne éclaira le dedans
Du noir logis muet au bord des flots grondants.
L'eau tombait du plafond comme des trous d'un crible.

Au fond était couchée une forme terrible ;
Une femme immobile et renversée, ayant
Les pieds nus, le regard obscur, l'air effrayant ;
Un cadavre ; - autrefois, mère joyeuse et forte ; -
Le spectre échevelé de la misère morte ;
Ce qui reste du pauvre après un long combat.
Elle laissait, parmi la paille du grabat,
Son bras livide et froid et sa main déjà verte
Pendre, et l'horreur sortait de cette bouche ouverte
D'où l'âme en s'enfuyant, sinistre, avait jeté
Ce grand cri de la mort qu'entend l'éternité !

Près du lit où gisait la mère de famille,
Deux tout petits enfants, le garçon et la fille,
Dans le même berceau souriaient endormis.

La mère, se sentant mourir, leur avait mis
Sa mante sur les pieds et sur le corps sa robe,
Afin que, dans cette ombre où la mort nous dérobe,
Ils ne sentissent pas la tiédeur qui décroît,
Et pour qu'ils eussent chaud pendant qu'elle aurait froid.

Comme ils dorment tous deux dans le berceau qui tremble !
Leur haleine est paisible et leur front calme. Il semble
Que rien n'éveillerait ces orphelins dormant,
Pas même le clairon du dernier jugement ;
Car, étant innocents, ils n'ont pas peur du juge.

Et la pluie au dehors gronde comme un déluge.
Du vieux toit crevassé, d'où la rafale sort,
Une goutte parfois tombe sur ce front mort,
Glisse sur cette joue et devient une larme.
La vague sonne ainsi qu'une cloche d'alarme.
La morte écoute l'ombre avec stupidité.
Car le corps, quand l'esprit radieux l'a quitté,
A l'air de chercher l'âme et de rappeler l'ange ;
Il semble qu'on entend ce dialogue étrange
Entre la bouche pâle et l'oeil triste et hagard :
- Qu'as-tu fait de ton souffle ? - Et toi, de ton regard ?

Hélas! aimez, vivez, cueillez les primevères,
Dansez, riez, brûlez vos coeurs, videz vos verres.
Comme au sombre océan arrive tout ruisseau,
Le sort donne pour but au festin, au berceau,
Aux mères adorant l'enfance épanouie,
Aux baisers de la chair dont l'âme est éblouie,
Aux chansons, au sourire, à l'amour frais et beau,
Le refroidissement lugubre du tombeau !

Qu'est-ce donc que Jeannie a fait chez cette morte ?
Sous sa cape aux longs plis qu'est-ce donc qu'elle emporte ?
Qu'est-ce donc que Jeannie emporte en s'en allant ?
Pourquoi son coeur bat-il ? Pourquoi son pas tremblant
Se hâte-t-il ainsi ? D'où vient qu'en la ruelle
Elle court, sans oser regarder derrière elle ?
Qu'est-ce donc qu'elle cache avec un air troublé
Dans l'ombre, sur son lit ? Qu'a-t-elle donc volé ?

Quand elle fut rentrée au logis, la falaise
Blanchissait; près du lit elle prit une chaise
Et s'assit toute pâle ; on eût dit qu'elle avait
Un remords, et son front tomba sur le chevet,
Et, par instants, à mots entrecoupés, sa bouche
Parlait pendant qu'au loin grondait la mer farouche.

"Mon pauvre homme ! ah ! mon Dieu ! que va-t-il dire ? Il a
Déjà tant de souci ! Qu'est-ce que j'ai fait là ?
Cinq enfants sur les bras ! ce père qui travaille !
Il n'avait pas assez de peine ; il faut que j'aille
Lui donner celle-là de plus. - C'est lui ? - Non. Rien.
- J'ai mal fait. - S'il me bat, je dirai : Tu fais bien.
- Est-ce lui ? - Non. - Tant mieux. - La porte bouge comme
Si l'on entrait. - Mais non. - Voilà-t-il pas, pauvre homme,
Que j'ai peur de le voir rentrer, moi, maintenant !"
Puis elle demeura pensive et frissonnant,
S'enfonçant par degrés dans son angoisse intime,
Perdue en son souci comme dans un abîme,
N'entendant même plus les bruits extérieurs,
Les cormorans qui vont comme de noirs crieurs,
Et l'onde et la marée et le vent en colère.

La porte tout à coup s'ouvrit, bruyante et claire,
Et fit dans la cabane entrer un rayon blanc ;
Et le pêcheur, traînant son filet ruisselant,
Joyeux, parut au seuil, et dit : C'est la marine !

C'est toi !" cria Jeannie, et, contre sa poitrine,
Elle prit son mari comme on prend un amant,
Et lui baisa sa veste avec emportement
Tandis que le marin disait : "Me voici, femme !"
Et montrait sur son front qu'éclairait l'âtre en flamme
Son coeur bon et content que Jeannie éclairait,
"Je suis volé, dit-il ; la mer c'est la forêt.
- Quel temps a-t-il fait ? - Dur. - Et la pêche ? - Mauvaise.
Mais, vois-tu, je t 1 embrasse, et me voilà bien aise.
Je n'ai rien pris du tout. J'ai troué mon filet.
Le diable était caché dans le vent qui soufflait.
Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,
J'ai cru que le bateau se couchait, et l'amarre
A cassé. Qu'as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ?"
Jeannie eut un frisson dans l'ombre et se troubla.
"Moi ? dit-elle. Ah ! mon Dieu ! rien, comme à l'ordinaire,
J'ai cousu. J'écoutais la mer comme un tonnerre,
J'avais peur. - Oui, l'hiver est dur, mais c'est égal."
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : "A propos, notre voisine est morte.
C'est hier qu'elle a dû mourir, enfin, n'importe,
Dans la soirée, après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.
L'un s'appelle Guillaume et l'autre Madeleine ;
L'un qui ne marche pas, l'autre qui parle à peine.
La pauvre bonne femme était dans le besoin."

L'homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
"Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! tant pis ! ce n'est pas ma faute, C'est l'affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C'est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S'ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C'est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.
Quand il verra qu'il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l'eau, je ferai double tâche,
C'est dit. Va les chercher. Mais qu'as-tu ? Ça te fâche ?
D'ordinaire, tu cours plus vite que cela.

- Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, lès voilà!"
Wednesday 26 March 2008 à 11:59
Citer +Citer
Ce n est pas un texte d auteur mais un poeme que j ai trouvé au hasard sur le net...Il m emeut profondément...


Elle a fait un long voyage hier soir,
Rêvant d'une vie qu'elle avait toujours voulu avoir.
Elle est partie loin pour tout oublier,
Si loin qu'il ne la reverra jamais!

Elle a pris un nouveau chemin, un meilleur
Dans lequel elle pourra oublier ses peines de coeur.
Une nouvelle vie pour ne plus souffrir,
Hier soir elle s'est endormie avec un profond sourire...

Ce matin, il n'arrivait pas à la réveiller.
Il a juste retrouvé son corps mutilé.
Il l'aimait mais l'avait tuée,
Desormais, elle va vivre une vie qu'elle a toujours méritée.


Ce message a été modifié par sandie72 - Wednesday 26 March 2008 à 13:21.
Wednesday 26 March 2008 à 14:06
Citer +Citer
pour etre juste un peu plus "leger" que le beau poeme de sandy ...
je change carrement de style ....

Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et bien entendu il trouva que c’était bien.
Et c’était bien d’ailleurs !
Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire.
Alors plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l’homme.
Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d’esclave jusqu'à la fin des temps.
Au chat, il avait donné l’indolence et la lucidité ;
à l’homme il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail. L’homme s’en donna à cœur joie.
Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l’invention, la production et la consommation intensive. Civilisation qui n’avait en réalité qu’un seul but secret : offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.


C'est-à-dire que l’homme inventa des millions d’objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire, parallèlement, les quelques objets indispensables au bien être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à cuire, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d’osier et aussi peut être la radio puisque les chats aiment la musique.

Mais de tout cela les hommes ne savent rien.
A leurs souhaits.
Bénis soient-ils. Et ils croient l’être.
Tout pour le mieux dans le meilleur des mondes des chats.




Jacques STERNERG, Contes glacés.


Wednesday 26 March 2008 à 17:15
Citer +Citer
Je cherche une goutte de pluie
Qui vient de tomber dans la mer.
Dans sa rapide verticale
Elle luisait plus que les autres
Car seule entre les autres gouttes
Elle eut la force de comprendre
Que, très douce dans l'eau salée,
Elle allait se perdre à jamais.
Alors je cherche dans la mer
Et sur les vagues, alertées.
Je cherche pour faire plaisir
A ce fragile souvenir
Dont je suis seul dépositaire.
Mais j'ai beau faire, il est des choses
Où Dieu même ne peut plus rien
Malgré sa bonne volonté
Et l'assistance sans paroles
Du ciel, des vagues et de l'air.



Jules Supervielle
Friday 28 March 2008 à 10:29
Citer +Citer
Tu demandes pourquoi je reste sans rien dire ?
C'est que voici le grand moment,
l'heure des yeux et du sourire,
le soir, et que ce soir je t'aime infiniment !
Serre-moi contre toi. J'ai besoin de caresses.
Si tu savais tout ce qui monte en moi, ce soir,
d'ambition, d'orgueil, de désir, de tendresse, et de bonté !...
Mais non, tu ne peux pas savoir !...
Baisse un peu l'abat-jour, veux-tu ? Nous serons mieux.
C'est dans l'ombre que les coeurs causent,
et l'on voit beaucoup mieux les yeux
quand on voit un peu moins les choses.
Ce soir je t'aime trop pour te parler d'amour.
Serre-moi contre ta poitrine!
Je voudrais que ce soit mon tour d'être celui que l'on câline...
Baisse encore un peu l'abat-jour.
Là. Ne parlons plus. Soyons sages.
Et ne bougeons pas. C'est si bon
tes mains tièdes sur mon visage!...

Toi et moi
Paul Géraldy (1885)
Friday 28 March 2008 à 11:28
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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Joachim du Bellay
Saturday 29 March 2008 à 19:01
Citer +Citer
texte anonyme
_______________
Une Nuit D'été



C'était une nuit d'été, au mois d'août. Le chant de milliers de grillons s'élevaient des champs bordant les petits chemins qui traversaient la campagne. Minuit était passé mais il faisait encore chaud. Une chaleur moite. Le ciel était constellé d'étoiles. La lune éclairait le paysage d'une lumière blafarde. La nature avait revêtu ses plus beaux atours pour donner cet opéra champêtre. Des grenouilles se joignaient aux grillons, leurs croassements de basses répondaient à la mélodie stridulante. Au loin, une chouette se lança dans un solo fantomatique. Les grenouilles se firent silencieuses quelques secondes, avant de reprendre en chœur de plus belle.

Une lumière apparut au bout de la route. Elle se déplaçait à une soixantaine de centimètres au-dessus du sol. Un cliquetis métallique accompagné d'un léger soufflement se fit entendre. Sylvain rentrait chez lui, à vélo. Il avait passé l'après-midi avec ses amis sur les bords de la rivière. Il aimait particulièrement ces moments insouciants au bord de l'eau, à l'ombre des chênes. La rentrée approchait, petit à petit. Et là, fini les longues discussions avec Théo et Carla, ses deux meilleurs amis. Plus de batailles d'eaux, de baignades, de batifolages. Terminé les tendresses avec Suzie, sa petite amie depuis bientôt cinq semaines. Ce soir, lors d'un bain de minuit, il avait eu l'occasion de passer un moment sensuel avec Suze, comme il aimait à l'appeler. Il venait à peine de la quitter mais la sensation de sa peau douce contre la sienne était encore présente, presque palpable. L'érection qui déformait son short humide en témoignait. Il espérait peut-être garder contact avec elle. Elle était du Nord et était venue passer les vacances chez son cousin, Théo. Sylvain avait quinze ans. Suze était son premier flirt.

De ses cheveux encore humides coulaient des gouttes d'eaux qui descendaient le long de son dos nu avant d'être absorbées en fin de course par le tissu de son short. Sylvain mettait les bouchées doubles. Il fallait ne pas trop traîner s'il voulait être rentré avant le couvre-feu que lui avait imposé ses parents. Mais avant de rentrer chez lui, Sylvain devait absolument s'arrêter. Sinon son short allait être encore plus trempé. L'arrêt pipi s'imposait. Les litres de coca et d'eau qu'ils avaient bus aujourd'hui se rappelaient à lui d'une façon pressante. Encore quelques coups de pédalier. Il avait décider d'aller soulager sa vessie dans le bois situé à mi-chemin entre la rivière et sa maison. Et vérifier aussi une légende. Celle-ci racontait que les nuits de pleine lune, dans le bois, apparaissait une fleur d'un blanc immaculé. Celui qui cueillerait cette fleur merveilleuse verrait son souhait exaucer. C'était son grand-père paternel qui lui avait confié cette histoire, l'été de ses huit ans. Sur quoi son père avait répondu :" Arrête de lui fourrer tes histoires dans la tête, Papa. Tu sais aussi bien que moi que c'est des conneries. Tout comme l'histoire de la sorcière qui habiterait la maison abandonnée dans les marais. Si tu continue comme ça, le petit va devenir aussi superstitieux que Maman. Tu l'imagines avec sa petite bourse remplie de sel pour conjurer les mauvais esprits?". Son père et son grand-père avaient alors éclaté de rire. Sylvain s'était joint à eux. Le rire des deux hommes était communicatif. Mais Sylvain avait gardé en mémoire cette histoire. Il y pensait à chaque fois qu'il passait devant le bois. Ce soir il se sentait d'humeur aventureuse. Et si jamais cette fleur existait vraiment? Si jamais il la cueillait? Alors il souhaiterait une chose: Faire l'Amour avec Suze. Depuis quelques temps il ne pensait qu'à ça. Découvrir ce que les filles dissimulaient sous leur soutien-gorge et entre leurs jambes Bien sûr il avait vu quelques photos dans des magazines pornos qu'un copain avait ramené au collège. Et puis une fois il avait regardé une vidéo chez Théo. Mais il voulait vérifier par ses propres yeux, caresser les formes de Suze. Jusqu'à présent elle se dérobait à chaque fois que Sylvain devenait plus entreprenant. Les bisous échangés avec elle, langues contre langues, ça ne lui suffisait plus. Il voulait connaître une autre moiteur que celle de la bouche de Suze. Théo l'avait déjà fait une fois. Il y a trois semaines, quand il était parti dans le sud, avec ses parents. Son ami lui avait raconté son expérience avec Angie, une anglaise qui était en vacances dans le même camping. Cela s'était passé dans la tente de Théo. C'est Angie qui avait pris les choses en main. Lui désirait juste la peloter un peu. Mais lorsqu'elle avait commencé à se dévêtir, Théo avait su que ce soir allait être son soir. Elle avait débarrassé le garçon de son short. Puis elle lui avait pris les mains et les avaient posées sur sa poitrine. "Putain, j'avais une trique d'enfer mon pote, lui avait raconté Théo. Ses seins étaient trop doux. Mais ce n'était rien comparé à la douceur de sa chatte. Tu t'imagines pas combien ce truc est agréable." Sylvain avait eu droit à tous les détails. Comment Angie l'avait sucé, comment elle lui avait enfiler la capote et comment lui l'avait enfilée. "Terrible. C'était trop fort. J'en bande rien qu'a l'idée d'y penser, s'était exclamé son ami". Lui aussi voulait connaître l'effet que ça faisait d'introduire son sexe dans celui d'une fille. Les séances d'onanisme c'était bien mais il voulait plus. Si seulement il pouvait trouver cette fleur…

Sylvain pressa les poignés de frein qui émirent un grincement terrible. Il faudrait qu'il les graisse demain. Il posa le pied à terre et s'engagea en poussant son engin sur le petit chemin menant au bois. La lune bienveillante apportait une pâle lumière qui lui permettait d'éviter de trébucher sur des racines ou de s'écorcher les jambes dans les ronces qui débordaient par endroits des buissons. A mesure qu'il s'approchait de l'orée du bois, le chant des animaux faiblissait. Le chemin bifurqua presque à angle droit pour s'enfoncer sous les arbres. Sylvain laissa son vélo contre un tronc et s'engagea sous la voûte sylvestre. Les seuls bruits qu'il entendait étaient ceux qu'il produisait. Le craquement des branches sous ses pieds, le froissement du tissu à son entrejambe, sa respiration qui se faisait plus haletante. Il lui semblait que même les battements de son cœur emplissaient l'espace autour de lui. Il devait absolument se soulager, ça devenait urgent. Sylvain sortit du minuscule sentier qu'il suivait pour s'enfoncer dans les taillis, en faisant attention de ne pas se piquer sur le houx qui poussait comme du chiendent ici. Il s'arrêta devant un chêne et décida que ce serait cet arbre qu'il baptiserai de son urine. C'était un arbre imposant, recouvert de mousse sur une moitié du tronc. Il devait faire partie des doyens de ce bois. Sylvain se positionna devant le tronc, plongea la main dans son short et en ressortit son pénis. Il baissa un peu son short sous ses testicules, pour être plus à l'aise. Il décalotta son sexe et arrosa le tronc de l'arbre. Sylvain laissa échapper un petit soupir de soulagement et de bien-être. Le flot se tarit au bout d'une vingtaine de secondes. Il secoua son pénis afin que la dernière goutte ne soit pas pour son short, comme sa maman lui avait appris à faire quand il était petit. Puis il rabattit la peau de son prépuce et rangea le tout dans son bermuda. Il en resserra les liens au passage.

Il était prêt à revenir sur ses pas quand une chose attira son attention à quelques centaines de mètres devant lui. Il n'avait pas pu la voir quand il pissait car le tronc lui cachait cette partie du bois. Maintenant qu'il s'était décalé par rapport à l'arbre, son champ de vision n'était plus obstrué. Qu'est-ce que c'était? Cela avait une forme quasi sphérique. C'était d'un blanc nacré, avec des reflets roses, verts et bleutés par endroits. Sylvain, attisé par sa curiosité naturelle, décida de s'approcher plus près pour voir ce qu'était ce truc blanc. Il s'avança prudemment, en faisant le moins de bruit possible. Il gardait la bouche ouverte pour respirer. Son cœur battait la chamade. C'était quoi ce truc? Un engin extraterrestre, genre X-FILES? Si tel était le cas, il n'était ni Mulder et encore moins Scully! Sylvain s'arrêta sur place. Cette chose, ça bougeait à l'intérieur. Bordel, qu'est-ce qui lui avait pris de venir pisser ici? En pleine nuit en plus. Soudain quelque chose d'étrange se produisit. La sphère s'ouvrit. Enfin plutôt elle était en train d'éclore. Sylvain réalisa que c'était un énorme bourgeon. Les pétales se déployaient lentement. Ils étaient d'un blanc translucide, avec des reflets colorés. Et très fins. Ça y est, putain, j'ai trouvé la fleur dont me parlait grand-père, pensa Sylvain. Il se remit alors en marche en direction de l'énorme fleur. Elle devait mesurer environ deux mètres de large et plus d'un de hauteur. Les pétales continuaient de se déplier doucement, en silence. Je vais enfin pouvoir exhausser mon vœu, se dit-il. A cette pensée, son sexe s'était durcit. Il allait le faire, avec Suze. Sylvain se trouvait à moins de cinquante mètres de la fleur maintenant. Les derniers pétales s'entrouvrirent. Il y avait quelque chose à l'intérieur de la fleur. Quelque chose qui bougeait aussi. Sylvain s'avança prudemment. Ce n'était pas quelque chose, mais plutôt quelqu'un. La fleur était totalement éclose. La personne était lovée à l'intérieur en position fœtale, dans une sorte de placenta transparent. Un bras bougea et jailli de l'enveloppe. Puis l'autre main glissa le long du bras, et écarta l'ouverture. Une substance incolore et visqueuse recouvrait le corps de la jeune fille. Car c'était bien une personne de sexe féminin qui était en train d'émerger du placenta. Elle avait de longs cheveux blonds platine qui lui arrivaient en haut des reins. Sa peau était d'une blancheur laiteuse, presque irréelle sous la lumière lunaire qui filtrait dans le sous-bois. La créature qui se tenait à quelques mètres de Sylvain était magnifique. Ses seins, ses fesses, ses jambes, tout était parfait. Elle leva un bras devant son visage et entreprit de le lécher consciencieusement afin de faire disparaître la substance gluante et poisseuse. Son visage fit chavirer le cœur du garçon. Ses lèvres étaient finement dessinées et semblaient avoir la texture du velours. Et ses yeux étaient légèrement en forme d'amande. Les iris étaient blancs, ce qui faisait étrangement ressortir des pupilles d'une couleur inhabituelle. Elles étaient vertes. Ce n'était plus Suze qu'il désirait mais elle. Elle qui se tenait nue devant lui. Sylvain, mu par son désir, reprit sa marche. Jamais il n'avait eu une érection comme ça. Cela lui faisait même un peu mal tellement son membre était tendu et gorgé de sang. Il essaya de faire le moins de bruit possible. Avancer doucement, regarder où poser les pieds. Quand il racontera ça à Théo! Il sera vert. Non. Il ne lui dirait rien, Sylvain décida de garder cette rencontre secrète. Il pourrait ensuite venir voir régulièrement cette fille, en cachette. Elle ne sera rien qu'à lui. Sa créature.

Maintenant moins d'une dizaine de mètres le séparait d'elle. Jamais il n'avait ressenti un désir d'une telle puissance. Sylvain n'avait qu'une idée en tête, la posséder. Elle qui se léchait le corps devant lui. Elle qui avait un corps extrêmement attirant. Elle, la fille parfaite. Il voulait lui parler mais les mots semblaient rester bloqués au niveau de sa gorge, aucun son ne pouvait en sortir. Au bout de quelques dizaines de secondes, il réussit à articuler un "Hé mademoiselle" assez timide. Elle se retourna sur-le-champ. Ses cheveux platines balayèrent l'air devant elle. Et son visage afficha la peur, l'effroi. Elle ouvrit la bouche et poussa un cri de terreur. Un sifflement aigu vint déchirer le silence du bois. C'était à la limite du supportable. Sylvain mit ses mains sur ses oreilles pour se protéger. La douleur le fit s'agenouiller. Puis le sifflement et la souffrance cessèrent. Sylvain ouvrit les yeux qu'il avaient clos par réflexe de protection. Elle se tenait de dos et commença à fuir. "Non, ne t'en vas pas, cria Sylvain. Je te veux aucun mal. Attends moi." Il s'élança à sa poursuite. Les fougères lui fouettaient les jambes au-dessous de son short. Un instant il cru l'avoir perdu de vue. Sylvain s'immobilisa. Non elle ne pouvait pas avoir disparue. Pas elle. Celle qu'il avait tant attendue. La fille parfaite. Celle qui lui ferait découvrir l'ivresse des sens. Il vit une silhouette blanche bouger à gauche de son champ de vision. Sylvain s'élança dans un sprint dément. Jamais il n'avait couru aussi vite. La sueur commença à couler sur sa peau. Son corps entier devint moite en quelques instants. Un houx lui griffa le torse au passage. La douleur électrisa tout son être. Il passa outre, continua sa traque. Le sang commença à perler le long des légères balafres qui striaient son abdomen. Il se mélangea à la sueur. Sa peau se para au fur et à mesure d'un marbré rouge. Cependant Sylvain gagna du terrain. Il était à moins de six mètres d'elle à présent. Il allait la rattraper, bientôt. Il le fallait. Car il n'allait pas tenir longtemps à un tel rythme. L'essoufflement commençait à se faire sentir. La créature tourna la tête pour évaluer la distance qui la séparait de lui. La terreur se lisait toujours dans ses yeux. Et elle chuta. Elle s'était prise le pied dans une racine . Elle tomba lourdement. Mais ne provoqua aucun bruit. Comme si elle était aussi légère qu'une plume. Sylvain se précipita à son secours. Il s'arrêta au-dessus d'elle, lui sourit et tendit une main salvatrice. Mais elle paru encore plus effrayé. Elle se mit à reculer, allongée sur le dos. Ses mains et ses jambes la poussaient hors de portée de Sylvain. Il s'avança, en tendant toujours sa main. "N'ai pas peur. Prends ma main. Je veux simplement t'aider à te relever." Mais elle ne semblait pas comprendre ce qu'il disait. Elle continuait de labourer le sol en voulant s'échapper. Plus Sylvain s'approchait et plus un effroi absolu déformait les traits de son visage. Puis elle cessa tout mouvement, paralysée par la peur. Sylvain se pencha et lui prit une main afin de l'aider à se relever. Il entendit comme une sorte de craquement, le même bruit que fait un drap que l'on déchire. La créature poussa à nouveau un cri strident. A nouveau le hurlement lui perça les tympans et il se retrouva affalé sur le sol, se tordant de douleur. Sylvain sentait un corps étranger dans sa main, qu'il tenait serrée fermement. Celle là même qu'il avait utilisé pour la relever quelques secondes plus tôt. Il l'ouvrit. Un morceau de peau. Il lui avait arraché un morceau de peau! Pourtant, il avait à peine serré sa main. Sylvain hurla et jeta au loin ce bout d'épiderme. Puis son regard se porta sur elle. Un spectacle horrible se déroulait devant ses yeux. La peau de la créature se fendait à plusieurs endroits à partir de sa main. Sa chair en dessous étaient rouge. Mais le sang qui commença à suinter des blessures était d'un vert foncé. Plus la créature se tordait de douleur et plus les blessures s'agrandissaient. Les coupures devinrent des écorchures béantes. C'était comme si elle changeait de peau. Sauf qu'en dessous la chair était à vif. Elle commença à pleurer des larmes émeraudes. Elle vomit du sang vert. Puis ce furent les tissus de ses muscles qui commencèrent à se détacher. Ils glissaient le long de son corps en se désagrégeant à une vitesse incroyable. Le cri se fit plus faible. Il voyait les organes internes de celle qu'il désirait plus que tout quelques instants auparavant se liquéfier, dans une bouillie rouge et verte. Certains organes lui semblaient inconnus. Comme cette chose orange au centre de la poitrine. Ou bien ce long appendice bleu sur son flanc droit. Maintenant il ne restait plus d'elle qu'un bouillie informe et multicolore qui infiltrait l'humus du sous-bois. Cette créature ne semblait pas avoir possédé de squelette. Sylvain était pétrifié d'effroi. Il ne bougeait plus et avait retenu sa respiration. Il sentait le sang pulser contre ses tempes. Qu'avait-il fait? C'était surréaliste. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé. Il n'avait pas eu la moindre intention de la blesser. Juste l'aider, l'aimer. Subitement ses nerfs lâchèrent et il se mit à pleurer. Un torrent de larmes s'écoulait sur ses joues. Il gémit, comme une bête sauvage. Il hurla. Mais cela ne servait plus à rien. Il l'avait tué. Il ne restait qu'une gelée informe de cette si jolie fille. Sylvain poussa un nouveau cri. Non, il ne restait plus rien du tout d'elle. C'était comme si la terre l'avait complètement absorbée. Il ne rêvait pas. Elle se tenait pourtant bien là une minute avant.

Soudain il sentit l'atmosphère de la forêt changer. Il fit subitement plus sombre. L'affolement s'empara de lui. Il devait sortir de ce bois au plus vite. Sinon… Sinon il allait se passer quelque chose de très mauvais pour lui. Il le sentait. Un présence. Ce qui le dérangeait, c'est qu'il n'arrivait pas à la localiser. Elle semblait être omniprésente. Elle était à la fois devant lui, à sa droite, au-dessus… Bref, cette présence l'entourait. Elle l'oppressait. Et elle n'allait pas tarder à se manifester. Fuir. A tout prix. Sylvain se retourna et parti dans la direction d'où il venait. La poursuite l'avait égaré. Il ne savait plus où il était. De plus la forêt paraissait se modifier, bouger sous ses yeux. Il n'avait pas le souvenir d'être passé à côté d'un tel buisson. Il arriva dans une petite clairière. Il s'arrêta quelques instant pour reprendre son souffle. Ses pensées se bousculaient à l'intérieur de son cerveau. Il essaya de les refouler. Une seule chose importait. Une seule chose lui semblait vitale à ce moment. Sortir d'ici. Il se décida pour une sorte de petit chemin à côté d'un sapin. Il s'élança. Mais au bout de quelques dizaines de mètres, Sylvain eut un doute. Il retourna sur ses traces. Il reçut un nouveau choc. La clairière n'était plus. Et le sapin avait subitement grandit. Que se passait-il ici? Sylvain paniqua. Il hurla à se déchirer les cordes vocales. Son cri mourut lentement. Sa voix s'était raillée. Il sentit quelque chose lui enserrer le pied. Il baissa les yeux. Une branches de ronces entourait sa cheville. Les épines s'enfoncèrent dans sa peau. Le sang commençait à couler. Sylvain tenta de se libérer de cette étreinte mais il ne fit que la resserrer et les épines meurtrirent encore plus profondément sa chair. Il se baissa, saisit cette liane épineuse et la trancha d'un coup de dents. Au passage il s'écorcha la langue sur une épine. Le goût métallique du sang envahit aussitôt sa bouche. Il se releva et fonça droit devant. Les branches fouettaient son corps entier. Il sentait l'odeur des différentes essences de ce bois. L'odeur forte du pin. Le parfum de décomposition de l'humus. Toutes ces odeurs étaient exacerbées. La végétation se faisaient plus dense de secondes en secondes. Qu'avait-il tué? Qui était cette sublime créature? Des fines écorchures parcouraient son corps. Sa peau était poisseuse de sang mêlé de transpiration. Soudain il lui sembla apercevoir son vélo à une centaine de mètres devant lui. Sylvain se débattit sauvagement contre toutes ces branches, ces lianes qui cherchaient à le ralentir. Le capturer. La suite, Sylvain n'osait pas l'imaginer. Trop horrible. Mais son cauchemar était bientôt terminé. Il ne comprit pas ce qui se passa ensuite. Il vit son vélo foncer droit sur lui, fendant les airs à un mètre du sol. Trop tard pour l'éviter. Il le reçut en plein ventre. La douleur envahit rapidement tout son corps à partir du point d'impact. Sylvain tomba à terre et se roula en boule. Il se tenait l'abdomen. Il regarda son vélo et comprit. Des lianes tenaient fermement le guidon, le cadre. Des vrilles entouraient les rayon des deux roues. La forêt voulait sa mort. Sylvain se releva brusquement. Jusqu'à ce moment il avait évité de prononcer ce mot. Mort. Mais, c'était ce qui allait lui arriver s'il ne sortait pas d'ici rapidement. Il n'eut pas le temps de faire un pas que des ronces vinrent s'entourer autour de ses poignets, puis ses chevilles et enfin son cou. Il se sentit soulevé dans les airs. Il avait de plus en plus de mal à respirer car les liens végétaux se resserraient. Les vrilles des lianes cherchèrent à pénétrer sa chair. Elles y parvinrent. En s'introduisant dans les coupures qui zébraient son corps entier. Et elles les agrandirent à mesures qu'elles pénétraient en lui. Il sentait sa peau craquer. C'était horrible. Mais ce n'était rien en comparaison du mal que ça lui faisait. Une couronnes d'épines vint enserrer sa tête. Il sentit les pointes pénétrer son front. Le sang qui coula alors lui brouilla la vision. Puis une liane de la taille d'un tuyau d'arrosage chercha à envahir sa bouche. Sylvain parvint à la maintenir close. Les lianes lui recouvrait le corps de plus en plus, le transformant en végétal humain. Il entendit un déchirement de tissus. Son short. Les ronces l'avaient déchiré. Il était maintenant nu. Son corps étaient parcouru de lianes et ronces qui pénétraient lentement en lui, à travers ses blessures. Les épines lacéraient sa peau qui était rouge de sang. Alors quelque chose de terrible se produisit. Une liane s'introduisit dans son rectum. La douleur intense fit pousser un cri à Sylvain. La liane qui cherchait à rentrer dans sa gorge en profita et sa bouche fut aussi violée. Des lambeaux de peau commencèrent à tomber de l'amas de chair, de sang et de végétaux qui se tenait à quelques mètres au-dessus du sol. Les morceaux d'épidermes recouvrirent bientôt les morceaux du short souillés de sang et de sève qui gisaient sur le sol. En quelques minutes Sylvain fut débarrassé de sa peau. Ecorché vif. Mais toujours en vie. Ses forces le quittaient à mesure que le sang coulait. Et il mourut. Les lianes et les ronces avaient ravagé l'intérieur de son corps. Son cœur fut réduit à l'état de masse inerte, transpercé par une branche armée d'épines. Son cerveau subit le même sort, ainsi que la totalité de ses organes vitaux. Puis les lianes et ronces se desserrèrent. Le corps de Sylvain tomba à terre dans un bruit spongieux. Quelques secondes plus tard, le hibou poussa un long hululement. Puis les grillons se remirent à chanter.



- Extrait du Journal Presse-Ouest du 26.08.2002. -

"Un maniaque sévirait-il sur la région?"

Le corps de Sylvain Garnier à été retrouvé jeudi matin dans un petit bois appelé localement le "bois au fées", sur la commune de Saint Mars du Désert. Ses parents, inquiets de ne pas le voir rentrer à l'heure du couvre-feu qu'ils lui avait donné, comme d'habitude, ont appelé quelques heures plus tard la gendarmerie de Nort-sur-Erdre. Sylvain, selon ses parents était un garçon plutôt sage, respectant toujours ce couvre-feu. Après avoir interrogé Théophile Frilot, Carla Dupont et Suzie Lioncourt, les gendarmes ont retracé l'itinéraire de retour du jeune homme. C'est à l'entrée du bois qu'ils ont découvert la bicyclette. Le corps a été retrouvé, quelques minutes plus tard. Il semblerait que le jeune homme ait été torturé, peut-être violé. Des analyses et examens post-mortem sont en cours. Une enquête a été ouverte par la police et la gendarmerie pour retrouver l'agresseur.


Mickaël
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Monday 31 March 2008 à 16:24
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SAYONARA



L’ami a le coeur d’un fils, et le regard d’un homme.

Il est parti,ce soir, dans la nuit qui s’avançait comme un toit sur nos rêves.

Partir est plus dur, sans doute, pour celui qui reste.

Plus difficile étape dans un port silencieux, où les mots se sont tus.

Le départ de l’ami, sans regret, est, à la voilure, un vent auspicieux mais sévère.

Un souffle d’éternité mortifère, qui glace nos heures partagées.

L’adieu n’était que les prémices de ce qui sera un long silence

bleu sur le diapason du connu.

Comme une nudité qui se baigne dans l’onde.

Comme un goût de cerises quand il fait beau en juin.

L’ami conduit son véhicule dans la nuit, et son regard ambré

touche l’horizon de la route. Une blessure secrète s’ouvre de

nouveau et verse un sang invisible.

II s’en est allé comme la pluie, parfois, s’emporte plus loin, dans

un nuage ballotté d’errance destinataire. Comme, parfois, la

neige s’endort au creux du glacier nu et solitaire. Comme, enfin,

le soir hésite à se lever face à la lune autoritaire.

Le départ de l’ami a ceci de triste qu’il emporte avec lui l’âme

même du partage du pain. Une colombe se libère, et un brin

d’herbe frémit quelque part, dans une prairie stellaire.

Tu gardes au creux de ton âme, endeuillée de promesse, comme

une empreinte trop douce d’un souvenir qui te laisse seul, une

fois de plus.



Kenji Fujiwaka – Ami Kami


Tuesday 01 April 2008 à 12:21
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"Ah ! Vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd'hui. II vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu'à moi de vous l'expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d'imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer."
Charles Baudelaire - Les Yeux des pauvres.




Ce message a été modifié par Bosco2008 - Tuesday 01 April 2008 à 12:22.
Wednesday 02 April 2008 à 17:39
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" Penser vrai, n'est-ce pas la même chose que penser juste ? Non certes; les belles métaphores ne trompent point. La justice serait donc au-dessus du vrai ? Oui, sans doute. Non pas que le juste puisse se passer d'être vrai. Mais ne peut-on pas dire que le vrai se passe aisément d'être juste ? Il y a du divertissement et même de l'égarement quelquefois dans le vrai. Le vrai est immense, et l'on y trouve des parties frivoles. Tous les jeux, les échecs comme le bridge et les mots carrés, ont une infinité de solutions vraies que les joueurs aiment à nommer solutions justes; c'est que les joueurs ont transporté la justice dans leurs combinaisons arbitraires; et c'est là qu'ils usent l'esprit de justice, toujours exigeant. "



ALAIN

"Propos " 15 février 1932.

Wednesday 02 April 2008 à 21:04
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" En l'occurrence, nous étions confrontés à une vérité individuelle qui n'était pas vraiment superposable à celle que nous vivions ensemble. Il existait un décalage. Un amour étrange nous possédait et les jours se succédaient sans ordre. Il nous fallait tenter toutes les expériences, goûter aux multiples nuances et nous rassasier de chaque variation: la progression blafarde du petit matin, la violence d'un soleil de midi qui éclate sur une glace, la première lampe qu'on allume à cinq heures quand les contours se perdent, les ombres engouffrant les soirs les plus sombres, nous les avons cherchées, aimées ou détestées, au fond de nos regards, dans leurs éclats fugaces ou soutenus, cachés ou ravivés. Nous nous sommes regardés sans limite, sans lassitude, sans pouvoir étancher cette soif intérieure, emportés sans mesure par ces étreintes impalpables qui nous enivraient. Au fil des heures, les lueurs se modifiaient, s'intensifiant comme des courants puissants, diffusant puis fondant au rythme palpitant de nos sentiments. Chaque plongeon dans les yeux de Lose me faisait pénétrer dans un fluide à la fois glacé et brûlant, et lorsque je m'endormais, je les voyais encore, imprimés dans le noir, comme des lacs de montagne frémissant sous la lune. Feuilles de noyer, verts, sombres, et jaunes aussi comme du sable oublié, mes yeux exaltaient Lose, le captivaient et l'enveloppaient dans les profondeurs de leurs impressions secrètes. Nous nous sommes tant regardés, que seule la nuit nous offrait un répit, tard, quand nous étions noyés, perdus puis retrouvés, remontant petit à petit à la surface de nos regards, et que les dernières empreintes rétiniennes s'estompaient enfin. Un silence, un blanc dans le noir, une respiration qu'il nous fallait reprendre. Nous avons joué à tous les jeux d'ombre et de lumière, essayé de tricher en gardant des lunettes, en clignant des yeux, en fixant un point derrière, ailleurs ou pire sur la joue, les cheveux ou l'oreille. Nous nous sommes maquillés en soulignant nos cils, allongeant nos sourcils, en ombrant nos paupières. Nous commencions à discuter, en évitant de nous regarder, observant tour à tour un objet, nos mains, le plafond. Les doigts de Lose frôlaient ma cuisse, ses lèvres effleuraient mon front, comme par hasard, comme s'il ne s'en rendait pas compte ou alors fugace, son souffle chaud balayait ma nuque et soudain nos regards jaillissaient l'un vers l'autre, enfin se libéraient de la contrainte que nous leur avions imposée, et nous les unissions de nouveau, passionnément et sans relâche. Le soir, quand l'obscurité s'était installée, nous allumions des bougies, partout, dans toutes les pièces, jusqu'à ce que les lueurs vacillantes s'animent dans nos yeux, sans que nous puissions distinguer leurs reflets des véritables flammes, avivant notre ardeur, attisant nos désirs. Nous avons joué à tous les jeux de miroir, scrutant à l'infini les images réfléchies, les doubles, les multiples et les flous embués, les directions inverses, les rencontres à l'envers, virtuelles, de l'autre côté... Miroirs, où était le réel ?
Quels que fussent mes sentiments, je voulais percer le secret de Lose. Ma vie s'était dessinée ainsi, sans que je n'en décide, il me fallait savoir, comprendre à tout prix car je ne supporterai jamais aucun état d'ignorance. Lose poursuivait également son chemin avec détermination, vers un but inconnu, mais lui aussi avait vu sa route entravée par une attirance se muant sans issue en passion imprévue. Après tout ce temps passé ensemble, tous ces instants et ces regards offerts, il n'avait volé aucune parcelle de ma propre vie. Nous avions bien sûr partagé beaucoup de choses, intensément, mais il m'avait tout laissé. Était-il désarmé ou agissait-il ainsi de façon délibérée ?


Isabelle Kauffmann

" Ne regardez pas le voleur qui passe "
Wednesday 02 April 2008 à 23:06
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La planète Terre était de bonne composition, elle s'adapta dans un premier temps, résista un peu dans un second temps, tenta de négocier par la médiation de vieux sages, mais garda longtemps, longtemps l'illusion que les hommes allaient l'aimer, lui être reconnaissant de les avoir accueillis, protégés dans l'enfance de l'humanité.
Aujourd'hui encore, jusqu'à ces derniers temps, elle ne se décourage pas, elle cherche des alliés, s'ingénie à ouvrir, à révéler des consciences, à envoyer des signaux d'urgence, mais les hommes semblent être fidèles à un dicton que je tiens de ma grand mère :
" NUL N'EST PLUS SOURD QUE CELUI QUI ENTEND " .

Il faut que je vous dise aussi que la faiblesse de la Terre, c'est qu'elle s'est prise d'affection pour les hommes. Elle éprouve pour eux un immense amour. Malheureusement pour l'instant, c'est un amour qui est à sens unique. Mais comme tous ceux qui aiment, la Terre est prête à accepter beaucoup, beaucoup, à supporter l'insupportable, à accueillir l'inacceptable, à pardonner à l'intolérable, à respecter l'inconscience !

Pour l'instant.

Si un jour, vous qui m'écoutez avez une quelconque influence sur les hommes, dites leur s'il vous plaît que la Terre mérite d'être aimée et respectée.

Jacques Salomé


Ce message a été modifié par adelou2 - Wednesday 02 April 2008 à 23:08.
Thursday 03 April 2008 à 07:40
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Vous regardez en haut quand vous aspirez à l'élévation. Et moi je regarde en bas parce que je suis élevé.

Qui de vous peut en même temps rire et être élevé ? Celui qui gravit les plus hautes montagnes se rit de toutes les tragédies, factices ou réelles. Insoucieux, moqueur, violent, - tels nous veut la sagesse : elle est femme et ne peut aimer qu'un guerrier. Vous me dites : La vie est dure à porter. Mais pourquoi auriez-vous le matin votre fierté et le soir votre soumission ? La vie est dure à porter : mais ne prenez pas des airs si tendres ! Nous sommes tous de braves ânes et ânesses chargés de fardeaux. Qu'avons-nous de commun avec le bouton de rose qui tremble parce qu'une goutte de rosée pèse sur lui ?

Il est vrai que nous aimons la vie, non que nous soyons accoutumés à la vie, mais parce que nous sommes habitués à l'amour. Il y a toujours un peu de folie dans l'amour. Mais il y a toujours un peu de raison dans la folie. Et pour moi aussi, pour moi qui suis porté vers la vie, les papillons et les bulles de savon, et tout ce qui leur ressemble parmi les hommes, me semblent le mieux connaitre le bonheur. C'est lorsqu'il voit voltiger ces petites âmes légères et folâtres, gracieuses et mobiles, - que Zarathustra a envie de pleurer et de chanter. Je ne pourrais croire qu'à un Dieu qui saurait danser. Et lorsque je vis mon démon, je le trouvai grave, minutieux, profond et solennel : c'était l'esprit de lourdeur - c'est par lui que tombent toutes choses. Ce n'est pas la colère, c'est par le rire que l'on tue. Allons, tuons l'esprit de lourdeur !

J'ai appris à marcher ; depuis lors, je me laisse courir. J'ai appris à voler, depuis lors, je n'ai pas besoin qu'on me pousse pour changer de place. Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant je me vois au-dessous de moi-même, maintenant un dieu danse en moi.

Ainsi parlait Zarathoustra. (Nietzsche)


Ce message a été modifié par Misslilou2 - Thursday 03 April 2008 à 08:00.
Thursday 03 April 2008 à 13:02
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Merci Misslilou original.gif
Thursday 03 April 2008 à 18:40
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Puis Almitra parla, disant : Nous voudrions vous interroger au sujet de la Mort.

Et il répondit :

Vous voudriez connaître les secrets de la mort.

Mais comment le trouverez-vous sinon en cherchant au cœur même de la vie ?

Le hibou dont les yeux perçant la nuit sont aveugles le jour, ne peut révéler le mystère de la lumière.

Et si vous voulez vraiment apercevoir l'esprit de la mort, ouvrez grand votre cœur dans le corps de la vie.

Car la vie et la mort sont une, de même que le fleuve et l'océan sont un.

Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs, réside votre silencieuse connaissance de l'au-delà ;

Et comme des graines rêvant sous la neige, votre cœur rêve du printemps.

Ayez confiance dans les rêves, car en eux est cachée la porte de l'éternité.

Votre peur de la mort n'est autre que le frémissement du berger, alors qu'il se tient devant le roi dont la main va se poser sur lui pour l'honorer.

Le berger n'est-il pas ravi, malgré son tremblement, de porter la marque du roi ?

Pourtant, n'est-il pas plus conscient encore de son tremblement ?

Car qu'est-ce que mourir, si ce n'est être debout, nu, face au vent et fondre dans le soleil ? Et qu'est-ce que cesser de respirer sinon libérer le souffle de ses marées tempétueuses, afin qu'il s'élève et se dilate et recherche Dieu sans entraves ?

C'est seulement quand vous aurez bu à la rivière du silence que vous chanterez vraiment.

Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez votre ascension. Et quand la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.

le prophete - khalil Gibran -extrait sur la mort-



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