A voir sur Livenet :

Derniers Sujets

Pages : « première < 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 >
Livenet > Forum > Livres et Bds
mercredi 20 juin 2007 à 02:57
Citer +Citer
J'ai creusé mon cachot dans le mensonge épais,
Impénétrable et sombre, où, geôlier de moi-même,
Je m'enferme à l'abri même, de ceux que j'aime,
Plus seul quand j'ai parlé qu'aux temps où je me tais.

Ma parole est un mur sans porte ni fenêtre
Qui monte autour de moi, dur, puissant et massif,
Avec maint bas-relief gai, trompeur et lascif:
Et nul oeil curieux jusqu'à moi ne pénètre.

Seul, je me connais. Seul, je sais ce que je suis.
Seul, j'allume ma lampe en mes sinistres nuits.
Et, seul, je me contemple et , seul, je me possède.

Je me couche, comme un chartreux, dans mon linceul,
Et, loin de tout désir qui me flatte ou m'obsède,
je goûte, comme Dieu, le néant d'être seul.

I.Gilkin





Ce message a été modifié par lavienrose - mercredi 20 juin 2007 à 03:03.
samedi 23 juin 2007 à 17:44
Citer +Citer
Nés sous les nuages du ciel
chassés par les éclairs d'Indra
en bas, sur la terre poussiéreuse…
La balle des champs a sali nos pieds,
la poussière des grands-routes,
les fumées des villes.
Nous avons dû supporter
mauvaises haleines,
vapeurs de vin et de cuisine…
Nous sommes allés sur l’immense mer
pour aérer nos poumons,
agiter nos ailes,
et nettoyer nos pieds.
Indra, maître du ciel,
Ecoute-nous !
Ecoute quand nous soupirons !
Non, la terre n’est pas pure.
La vie n’est pas bonne,
les hommes ne sont pas méchants
ils ne sont pas bons non plus.
Ils vivent comme ils peuvent
le jour qui leur échoit.
Les fils de la poussière errent dans la poussière,
nés de la poussière
et poussière ils seront.
Ils eurent des pieds pour marteler le sol,
mais pas d’ailes.
S’ils sont devenus poussiéreux
est-ce leur faute
ou bien la tienne ?


Nous les vents, les enfants de l’air,
nous portons la plainte des hommes,
nous as-tu entendus
dans la cheminée un soir d’automne,
dans la trappe du poêle,
dans la fente des fenêtres,
quand la pluie pleure sur les toits,
ou bien les soirs d’hiver,
dans la forêt de pins recouverte de neige,
ou sur la mer battue des vents
entendais-tu les lamentations, les plaintes
dans les voiles et les cordages...
C’est nous, les vents,
les enfants de l’air,
comme si des poitrines des hommes
que nous avons traversées
nous avions appris ces notes de souffrance…
Dans la chambre du malade, sur le champ de bataille
dans la chambre de l'enfant, surtout,
où pleurent les nouveaux-nés
qui crient, se lamentent
de la douleur d'exister.
C'est nous, les vents
qui sifflons et gémissons.
Malheur ! malheur ! malheur !


C'est nous, les vagues
qui berçons les vents
pour les endormir!
Verts berceaux, nous les vagues.
Nous sommes humides et salées,
comme les flammes du feu,
d'humides flammes.
Eteignant, brûlant,
provoquant, engendrant.
Nous, nous, les vagues
qui berçons les vents
pour les endormir!




II
Pourquoi es-tu né dans la douleur ?
Pourquoi fais-tu souffrir ta mère,
enfant des hommes, quand tu lui donnes
la joie de la maternité,
la plus grande de toutes les joies ?
Pourquoi t’éveilles-tu à la vie,
pourquoi salues-tu la lumière
par un cri de méchanceté et de douleur ?
Pourquoi ne souris-tu pas à la vie,
enfant des hommes, puisque la vie
doit être la joie elle-même ?
Pourquoi naissons-nous comme des animaux
nous de souche divine, et de la famille des hommes?
L’esprit exigeait pourtant un autre vêtement,
que celui-ci, de sang et de saleté!
L’image de Dieu doit-elle changer ses dents...


Et commence la course errante
sur les épines, les chardons et les ronces.
Est-il un chemin qui s'ouvre
il est déclaré interdit.
Cueilles-tu une fleur, vite, tu apprends
qu'elle appartient à un autre ;
un champ se tient-il en travers de ta route,
et tu dois poursuivre ton voyage
tu piétines des récoltes ;
d'autres piétinent alors les tiennes
pour faire moindre la différence!
Chaque joie dont tu profiteras
donnera de la peine à tous les autres
mais ta peine ne rendra heureux personne
car c'est chagrin pour chagrin !
Ainsi va ta route jusqu’à ta mort
et il en sera de même, malheureusement, pour les autres qui viendront!


III
C’est le moment de se quitter, et la fin approche ;
adieu, enfant des hommes, toi rêveur,
toi poète qui mieux que quiconque sait vivre ;
ailé, planant sur le monde,
tu plonges parfois dans la terre,
Pour l’effleurer, non y rester!


Maintenant, alors que je m’en vais... au moment de se quitter,
quand on se sépare d'un ami, d'un lieu
combien grandit le regret de ce qu'on a aimé
le remords de ce qu'on a brisé...
O, je sens maintenant toute la douleur d'être,
c’est donc cela, être un humain…
On regrette même ce qu’on n’estimait pas
on se repend même de ce qu'on n'a pas brisé...
On veut partir, et on veut rester…
Ainsi le cœur se brise, en deux parties,
et les sentiments sont écartelés, comme par des chevaux
de contradiction, d'indécision, de dissonance...


Adieu ! Dis à tes frères et sœurs que je me souviendrai d'eux
là où je vais, et leur plainte
je la porterai en ton nom devant le trône.
Adieu !

August Strindberg (extrait de sa piece Le Songe)


mardi 26 juin 2007 à 14:26
Citer +Citer
Un jour que je laissais couler des larmes amères, que mon espérance, décomposée, s’anéantissait en douleur et que je me tenais solitaire près du tertre aride qui dérobait en son étroite et sombre dimension la Figure de ma vie – solitaire comme nul solitaire encore ne le fut, étreint par une angoisse indicible – sans force, n’étant plus qu’une pensée de détresse. – Comme je cherchais une aide des yeux, que je ne pouvais ni avancer ni reculer, et que je m’agrippais avec un regret infini à la vie fuyante qui s’éteignait : – alors m’arriva des lointains bleutés – des hauteurs de mon bonheur passé, un frisson crépusculaire – et d’un seul coup se rompit le lien, le cordon natal – la chaîne de la Lumière. Disparut la splendeur terrestre et mon deuil avec elle – la nostalgie s’épancha en un monde nouveau, insondable – toi, ferveur de la Nuit, sommeil céleste, tu vins sur moi – le paysage s’éleva doucement dans les airs ; au-dessus du paysage planait mon esprit libéré, renaissant. Le tertre devint nuage de poussière – à travers le nuage je vis les traits radieux de la Bien-Aimée. Dans ses yeux reposait l’Éternité – je lui pris les mains et nos larmes devinrent un lien étincelant, indestructible. Des millénaires disparurent dans les lointains comme des orages. À son cou, je pleurai sur la vie nouvelle des larmes enthousiastes. – Ce fut le premier, l’unique rêve – et c’est alors que je vouai une foi éternelle, immuable au ciel de la Nuit et à sa lumière, la Bien-Aimée.





IV





Maintenant je sais quand sera le dernier matin – quand la Lumière ne chasse plus la Nuit et l’Amour – quand le sommeil ne sera plus qu’un rêve d’une éternelle et insondable Unité. Je sens en moi une céleste langueur. – Long et épuisant fut pour moi le pèlerinage au saint Sépulcre, accablante la croix. L’eau cristal­line, insaisissable aux sens vulgaires, qui jaillit au sein obscur du tertre au pied duquel se brise le flux terrestre – qui l’a goûtée, qui s’est tenu haut sur les crêtes-frontières du monde et a vu au-delà le pays nouveau, séjour de la Nuit – en vérité il ne retourne pas au tourbillon du monde, au pays où habite la Lumière dans un perpétuel tourment.



Là-haut il dresse ses tentes, tentes de paix ; nostalgique et aimant, il regarde au-delà, jusqu’à ce que la mieux venue d’entre toutes les heures le tire en bas vers le bassin de la source – le Terrestre y nage en surface, ramené par les tempêtes, mais ce qui a été sanctifié au contact de l’Amour, s’écoule, fluidifié, par des voies secrètes vers le règne de l’au-delà où il se mêle, comme des parfums, au sommeil des Bien-Aimés. Tu éveilles encore, fraîche Lumière, l’homme de fatigue pour le travail – tu insinues en moi la joie de la vie – mais tu ne m’écartes pas de la pierre moussue du souvenir. Je veux bien mouvoir mes mains laborieuses, chercher de tous côtés la place que tu m’assignes – exalter la toute splendeur de ton éclat – poursuivre infatigable­ment le beau principe unificateur de ton œuvre d’art – je veux bien examiner la marche pleine de sens de ta puissante et étince­lante horlogerie – scruter la régularité des forces et les lois du jeu prodigieux des espaces innombrables et de leurs temporalités. Mais mon cœur en son intimité reste fidèle à la Nuit et à l’Amour créateur, son enfant. Peux-tu me montrer un cœur éternellement fidèle ? Ton soleil a-t-il des yeux pleins d’amitié qui me reconnaissent ? Tes étoiles prennent-elles ma main suppliante ? Me rendent-elles mon affectueuse pression et ma parole caressante ? As-tu embelli la Nuit de couleurs et de vaporeux contours – ou est-ce Elle qui donna un sens plus élevé, plus aimable à ta beauté ? Quelle extase, quelle volupté offre ta vie, qui compense les délices de la mort ? Tout ce qui nous exalte ne porte-t-il pas les couleurs de la Nuit ? Elle te porte maternellement et tu lui dois toute ta majesté. Tu disparaîtrais en toi-même – tu te disperserais dans l’espace infini si elle ne te tenait pas, ne t’enchaînait pas afin que tu t’échauffes et que tu engendres le monde par ton feu. En vérité j’étais avant que tu ne fusses ! – la Mère m’envoya avec mes frères et sœurs pour habiter ton monde, pour le sanctifier par l’Amour, afin qu’il devînt un mémorial voué à une éternelle contemplation – pour le semer d’inaltérables fleurs. Elles n’ont pas encore mûri ces divines pensées. – Il y a encore peu de traces de notre révélation. – Qu’un jour ton horlogerie marque la fin du temps, et alors tu deviens pareille à nous, et pleine de regret et de douleur tu t’éteins et meurs. En moi je sens s’épuiser ta turbulence – céleste liberté, retour bienheureux. À travers mes âpres souffran­ces j’éprouve la distance qui te sépare de notre patrie, et ta résistance au splendide ciel ancien. Ta fureur et ta rage ne servent à rien. Insensible au feu se dresse la croix, victorieux étendard de notre espèce.



Je vais vers l’au-delà,

Et toute peine

Sera un jour un aiguillon

De l’extase.

Encore quelques temps

Et une fois délivré,

Je gis, enivré

Dans le sein de l’Amour.

La vie infinie

Coule puissamment en moi.

Je regarde d’en haut

Vers toi en bas.

Près de ce tertre

S’éteint ton éclat –

Une ombre apporte

La fraîche couronne

O ! aspire-moi, Bien-Aimée,

Avec force vers toi,

Que je m’endorme

Et puisse aimer.

Je sens de la mort

Le flux rajeunissant.

Mon sang se change

En baume et en éther.

Je vis des jours

Pleins de foi et de courage

Et je meurs pendant les nuits

Dans un embrasement sacré.





V



Sur les races humaines au loin éparpillées, régnait, il y a longtemps, un Destin de fer avec une muette vigueur. Un noir et lourd bandeau enserrait leur âme angoissée. – Sans bornes était la terre – séjour des Dieux et leur patrie. Depuis des éternités se dressait leur mystérieuse demeure. Au-delà des rouges montagnes du matin, dans le sein sacré de la mer habitait le Soleil, la Lumière vivante embrasant toutes choses. Un vieux géant portait le monde bienheureux. Entravés sous les monts gisaient les premiers fils de la Terre-Mère. Impuissants dans leur fureur destructrice contre la nouvelle et splendide race des Dieux et leurs parents, les heureux humains. Les profondeurs vert-sombre de la mer étaient le sein d’une déesse. Dans les grottes cristallines s’ébattait un peuple folâtre. Fleuves, arbres, fleurs et animaux avaient un sens humain. Le vin offert par la plénitude même de la jeunesse parais­sait plus doux – il y avait un Dieu dans les grappes – une Déesse aimante et maternelle, croissait dans les fortes gerbes d’or – l’ivresse sacrée de l’Amour était un doux culte rendu à la plus belle des Déesses – une éternelle fête bariolée des enfants du ciel et des habitants de la terre, tel bruissait le cours de la vie, comme un printemps s’étendant sur des siècles. – Toutes les races révéraient filialement la douce flamme aux mille formes comme ce qu’il y avait de plus haut dans le monde. Seulement il y avait une pensée, une épouvantable image de cauchemar,



Qui effrayante abordait les joyeuses tablées

Et étreignait le cœur d’une terreur sauvage.

A cela les Dieux mêmes ne connaissaient pas de remède

Qui pût rassurer les poitrines oppressées.

Impénétrables étaient les voies de ce monstre,

Aucune prière, aucune offrande n’en apaisait la rage.

C’était la Mort qui interrompait cette orgie

Par l’angoisse, la douleur et les sanglots.



Désormais privé pour l’éternité de tout

Ce qu’ici-bas le cœur goûte de douce volupté,

Séparé des Bien-Aimés que sur cette terre

Un vain regret, un long deuil tourmentent –

Le rêve semblait bien pâle, sommaire simplement,

Au mort qui ne lui livrait qu’un impuissant combat.

Les vagues de la jouissance s’étaient brisées

Sur le roc de l’infinie frustration.



Avec un esprit hardi et un noble embrasement des sens

L’homme s’embellissait l’affreux fantôme :

Un doux jeune homme souffle la lumière et repose,

Douce vient la fin comme un soupir de harpe.

Le souvenir se fond en un fleuve ombreux et frais ;

Ainsi le chant incantait-il la triste nécessité.

Mais l’éternelle Nuit demeurait indéchiffrable,

Signe austère d’une étrangère puissance.



Le monde ancien touchait à sa fin. Le paradis de la jeune espèce humaine se flétrissait – les hommes sortis de l’enfance et encore en croissance, cherchaient à atteindre plus haut l’espace plus libre et désert. Les Dieux disparurent avec leur cortège – Solitaire et sans vie demeura la Nature. Le Nombre aride et la stricte Mesure la lièrent avec une chaîne de fer. Comme en poussière et en courants d’air, se dissémina en mots obscurs l’inestimable fleur de la vie. Disparues, la Foi évoca­trice et l’Alliée du ciel qui tout transforme et tout marie, l’Imagination. Avec hostilité un glacial vent du Nord souffla sur la campagne pétrifiée, et la merveilleuse patrie pétrifiée se fondit dans l’éther. Les lointains célestes se remplirent de mondes étincelants. L’âme du Monde se retira avec ses forces dans un sanctuaire plus obscur, dans un espace plus élevé du cœur – afin d’y régner jusqu’au commencement d’un jour nouveau dans la splendeur du Monde. La Lumière ne fut plus ni séjour des Dieux, ni signe céleste – ils jetèrent sur eux le voile de la Nuit. La Nuit devint le sein puissant des révélations – en lui les Dieux firent retour – ils s’y endormirent, pour se répandre un jour sous de nouvelles et plus belles formes dans le monde transfiguré. Dans un peuple qui avait été plus que tous méprisé, mûr trop tôt et fièrement étranger à la bienheureuse innocence de la jeunesse, apparut, sous un visage encore jamais vu, le Monde Nouveau. – Sous le poétique abri de l’indigence – un fils de la première Vierge-Mère – fruit infini d’une mystérieuse étreinte. La sagacité fleurie et prophétique de l’Orient reconnut la première le commencement des Temps Nouveaux. – Jusqu’à l’humble berceau du Roi, une étoile leur montra le chemin. Avec les noms mêmes du lointain avenir, ils lui rendirent hommage par l’éclat et le parfum, les plus hauts prodiges de la Nature. Solitaire s’épanouit le cœur céleste comme une corolle de l’Amour tout-puissant – tournée vers le haut visage du Père et reposant sur le sein plein de pressentiment de la Mère aimablement grave. Avec une ferveur divinisante l’œil prophétique de l’enfant en fleur voyait les jours de l’avenir et ses préférés, les rejetons de sa souche divine, insoucieux des jours de son destin terrestre. Bientôt se rassem­blèrent les cœurs les plus candides, miraculeusement saisis d’un intime Amour, autour de lui. Comme naissant des fleurs, une vie nouvelle, étrangère, germa dans ses parages. D’inépuisables paroles et la plus heureuse des nouvelles tombaient de ses aimables lèvres comme les étincelles d’un esprit divin. Venu d’une côte lointaine, né sous le ciel lumineux de l’Hellade, un Chanteur arriva en Palestine et se voua de tout son cœur à l’Enfant du miracle :



Tu es l’Enfant qui depuis longtemps se tient

Sur nos tombeaux dans un profond recueillement,

Un signe consolateur dans la ténèbre –

Heureux commencement d’une plus haute humanité.

Ce qui nous plongeait dans une profonde tristesse,

Nous attire maintenant vers l’au-delà avec une douce aspiration,

Dans la Mort se révèle la vie éternelle,

Tu es la Mort et déjà tu nous guéris.



Le Chanteur s’en fut plein de joie vers l’Indoustan – le cœur ivre de doux amour ; et il l’épancha en chants de feu sous ce ciel clément, si bien que des milliers de cœurs vinrent à lui et que l’heureuse nouvelle se mit à croître en milliers de surgeons. Peu après l’adieu du Chanteur, la précieuse Vie fut victime de la profonde bassesse humaine. – Il mourut en pleine jeunesse, arraché au monde aimé, à sa mère en pleurs et à ses amis ébranlés. L’aima­ble bouche vida le sombre calice des souffrances indicibles. – Dans une épouvantable angoisse approchait l’heure même de la naissance du Monde Nouveau. Âprement il s’affrontait à la terreur de l’ancienne Mort. – Écrasante était sur lui la pesée du Monde Ancien. Une dernière fois il regarda avec tendresse vers la Mère – alors vint la main libératrice de l’Amour éternel – et il s’endormit. Quelques jours seulement un voile épais plana sur la mer grondante, sur la terre tremblant – les Bien-Aimés pleuraient d’innombrables larmes – le sceau du mystère fut brisé – des esprits célestes levèrent la pierre très ancienne du sombre sépulcre. Des Anges étaient assis près de l’endormi – formes fragiles issues de ses rêves. – Éveillé, dans sa neuve splendeur divine, il gravit les hauteurs du Monde ressuscité – ensevelit de sa propre main le cadavre de l’Ancien dans la tombe délaissée et replaça de sa main toute-puissante la pierre qu’aucune puissance ne soulève.



Tes Aimés pleurent encore sur ta tombe des larmes de joie, des larmes d’émotion et d’infinie reconnaissance – toujours ils te voient ressusciter à nouveau avec un joyeux effroi, et eux avec toi ; ils te voient pleurer avec une douce ferveur sur le sein bienheureux de la Mère, te promener gravement avec tes amis, dire des paroles comme cueillies à l’Arbre de la Vie ; ils te voient te précipiter avec une pleine ardeur dans les bras du Père, conduisant la jeune humanité et apportant la coupe intarissable de l’avenir doré. La Mère se hâta bientôt de te suivre – dans un céleste triomphe –. Elle fut la première près de toi dans la nouvelle patrie. De longs temps se sont enfuis depuis, et dans un éclat toujours plus grand se meut ta nouvelle création – et des milliers d’êtres délivrés des douleurs et des tortures, pleins de foi, de désir et de fidélité, t’ont – ils règnent avec toi et la Vierge céleste sur le royaume d’Amour – ils servent le temple de la céleste Mort et sont à toi pour l’éternité.



Levée a été la pierre –

l’humanité ressuscitée –

Nous te restons tous fidèles

Et ne sentons plus de chaînes.

Le plus amer tourment fuit

Devant ta coupe d’or,

Quand terre et vie s’estompent

Dans l’ultime Cène.



Aux Noces convie la Mort –

Les lampes brûlent avec clarté –

Les vierges sont à leur place –

L’huile ne manque pas –

Que résonne donc le lointain

Déjà de ton cortège,

Et que les étoiles nous interpellent

Avec langue et voix humaines !



Vers toi, Marie, se lèvent

Déjà des milliers de cœurs.

Dans cette vie ombreuse

Ils n’ont cherché que toi.

Ils espèrent la guérison

Avec une joie prophétique

Si tu les presses, divine créature,

Contre ton sein fidèle.



Tant d’hommes, se consumant,

Dévorés d’âpres tourments,

Et fuyant ce monde

Se sont tournés vers toi,

Qui nous semblait si secourable

Parmi tant de maux et de peines –

Nous venons maintenant avec eux

Pour être toujours près de toi.



À présent il ne pleure plus de douleur

Sur un tombeau, celui qui croit avec Amour.

Le doux avoir de l’Amour

Ne lui sera plus enlevé –

Pour apaiser sa nostalgie,

La Nuit le remplit d’extase –

Les fidèles Enfants du Ciel

Veillent sur son cœur.



Confiance, la vie marche

Vers l’éternelle Vie ;

Elargi par un feu intérieur

S’illumine notre esprit.

Le monde des astres va se fondre

En une liqueur de vie, dorée,

Nous la boirons

Et serons des astres lumineux.



L’Amour s’est libéré,

Plus de séparation désormais.

Elle moutonne la pleine Vie

Comme une mer infinie.

Une seule Nuit de délice

Un seul poème éternel

Et tout notre soleil

Est le visage de Dieu.





VI





ASPIRATION A LA MORT



Vers le bas au sein de la terre,

Loin des royaumes de la Lumière,

La rage des douleurs et leur violence

Sont signe d’heureux départ.

Bien vite sur l’étroite nacelle

Nous parvenons aux rivages des cieux.



Louons la Nuit éternelle,

Louons l’éternel Sommeil.

Le jour nous a épuisés de chaleur

Et flétris la longueur du tourment.

Le plaisir du voyage nous a quittés,

Nous voulons rentrer chez le Père, à la maison.



Que nous servent en ce monde

Notre amour et notre foi !

L’Ancien est laissé pour compte,

Que nous sert désormais le Nouveau !

O ! il reste seul et dans un trouble profond

Celui qui aime le passé avec chaleur et foi !



Passé où les sens lumineux

Se consumaient en hautes flammes,

Les hommes reconnaissaient encore

La main du Père et son visage.

Et parmi ces hauts esprits, avec simplicité,

Maint encore ressemblait à son modèle.



Passé où encore dans leur fleur

Les races antiques resplendissaient,

Et pour le royaume des cieux, des enfants

Recherchaient la torture et la mort.

Et quand l’appelaient aussi le plaisir et la vie,

Maint cœur pourtant se brisait d’amour.



Passé où dans le feu de la jeunesse

Dieu lui-même se révélait,

Et vouait sa douce vie

Par Amour, à une fin précoce.

Et il n’écarta de lui ni angoisse ni douleur

Afin de nous demeurer cher.



Avec une angoissante nostalgie nous voyons

Le passé enveloppé de sombre Nuit,

Dans ce temps éphémère jamais

La soif brûlante n’est apaisée.

Nous devons revenir au pays

Pour revoir ce temps sacré.



Qu’est-ce qui retarde encore notre retour ?

Les Mieux-Aimés reposent depuis longtemps déjà.

Leur tombe borne le cours de notre vie :

Nous n’avons plus rien à chercher –

Le cœur en a assez – le Monde est vide.



Infinis et mystérieux

Nous traversent de doux frissons –

Il me semble que des profonds lointains,

Un écho réponde à notre deuil.

Les Aimés tendent aussi avec force vers nous

Et nous ont envoyé ce souffle de nostalgie.








Vers le bas, vers la douce Fiancée,

Vers Jésus, le Bien-Aimé –

Confiance, le crépuscule du soir nimbe

Ceux qui aiment avec douleur.

Un rêve brise nos liens

Et nous plonge au sein du Père.









Traduit par Serge MEITINGER

D’après la version parue dans l’Athenaeum (1800)



Antananarivo, 18-25 janvier 1981




Novalis hymnes a la nuit
je suis en train de le lire ,de le savourer a petites lampees et je le trouve magnifique wub.gif


Ce message a été modifié par sandie72 - mardi 26 juin 2007 à 14:33.
mardi 26 juin 2007 à 16:56
Citer +Citer
euh...bon. Voici un texte de philo:

Tous les hommes, tels que nous les connaissons depuis qu'il y a une histoire, ont toujours été socialisés. Nous ne savons pas ce qu'est un homme non socialisé, c'est-à-dire nous ne savons pas ce qu'est un homme qui ne porte pas en lui, intériorisées, les normes de la communauté. Alors, si nous partons de là, nous avons bien le droit de poser la question: quelles sont les particularités de la socialisation des sociétés modernes, et est-ce que les particularités de cette socialisation, dans les sociétés modernes, nous font tellement plus d'esclaves que la socialisation des sociétés traditionnelles? Or si on y réfléchit un instant, on s'aperçoit que ce qui caractérisait la socialisation d'une société traditionnelle, c'était tout au contraire qu'elle était beaucoup plus contraignante! ...Qu'il y avait beaucoup moins le choix. Ce qui donne l'impression que les hommes sont exceptionnellement manipulés, dans nos sociétés, c'est qu'en fait, la socialisation est beaucoup plus imparfaite dans les sociétés modernes, que dans les sociétés traditionnelles. D'autre part, il y a en permanence, dans les sociétés traditionnelles, des socialisations concurrentes. Il y a des normes qui s'opposent. Les sociétés occidentales sont peut-être les seules qui organisent des mouvements de protestation des non-privilégiés, ce sont peut-être les seules qui acceptent d'officialiser, non pas seulement l'opposition politique, mais l'opposition culturelle.

Raymond Aron
mardi 26 juin 2007 à 20:22
Citer +Citer
puisque t'as parlé de conte chinois...


ça c'est un conte vietnamien que j'aimais bien happy.gif

"Autrefois, il y avait un couple qui vivait dans un bonheur parfait. Il venait d'avoir un bébé lorsque la guerre éclata. Le mari fût enrôlé et envoyé combattre aux frontières. Jour et nuit, elle attendait le retour de son mari en puisant toute sa force dans la présence de son enfant. Celui-ci grandissait et commençait à parler. Un soir, un violent orage éclata. Le tonnerre était tellement assourdissant et faisait trembler les fenêtres et les portes. Pris de panique, l'enfant se mit à hurler. Pour le calmer, sa mère lui dit que son père était là et le protégeait. Elle eut l'idée de montrer son ombre sur le mur en lui disant: "N'aie pas peur, voilà ton père". L'enfant regarda l'ombre et lui dit " Bonsoir, papa". Rassuré, l'enfant s'endormit. Depuis ce jour, l'enfant eut l'habitude de réclamer son père et de dire à ce dernier " Bonsoir " avant son coucher, ce qui obligea la femme à se pencher tous les soirs devant la lampe pour créer son ombre.


La guerre se termina enfin. Le mari revint à la maison. L'homme découvrait avec tendresse et émotion l'enfant qu'il avait quitté quand il était encore bébé. Au lieu d'embrasser son père, l'enfant le repoussa avec virulence: "Laissez-moi tranquille, vous n'êtes pas mon père. Celui-ci ne vient que la nuit. Le mari, assommé de douleur et blessé dans son amour propre, crut que sa femme le trompait avec un autre homme et décida de ne pas l'interroger. Il se montra dès lors très froid et distant sans se préoccuper ni de l'enfant ni de sa femme qui continuait à lui témoigner son amour. L'incompréhension incita l'homme à s'en aller un beau jour sans laisser aucune adresse.

Les jours passèrent, la femme inquiète, se posait des questions sur l'attitude de son mari et continuait à attendre son retour. Malheureusement, la tristesse et le désespoir s'emparèrent un beau jour de cette jeune femme. Elle décida de mettre fin à ses jours en se noyant dans la rivière après avoir confié son enfant à ses proches.

Ayant appris la mort de sa femme et pris de remords, l'homme revint à la maison. Le soir, lorsqu'il alluma la lampe, son fils content de voir apparaître son ombre sur le mur, s'écria: "Voilà mon papa". L'homme comprit alors sa terrible méprise. Le lendemain, il emmena son fils au bord de la rivière pour implorer le pardon de sa femme. L'homme lui promit de rester seul jusqu'à la fin de sa vie pour s'occuper de l'enfant et qu'aucune autre femme ne la remplacerait dans son coeur. "


jeudi 28 juin 2007 à 10:55
Citer +Citer
Il n'y a pas d'amour heureux

--------------------------------------------------------------------------------

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux


Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)




mardi 03 juillet 2007 à 11:54
Citer +Citer
A la faveur de la nuit

--------------------------------------------------------------------------------

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.
Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre.
Cette ombre à la fenêtre c'est toi, ce n'est pas une autre, c'est toi.
N'ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.
Ferme les yeux.
Je voudrais les fermer avec mes lèvres.
Mais la fenêtre s'ouvre et le vent, le vent qui balance bizarrement
la flamme et le drapeau entoure ma fuite de son manteau.
La fenêtre s'ouvre: ce n'est pas toi.
Je le savais bien.


Robert Desnos (A la Mystérieuse, 1926)




mercredi 04 juillet 2007 à 01:17
Citer +Citer

Il y a des moments, – et cela ne dure que cinq ou six secondes de suite, où vous sentez soudain la présence de l'harmonie éternelle. Ce phénomène n'est ni terrestre, ni céleste, mais c'est quelque chose que l'homme, sous son enveloppe terrestre, ne peut supporter. Il faut se transformer physiquement ou mourir. C'est un sentiment clair et indiscutable. Il vous semble tout à coup être en contact avec toute la nature, et vous dites : Oui, cela est vrai. Quand Dieu a créé le monde, il a dit à la fin de chaque jour de la création : « Oui, cela est vrai, cela est bon. » C'est… ce n'est pas de l'attendrissement, c'est de la joie. Vous ne pardonnez rien, parce qu'il n'y a plus rien à pardonner. Vous n'aimez pas non plus, oh ! ce sentiment est supérieur à l'amour ! Le plus terrible, c'est l'effrayante netteté avec laquelle il s'accuse, et la joie dont il vous remplit. Si cet état dure plus de cinq secondes, l'âme ne peut y résister et doit disparaître. Durant ces cinq secondes, je vis toute une existence humaine, et pour elles je donnerais toute ma vie, car ce ne serait pas les payer trop cher. Pour supporter cela pendant dix secondes, il faut se transformer physiquement. Je crois que l'homme doit cesser d'engendrer. Pourquoi des enfants, pourquoi le développement si le but est atteint ? Il est dit dans l'Évangile qu'après la résurrection on n'engendrera plus, mais qu'on sera comme les anges de Dieu. C'est une figure. Votre femme accouche ?


– Kiriloff, est-ce que ça vous prend souvent ?

– Une fois tous les trois jours, une fois par semaine.

– Vous n'êtes pas épileptique ?



Les Possédés (Dostoievsky)



Ce message a été modifié par lavienrose - mercredi 04 juillet 2007 à 01:18.
mercredi 04 juillet 2007 à 10:56
Citer +Citer
L'homme et la mer

--------------------------------------------------------------------------------

Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir, tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais a plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets;
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, O frères implacables!


Charles Baudelaire



la on peut faire un parallele avec Lautreamont "Je te salue vieil ocean"
ou il y a aussi une comparaison homme /ocean


Ce message a été modifié par sandie72 - mercredi 04 juillet 2007 à 10:58.
mercredi 04 juillet 2007 à 11:39
Citer +Citer
"Les façades sont en feu, les cadavres jonchent les trottoirs grêlés de mines, les morts pendent, penchés à mi-corps aux fenêtres... sniper! ... elle sent, elle ouvre les yeux, elle ouït, elle se meut... rounding third base... la créature nourrie de vos précieuses billes vous les rend toutes, au centuple, lorsqu'à l'ultime coup tiré dans la cave ouverte entre ses cuisses d'acier... collect all bonuses... un séisme secoue la machine et fait flasher spasmodiques les étoiles au ciel naïf où sont comptabilisés vos exploits... hyperspace ahead... un vaisseau spatial explose au ralenti dans l'éther -- et l'Aquilon encore sur les débris... target acquisition... munitions, kérosène embrasent le désert, calcinent l'air... struck out... peut-on s'extasier dans la destruction... shoot to kill... se rajeunir par la cruauté?

ZAP!

Chacun, perdu dans son corps à corps, est seul et l'horreur ou le triomphe qu'il fomente dans le secret des circuits ou sous vitre ne lui est pas spectacle. Il est personne et c'est à lui que parle la voix, pour lui que sifflent sur sa tête ces bombes et ces balles. Il aime les tableaux hallucinés, fantasmes, écrans vidéos souillés de crachats, bannières alphanumériques flashant contre la nuit, enluminures fluorescentes; les scénarios éculés, l'anglais de rengaine, clips pornos sans con ni tête, illustrés de caserne, contes initiatiques, BD de l'enfance, refrains obscènes, rythmes obsédants. Flippers, simulateurs de combats aériens, de match de base-ball, guérillas célestes, blitzkriege urbains, quêtes et duels jasent ensemble et déflagrent à jets continus autour de lui. Voix, bruits, échos du dedans, d'alentours, du dehors, partition d'opéra fabuleux, reflets étales, éclairs par vagues le touchent, refluent, ricochent et ripent dans son crâne où la rumeur enfle, martèlement sourd, écume.
[...]

HIT!


Graal! ce claquement sec dans le ventre de la caisse... une seconde vie, qui sait, cette promesse électronique faite à notre corps et à notre âme virtuels: cette promesse, cette démence!... l'élégance, la science, la violence... losing altitude... mais c'est le sol qui monte... mayday! mayday! ... accélération, écran noir du black out... crash! ... 3 minutes de vie éternelle, conquises dans le déluge de balles d'acier prises au piège d'un nid de bumpers... ground! ... ou encore acquises par couloirs engouffrés, cibles dégommées... blooper! ... la somme des péchés qui s'affiche au tableau tout enluminé de la vision infernale qui préside à cette quête... get the gold... dehors les néons clignotent, les écrans publicitaires géants, les loupiotes des devantures... two balls... un homme, le visage caché dans l'ombre de son capuchon de moine... swing it, lefty! ... défonce à coups de batte de base-ball la vitrine d'un prêteur sur gages... one strike... cascade cristalline du verre brisé et l'alarme déclenchée qui hulule, stridente dans la nuit...

Top of the fourth canto

A force de lui bourrer le buffet la machine a tilté avec un éraillement de pick-up dérapant sur les sillons d'un vieux vinyle... lose it all... à moins que touché de la grâce mystérieuse accordée par le fantôme tapi dans les entrailles de la machine, inscrutable loterie... vultch! ... nettoyage des rues au lance-flammes... whoosh! ... commandos traqués dans les entrepôts, les palais ruineux... nuke'em! ... carnage cosmique... finish him! ... sauvés quels que soient vos mérites, sauvés ou damnés par vos mérites...

PLAY AGAIN

Mais les tourments de la prédestination et les scrupules de la balle qui hésite à l'orée du couloir de la mort... nel cieco mondo... et les affres de l'enfer où toutes sont recueillies, recyclées et réinjectées pour une rédemption prochaine... hurl the bitch! ... à la pointe du diamant, l'arc décrit par la batte, -- et la parabole de la balle qu'elle décoche... Homer! ... la foule hurle... fire at will! ... longtemps demeure errant dans Ilion en flammes, palais dans la lumière fuligineuse... foul! ... hurlements quand la viande saigne, que le blindage, l'armure se trouent sous la morsure répétée des impacts... hitchhiker by the side of the road... au long des toboggans, aux détours des labyrinthes, à la croisée des trajectoires se rencontrent d'étranges messagers de l'envers du monde... riders on the storm... du dehors, du fond de la nuit vient l'écho de sirènes qui en se rapprochant se décalent du grave vers l'aigu; freins qui crissent, tôles entrechoquées; illuminations des gyrophares rouges, bleus, blancs jusqu'au fond de l'antre... aura nera... des flics, flingues de gros calibres au poing, matraque à la ceinture, accroupis derrière leurs portières, encerclent la carcasse emplâtrée dans la façade, aboient des ordres dans le haut parleur de leur voiture...

GO THE NEXT LEVEL"

Anne F. Garetta, extrait de La Décomposition


Ce message a été modifié par Racnor - mercredi 04 juillet 2007 à 11:41.
jeudi 05 juillet 2007 à 20:06
Citer +Citer
La non-demande en mariage

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966
© Editions musicales 57


--------------------------------------------------------------------------------

Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche
Tant d'amoureux l'ont essayé
Qui, de leur bonheur, ont payé
Ce sacrilège...

R:
J'ai l'honneur de
Ne pas te de-
mander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin


Laissons le champs libre à l'oiseau
Nous seront tous les deux priso-
nniers sur parole
Au diable les maîtresses queux
Qui attachent les cœurs aux queues
Des casseroles!

+R:

Vénus se fait vielle souvent
Elle perd son latin devant
La lèchefrite
A aucun prix, moi je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite

+R:

On leur ôte bien des attraits
En dévoilant trop les secrets
De Mélusine
L'encre des billets doux pâlit
Vite entre les feuillets des li-
vres de cuisine.

+R:

Il peut sembler de tout repos
De mettre à l'ombre, au fond d'un pot
De confiture
La jolie pomme défendue
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût "nature"

+R:

De servante n'ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense
Qu'en éternelle fiancée
A la dame de mes pensées
Toujours je pense

Brassens
samedi 07 juillet 2007 à 18:03
Citer +Citer
La feuille

--------------------------------------------------------------------------------

De ta tige détachée,
Pauvre feuille desséchée,
Où vas-tu ? - Je n'en sais rien.
L'orage a brisé le chêne
Qui seul était mon soutien.
De son inconstante haleine
Le zéphyr ou l'aquilon
Depuis ce jour me promène
De la forêt à la plaine,
De la montagne au vallon.
Je vais où le vent me mène,
Sans me plaindre ou m'effrayer:
Je vais où va toute chose,
Où va la feuille de rose
Et la feuille de laurier.


Antoine Vincent Arnault (1766 - 1834)
(secrétaire perpétuel de l'Académie Française)




mardi 17 juillet 2007 à 12:08
Citer +Citer
La reconnaissance du gamin

--------------------------------------------------------------------------------

Un jeudi gras, vers les trois heures après midi, flânant sur les boulevards de Paris, j'aperçus au coin du faubourg Poissonnière, au milieu de la foule, une de ces petites figures enfantines dont l'artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C' était un gamin, mais un vrai gamin de Paris ! .... Cheveux rougeâtres bien ébouriffés, roulés en boucle d'un côté, aplatis ça et là, blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l'empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être de se battre; puis, un nez qui n'avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir,un nez dont les doigts faisaient seuls la police ; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d'une blancheur éblouissantes; sur la peau, des tons de chair vigoureux, blanc et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillants dans l'occasion, étaient mornes, tristes et fortement cernés. Les paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable... Ô enfance ! ....


Vêtu à la diable, insouciant d'une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d'une chaussure découpée comme le panneton d'une clé, il était là ne criant plus:-- 'A la chienlit ! ... lit !.. lit ! ...., reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu'il se trouvait là -- chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse... Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d'une frange, permettait de voir une poitrine aussi blanche que celle de la danseuse la plus fraîche figurant dans un bal du grand monde...


Il regardait passer les enfants de son âge ; et toutes les fois qu'un petit bourgeois habillé en lancier, en troubadour, ou vêtu d'une jaquette, se montrait armé de la batte obligée, sur laquelle était un rat de craie... Oh ! alors... les yeux du gamin s'allumaient de tous les feux du désir !... L'enfance est-elle naïve ? me disais-je. Elle ne sait pas taire ses passions vives, ses craintes, ses espérances d'un jour !...


Je m'amusai pendant quelques minutes de la concupiscence du gamin. Oh ! oui; c'était bien une batte qu'il souhaitait. Sa journée avait été perdue. Je vis qu'il gardait l'empreinte de plusieurs rats sur ses habits noirs. Il avait le coeur gros de vengeance... Ah ! comme ses yeux se tournaient avec amour vers la boutique d'un épicier dont les sébiles étaient pleines de fusées, de billes ; et où, derrière les carreaux, se trouvaient deux battes bien crayeuses placées en sautoir.


-Pourquoi n'as-tu pas de batte? ... lui dis-je.
Il me regarda fièrement, et me toisa comme M. Cuvier doit mesurer M. Geoffroy-Saint-Hillaire quand celui-ci l'attaque inconsidérément à l' Institut.
-Imbécile ! ... semblait-il me dire, si j'avais deux sous, ne serais-je pas riant, rigolant, tapant, frappant, criant ? ... Pourquoi me tenter?...

J'allai chez l' épicier. L'enfant me suivit attiré par mon regard qui exerça sur lui la plus puissante des fascinations. Le gamin rougissait de plaisir, ses yeux s'animaient... Il eut la batte...


Alors, il la brandit ; et, pendant que je l'examinais, il m'appliqua, dans le dos d'un habit tout neuf,le premier exemplaire d'un rat, en criant d'une voix railleuse :
-'A la chienlit!...lit!...lit!...
Je voulus me fâcher. Il se sauva en ameutant les passants par ses clameurs rauques et perçantes... -'A la chienlit!...lit!...lit!...

Dans cet enfant il y a tous les hommes !.....



Honoré de Balzac (La caricature, 11 novembre 1830)

mardi 17 juillet 2007 à 17:24
Citer +Citer


Un moine tibétain marche sur une route glacée de montagne et entend un faible pépiement.
Il regarde autour de lui et aperçoit, au pied d'un arbre, un tout petit moineau à moitié mort de froid.
Il le prend, le réchauffe dans ses mains et s'interroge « Que faire ? Si je le garde avec moi, au couvent, le chat le mangera. Mais si je le laisse ici, il va mourir de froid... ».
Soudain lui vint une idée : pour le protéger du gel, il place l'oisillon dans une bouse fumante de vache sacrée, et poursuit son chemin, l'âme en paix.
L'oisillon réchauffé se sent mieux et se met à chanter à plein gosier.
Un renard qui passe par la, entend la bouse chanter. Intrigué, il s'approche, découvre l'oiseau et le croque.

Trois morales à cette histoire :
Celui qui te met dans la merde ne te veut pas forcement du mal.
Celui qui t'en sort ne te veut pas forcément du bien.
Enfin, quand tu es dans la merde, ferme ta gueule.
mercredi 18 juillet 2007 à 12:46
Citer +Citer
Danse macabre

Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature,
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants,
Elle a la nonchalance et la désinvolture
D'une coquette maigre aux airs extravagants.

Vit-on jamais au bal une taille plus mince ?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.

La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazzi ridicules
Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
O charme d'un néant follement attifé.

Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !

Viens-tu troubler avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Eperonnant encore ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?

Inépuisable puits de sottise et de fautes !
De l'antique douleur éternel alambic !
A travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.

Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ;
Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie ?
Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !

Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d'amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.

Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau ?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette ?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.

Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués :
« Fiers mignons malgré l'art des poudres et du rouge,
Vous sentez tous la mort ! O squelettes musqués,

Antinoüs flétris, dandys à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus !

Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange,
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.

En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité,
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité ! »

Charles Baudelaire
lundi 23 juillet 2007 à 18:36
Citer +Citer
Le goût du néant

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur,
Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle bute.

Résigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute.

Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,
L'amour n'a plus de goût, non plus que la dispute;
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte!
Plaisirs, ne tentez plus un coeur sombre et boudeur!

Le Printemps adorable a perdu son odeur!

Et le Temps m'engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur,
Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.

Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?

Charles Baudelaire

jeudi 26 juillet 2007 à 02:36
Citer +Citer
Complainte de Pablo Neruda

Louis Aragon.


Je vais dire la légende
De celui qui s'est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit

Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l'injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d'Atacama

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
O mon pays de salpêtre
D'arsenic et de guano

Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l'aigle des Yankees

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Absent et présent ensemble
Invisible mais trahi
Neruda que tu ressembles
À ton malheureux pays

Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

jeudi 26 juillet 2007 à 13:27
Citer +Citer
Spleen


Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

-Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Baudelaire, Les fleurs du mal LXXVIII.
vendredi 27 juillet 2007 à 11:30
Citer +Citer
Au Lecteur

La sottise, l'erreur, le péche, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent.
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de démons,
Et quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde.

C'est l'Ennui!- L'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère!

Charles Baudelaire

je ne m en lasse pas wub.gif
vendredi 27 juillet 2007 à 16:56
Citer +Citer
Dans la procession des femmes pénitentes,
Silencieuses, pleurant leurs douloureux péchés,
À l’ombre des capuches, un sourire caché
Éclaire la sorcière, car un démon la tente.

quatrain d un auteur inconnu....

Pages : « première < 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 >


Suggestion de sujets