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Livenet > Forum > Livres et Bds
dimanche 03 juin 2007 à 21:56
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Départ pour le sabbat

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Elle se leva la nuict, et allumant de la chandelle, print une bouëtte et s'oignit, puis avec quelques paroles, elle fut transportée au Sabbat.


Ils étaient là une douzaine qui mangeaient la soupe à la bière, et chacun d'eux avait pour cuillère l'os de l'avant-bras d'un mort.


La cheminée était rouge de braise, les chandelles champignonnaient dans la fumée, et les assiettes exhalaient une odeur de fosse au printemps.


Et lorsque Maribas riait ou pleurait, on entendait comme geindre un archet sur les trois cordes d'un violon démantibulé.


Cependant le soudard étala diaboliquement sur la table, à la lueur du suif, un grimoire où vint s'abattre une mouche grillée.


Cette mouche bourdonnait encore lorsque de son ventre énorme et velu une araignée escalada les bords du magique volume.


Mais déjà sorciers et sorcières s'étaient envolés par la cheminée, à califourchon qui sur le balais, qui sur les pincettes, et Maribas sur la queue de la poêle.



Aloysius Bertran (xxx-1840 ? ) Gaspard de la nuit (extrait)





mardi 05 juin 2007 à 18:44
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ROXANE, s'avançant sur le balcon

C'est vous ?
Nous parlions de... de... d'un...


CYRANO

Baiser. Le mot est doux !
Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l'ose ;
S'il la brûle déjà, que sera-ce la chose ?
Ne vous en faites pas un épouvantement
N'avez-vous pas tantôt, presque insensiblement,
Quitté le badinage et glissé sans alarmes
De sourire au soupir, et du soupir aux larmes !
Glisser encore un peu d'insensible façon
Des larmes au baiser il n'y a qu'un frisson !

ROXANE

Taisez-vous !



CYRANO

Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communication ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le coeur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme !

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, extrait
mardi 05 juin 2007 à 20:12
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Oceano Nox

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O combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis!
Combien ont disparus, dure et triste fortune!
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Dans l'aveugle océan à jamais enfouis!

Combien de patrons morts avec leurs équipages!
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots!
Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots!

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues!
Vous roulez à travers les sombres étendues,
heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh! Que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grêve,
Ce qui ne sont pas revenus!

On s'entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelques temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,
Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts!

On demande:-Où sont-ils? Sont-ils roi dans quelque île?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile?-
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue?
Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur!

Et quand la tombe enfin a fermé leurs paupières,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s'éffeuille à l'automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont!

Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires?
O flots! Que vous savez de lugubres histoires!
Flots profonds redoutés des mères à genoux!
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!


Victor Hugo

mercredi 06 juin 2007 à 10:49
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Les yeux Secs


La maçonnerie sous le feu céleste s’échauffe
La battisse est si grande que la visiter est pure folie
Et sous cette chaleur peu d’hommes osent y pénétrer
Pourtant ses murs sans orifices ne lassent pas l’envie

Seul les morts qui vont vers le Zénith ou l’abyssal Nadir
On vu une corniche de brique entre deux soleil noir
Mais rien n’en sort ni ne rentre, une herse rouillée ferme
Le trou à la fois doré et ténébreux qui semble palpiter

On raconte que la citadelle est creuse en dedans
Mais qu’en dehors elle est pleine et indestructible
Il est dit qu’une seule créature put entrer en elle
Et que le jour ou elle revint, elle avait oublié son nom

La légende dit qu’autrefois il n’y avait pas de forteresse
Une simple maison au toit de chaume et aux murs blancs
Qui abritait un homme paisible qui donnait son amour
A un ange tombé, ailes brisée et peau déchirée, mourant

Leur idylle dura longtemps et la demeure grandissait
L’homme s’attachait à l’ange qu’il soignait passionnément
Mais un jour funeste, le peuple angélique descendit la sauver
Elle partit pour aider les siens, ne laissant que des souvenirs

C’est alors que les nuages s’amoncelèrent en grondant
Et que les larmes coulèrent sur les joues devenues ridées
Car le temps avait flétri sa peau et broyé ses os humain
Les dents se serraient en grinçant terriblement, atrocement

Les astres tournaient, et les larmes finirent par sécher
Il n’y avait plus rien en lui, que du sel amer et brûlant
Ses yeux étaient devenus des cristaux au reflet mortel
Et dans sa citadelle de pierre, il attend la mort du Monde.

Quand un Ange tombe et que son sang éclabousse les parois
On entend alors un rugissement monter des profondeurs
Qui ressemble à un furieux éclat de rire et d’applaudissement
La dépouille est alors aspiré dans un gloussement rauque
Et les villageois se terrent car il pleut soudain des flèches de sel.


Nodens
samedi 09 juin 2007 à 13:32
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Étranges fleurs

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L'automne met dans les lilas
D'étranges fleurs que nul ne voit,

Des fleurs aux tons si transparents
Qu'il faut avoir gardé longtemps

Son âme de petit enfant
Pour les voir le long des sentiers

Et pour pouvoir les assembler
En un seul bouquet de clarté

Comme font, à l'aube, les anges
Les mains pleines d'étoiles blanches...


Maurice Careme

samedi 09 juin 2007 à 18:58
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Elle s'interrompit un instant, se tournant, reprenant de sa grosse voix étouffée :

- Elle rit de vous voir pleurer, cette sans-coeur, là-bas. Je mettrais ma main au feu que son savonnage est une frime... Elle a emballé les deux autres et elle est venue ici pour leur raconter la tête que vous feriez.

Gervaise ôta ses mains, regarda. Quand elle aperçut devant elle Virginie, au milieu de trois ou quatre femmes, parlant bas, la dévisageant, elle fut prise d'une colère folle. Les bras en avant, cherchant à terre, tournant sur elle-même, dans un tremblement de tous ses membres, elle marcha quelques pas, rencontra un seau plein, le saisit à deux mains, le vida à
toute volée.

- Chameau, va ! cria la grande Virginie.

Elle avait fait un saut en arrière, ses bottines seules étaient mouillées. Cependant, le lavoir, que les larmes de la jeune femme révolutionnaient depuis un instant, se bousculait pour voir la bataille. Des laveuses, qui achevaient leur pain, montèrent sur des baquets. D'autres accoururent, les mains pleines de savon. Un cercle se forma.

- Ah ! le chameau ! répétait la grande Virginie. Qu'est-ce qui lui prend, à cette enragée-la ! Gervaise en arrêt, le menton tendu, la face convulsée, ne répondait pas, n'ayant point encore le coup de gosier de Paris.

L'autre continua :
- Va donc ! C'est las de rouler la province, ça n'avait pas douze ans que ça servait de paillasse à soldats, ça a laissé une jambe dans son pays... Elle est tombée de pourriture, sa jambe...
Un rire courut. Virginie, voyant son succès, s'approcha de deux pas, redressant sa haute taille, criant plus fort :
- Hein ! avance un peu, pour voir, que je te fasse ton affaire ! Tu sais, il ne faut pas venir nous embêter, ici...Est-ce que je la connais, moi, cette peau ! Si elle m'avait attrapée, je lui aurais joliment retroussé ses jupons ; vous auriez vu ça. Qu'elle dise seulement ce que je lui ai fait... Dis, rouchie, qu'est-ce qu'on t'a fait ?

- Ne causez pas tant, bégaya Gervaise. Vous savez bien... On a vu mon mari, hier soir... Et taisez-vous, parce que je vous étranglerais, bien sûr.

- Son mari ! Ah ! elle est bonne, celle-là !... Le mari à madame ! Comme si on avait des maris avec cette dégaîne !... Ce n'est pas ma faute s'il t'a lâchée. Je ne te l'ai pas volé, peut-être. On peut me fouiller... Veux-tu que je te dise, tu l'empoisonnais, cet homme ! Il était trop gentil pour toi... Avait-il son collier, au moins ? Qui est-ce qui a trouvé le mari à madame ?... Il y aura récompense...

Les rires recommencèrent. Gervaise, à voix presque basse, se contentait toujours de murmurer :
- Vous savez bien, vous savez bien... C'est votre soeur, je l'étranglerai, votre soeur...

- Oui, va te frotter à ma soeur, reprit Virginie en ricanant. Ah ! c'est ma soeur ! C'est bien possible, ma soeur a un autre chic que toi... Mais est-ce que ça me regarde ! est-ce qu'on ne peut plus laver son linge tranquillement !

Flanque-moi la paix, entends-tu, parce qu'en voilà assez !
Et ce fut elle qui revint, après avoir donné cinq ou six coups de battoir, grisée par les injures, emportée.

Elle se tut et recommença ainsi trois fois :

- Eh bien ! oui, c'est ma soeur. La, es-tu contente ?... Ils s'adorent tous les deux. Il faut les voir se bécoter !... Et il t'a lâchée avec tes bâtards ! De jolis mômes qui ont des croûtes plein la figure ! Il y en a un d'un gendarme, n'est-ce pas ? et tu en as fait crever trois autres, parce que tu ne voulais pas de surcroît de bagage pour venir... C'est ton Lantier qui nous a raconté ça. Ah ! il en dit de belles, il en avait assez de ta carcasse !

- s... ! s... ! s... ! hurla Gervaise, hors d'elle, reprise par un tremblement furieux.

Elle tourna, chercha une fois encore par terre ; et, ne trouvant que le petit baquet, elle le prit par les pieds, lança l'eau du bleu à la figure de Virginie.

- Rosse ! elle m'a perdu ma robe ! cria celle-ci, qui avait toute une épaule mouillée et sa main gauche teinte en bleu. Attends, gadoue !

A son tour, elle saisit un seau, le vida sur la jeune femme. Alors, une bataille formidable s'engagea. Elles couraient toutes deux le long des baquets, s'emparant des seaux pleins, revenant se les jeter à la tête. Et chaque déluge était accompagné d'un éclat de voix. Gervaise elle-même répondait, à présent.

- Tiens ! saleté !... Tu l'as reçu celui-là. Ça te calmera le derrière.

- Ah ! la carne ! Voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois dans ta vie.

- Oui, oui, je vas te dessaler, grande morue !

- Encore un !... Rince-toi les dents, fais ta toilette pour ton quart de ce soir, au coin de la rue Belhomme.

Elles finirent par emplir les seaux aux robinets. Et, en attendant qu'ils fussent pleins, elles continuaient leurs ordures. Les premiers seaux, mal lancés, les touchaient à peine. Mais elles se faisaient la main.

Ce fut Virginie qui, la première, en reçut un en pleine figure ; l'eau, entrant par son cou, coula dans son dos et dans sa gorge, pissa par-dessous sa robe. Elle était encore tout étourdie, quand un second la prit de biais, lui donna une forte claque contre l'oreille gauche, en trempant son chignon, qui se déroula comme une ficelle. Gervaise fut d'abord atteinte aux jambes ; un seau lui emplit ses souliers, rejaillit jusqu'à ses cuisses ; deux autres l'inondèrent aux hanches.

Bientôt, d'ailleurs, il ne fut plus possible de juger les coups. Elles étaient l'une et l'autre ruisselantes de la tête aux pieds, les corsages plaqués aux épaules, les jupes collant sur les reins, maigries, raidies, grelottantes, s'égouttant de tous les côtés, ainsi que des parapluies pendant une averse.

- Elles sont rien drôles ! dit la voix enrouée d'une laveuse.
Le lavoir s'amusait énormément.
On s'était reculé, pour ne pas recevoir les éclaboussures.
Des applaudissements, des plaisanteries montaient, au milieu du bruit d'écluse des seaux vidés à toute volée.

________

Zola l'Assomoir (extrait)
jeudi 14 juin 2007 à 19:11
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on oublie que c'est juste une bagarre vaudevillesque, avant la fin ^^
jeudi 14 juin 2007 à 22:09
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À une heure du matin

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ENFIN! seul! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enin! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

Enfin! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.

Horrible vie! Horrible ville! Récapitulons la journée: avoid vu plusieurs hommes de lettres, dont l'un m'a demandé si l'on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île); avoir disputé généreusement contre le directeur d'une revue, qui à chaque objection répondait: « C'est ici le parti des honnêtes gens», ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d'acheter des gants; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m'a prié de lui dessiner un costume de VÉNUSTRE; avoir fait ma cour à un directeur de théatre, qui m'a dit en me congédiant: « Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z...; c'est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs; avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons»; m'être vanté (pourquoi?) de plusieurs vilaines actions que je n'ai jamais commises, et avoid lâchement nié quelques autres méfaits que j'ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle; ouf! est-ce bien fini?

Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. mes de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde; et vous, Seigneur mon Dieu! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise!


Charles Baudelaire

jeudi 14 juin 2007 à 22:09
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À une heure du matin

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ENFIN! seul! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enin! la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.

Enfin! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde.

Horrible vie! Horrible ville! Récapitulons la journée: avoid vu plusieurs hommes de lettres, dont l'un m'a demandé si l'on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île); avoir disputé généreusement contre le directeur d'une revue, qui à chaque objection répondait: « C'est ici le parti des honnêtes gens», ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins; avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues; avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d'acheter des gants; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m'a prié de lui dessiner un costume de VÉNUSTRE; avoir fait ma cour à un directeur de théatre, qui m'a dit en me congédiant: « Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z...; c'est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs; avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons»; m'être vanté (pourquoi?) de plusieurs vilaines actions que je n'ai jamais commises, et avoid lâchement nié quelques autres méfaits que j'ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle; ouf! est-ce bien fini?

Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. mes de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde; et vous, Seigneur mon Dieu! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise!


Charles Baudelaire

vendredi 15 juin 2007 à 23:04
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La Table d'émeraude

d'Hermès Trismégiste

Il est vrai sans mensonge, certain & très véritable.

Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut: & ce qui est en haut, est

comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose..

Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d'un, par la

médiation d'un: ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose

unique, par adaptation.

Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l'a porté dans son

ventre; la terre est sa nourrice.

Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou

puissance est entière,

si elle est convertie en terre.

Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais doucement, avec grande

industrie.

Il monte de la terre au ciel, & derechef il descend en terre, & il reçoit la

force des choses supérieures & inférieures. Tu auras par ce moyen la

gloire de tout le monde; & pour cela toute obscurité s'enfuira de toi.

C'est la force forte de toute force: car elle vaincra toute chose subtile, &

pénétrera toute chose solide.

Ainsi le monde a été créé.


De ceci seront & sortiront d'admirables adaptations, desquelles le

moyen en est ici

C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois

parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j'ai dit de l'opération

du soleil est accompli, & parachevé.



Ce message a été modifié par lavienrose - vendredi 15 juin 2007 à 23:17.
vendredi 15 juin 2007 à 23:19
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F. Dostoïevski, Les frères Karamazov, ''Le Grand inquisiteur''

Nous sommes au XVIe s., en Espagne, à Séville, à l’époque des bûchers de l’Inquisition. Jésus a voulu revenir parmi les hommes discrètement, mais tous le reconnaissent. Il rend la vue à un aveugle, et, sur le parvis de la cathédrale, ressuscite une fillette. À ce moment passe le cardinal Grand inquisiteur, austère vieillard de quatre-vingt-dix ans. Il a tout vu et fait jeter le Christ en prison. La nuit tombée, il va le visiter. Il reproche à son prisonnier – qui ne dira mot – d’avoir voulu apporter la liberté et lui démontre que les hommes ne la méritent pas et ne la veulent pas. Ils veulent être rassasiés (de pain et de miracles), rassurés (par le mystère), conduits (avec autorité). La victoire du Christ sur les tentations est source d’illusion et de confusion : l’inquisiteur développe les bienfaits qui procèdent de leur acceptation ; le diable avait raison et lui-même, dit-il, a pris son parti, acceptant le glaive de César pour le bonheur même de l’humanité.




'' Pourquoi es-tu venu nous déranger ? Car tu nous déranges, tu le sais bien. [...] As-tu le droit de nous révéler ne fut-ce qu'un seul des secrets du monde dont tu viens ? '' et, sans attendre la réponse, il ajoute aussitôt : '' Non, tu n'en as pas le droit, tu ne dois rien ajouter à ce qui a été dit dans le passé afin de ne pas priver les hommes de cette liberté que tu prisais si haut au temps où tu vécus sur la terre. Tout révélation nouvelle que tu apporterais constituerait une atteinte à la liberté de la foi, car elle paraîtrait miraculeuse. Or, tu jugeais, il y a quinze siècles, qu'il était essentiel d'assurer la liberté de la foi. […]

L'Esprit redoutable et profond, l'Esprit de la destruction et du néant, t'a parlé dans le désert, et les Écritures nous rapportent qu'il t'a tenté, n'est-ce pas ? Peut-on imaginer, en fait, de plus grandes vérités que celles qu'il t'a présentées dans ses trois questions ? Tu les as repoussées alors et les Livres saints les ont qualifiées de "tentations". Pourtant, s'il y eut jamais sur la terre un grand miracle, un miracle authentique, ce fut ce jour-là qu'il se réalisa, et dans ces trois tentations. Le seul fait d'avoir posé ces trois questions constituait un miracle. […] Elles attestent qu'il ne s'agissait pas d'une intelligence humaine ordinaire, mais d'un Esprit éternel et absolu. Car elles contiennent en elles, car elles englobent toute l'histoire ultérieure de l'humanité et offrent trois symboles dans lesquels se résolvent les contradictions insolubles de la nature humaine. [...] Tout avait été prévu dans ces trois questions et elles se sont réalisées si complètement qu'on ne pourrait rien y ajouter ou en retrancher désormais.

Juge toi-même par conséquent : Qui avait raison de toi ou de celui qui t'interrogeait ? Souviens-toi de la première de ces questions, pas textuellement mais de son sens général : "Tu veux aller vers les hommes et tu vas vers eux les mains vides, avec, seulement, la promesse d'une liberté qu'ils sont incapables de comprendre dans leur simplicité et leur indignité natives, dont ils ont peur par surcroît, car il n'y a et il n'y a jamais eu d'état plus intolérable aux hommes et à la société que la liberté. Vois-tu ces pierres dans le désert aride et brûlant ? Change-les en pains, et l'humanité accourra vers toi tel un troupeau affamé ; elle te sera reconnaissante et soumise, mais tremblera sans cesse de te voir retirer tes mains et d'être privée de pain." Mais tu n'as pas voulu priver l'homme de la liberté et tu as rejeté l'offre, en te disant qu'il n'y aurait plus de vraie liberté là où l'obéissance s'achèterait par le pain. Tu as répondu que l'homme ne vit pas de pain seulement. Ne savais-tu donc pas que l'Esprit de la terre se dresserait contre toi au nom de ce pain terrestre précisément, qu'il lutterait contre toi et te vaincrait ? […] Des siècles s'écouleront et un jour viendra où la sagesse et la science humaines proclameront l'inexistence du mal et, par suite, du péché, affirmant qu'il y a seulement des affamés. "Nourris-les et tu les rendras vertueux !" C'est avec ce cri qu'on lèvera l'étendard contre toi et qu'on détruira ton temple. […] Ils finiront par jeter leur liberté à nos pieds en nous* disant : "Asservissez-nous, mais nourrissez-nous." Ils comprendront eux-mêmes que la liberté n'est pas compatible avec le pain terrestre et ne leur permet pas d'en avoir chacun à suffisance, car jamais ils ne parviendront à le partager équitablement […].

Mais qu'est-il arrivé ? Au lieu de te rendre maître de la liberté humaine, tu as voulu l'accroître encore. As-tu donc oublié que l'homme attache plus de prix à la tranquillité de son âme et même à la mort qu'à la faculté du libre choix dans la connaissance du bien et du mal ? Rien de plus séduisant à première vue que la liberté de conscience, mais rien n'est plus torturant en réalité. […] Au lieu de maîtriser la liberté humaine, tu l'as amplifiée et tu as multiplié ainsi à l'infini les tourments qu'elle engendre dans l'âme des hommes. Tu voulais que les hommes te donnent librement leur amour et qu'ils te suivent de leur plein gré, charmés et séduits par ta personne. Tu as aboli la dure, mais solide loi antique, et l'homme devait discerner lui-même désormais, par le jugement spontané de son cœur, le bien et le mal, n'ayant pour se guider dans ses hésitations que ton image devant ses yeux. Ne prévoyais-tu pas que, ployant sous le terrible fardeau de leur libre arbitre, les hommes en viendraient un jour à rejeter ton image et à mettre en doute ton enseignement ? Ils finiront pas proclamer que la Vérité n'était pas en toi, car il était impossible de les livrer à une plus grande confusion et à de plus terribles tourments que tu ne l'as fait en leur laissant tant d'inquiétude et de problèmes insolubles. Tu leur as fourni toi-même des armes pour détruire ton Royaume, et tu ne dois donc accuser personne de sa ruine.

Est-ce cela pourtant qu'on t'avait proposé ? Il n'existe que trois forces sur la terre, trois forces seules qui soient capables de vaincre pour les siècles la conscience de ces faibles révoltés et de la subjuguer pour leur propre bonheur. Ce sont le miracle, le mystère et l'autorité. Tu les as repoussées toutes les trois. […] Je te le jure, l'homme est plus faible et plus vil que tu ne le croyais ! Est-il capable, lui l'infime, d'accomplir ce que tu as accompli ? En lui témoignant tant de respect, tu t'es comporté comme si tu avais perdu ta compassion pour lui, car tu lui as trop demandé, toi qui l'as aimé plus que toi-même ! Si tu l'avais moins estimé, tu aurais moins exigé de lui, et cette attitude eût été plus proche de l'amour, car sa tâche aurait été moins lourde. L'homme est faible et lâche. […] Nous avons corrigé ton renoncement héroïque au miracle et nous avons fondé ton action sur le surnaturel, le mystère et l'autorité. Les hommes se sont réjouis d'être de nouveau conduits comme un troupeau et d'être délivrés du don funeste que tu leur avais fait, cause de tant de tourments pour eux. […] Sous notre houlette, par contre, les hommes seront heureux et renonceront à se révolter. Ils ne s'extermineront plus comme ils le font aujourd'hui partout à la faveur de la liberté que tu leur a léguée. Nous saurons les convaincre d'ailleurs qu'ils ne seront libres qu'à partir du moment où ils auront renoncé à faire usage de leur liberté et nous l'auront sacrifiée dans un esprit de soumission sans retour. […] Nous donnerons un bonheur humble et paisible à ces êtres faibles et lâches, le seul qui leur convienne. […] Nous leur permettrons même de pécher puisqu'ils sont si faibles et ils nous aimeront comme des enfants à cause de notre tolérance. […] ''

S'étant tu, le Grand inquisiteur attendit une réaction de son prisonnier. Son silence lui pesait. Le captif s'était borné, pendant qu'il parlait, à fixer sur lui un regard doux et pénétrant, visiblement résolu à ne pas entrer en discussion. Le vieillard aurait préféré qu'il lui répondît quelque chose, fût-ce en lui disant des choses amères ou terribles. Sans prononcer un mot, il s'approcha soudain du vieillard et l'embrassa avec douceur sur ses lèvres exsangues de nonagénaire. Ce fut toute sa réponse. L'inquisiteur tressaille sous ce baiser, et quelque chose tremble aux coins de sa bouche. Il se dirige vers la porte, l'ouvre et lui dit : ''Va, maintenant, et ne reviens plus… plus du tout… plus jamais, jamais !''




Ce message a été modifié par lavienrose - vendredi 15 juin 2007 à 23:31.
samedi 16 juin 2007 à 12:58
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Beaudelaire, L'invitation au voyage, ca traduit bien l'envie d'ailleurs du moment.

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
samedi 16 juin 2007 à 13:19
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J'arrive où je suis étranger

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Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Louis Aragon

lundi 18 juin 2007 à 17:59
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"Je dors sur mes deux oreilles"
Grand Corps Malade

J'ai constaté que la douleur était une bonne source d'inspiration
Et que les zones d'ombre du passé montrent au stylo la direction
La colère et la galère sont des sentiments productifs
Qui donnent des thèmes puissants, quoi qu'un peu trop répétitifs
A croire qu'il est plus facile de livrer nos peines et nos cris
Et qu'en un battement de cils un texte triste est écrit
On se laisse aller sur le papier et on emploie trop de métaphores
Pourtant je t'ai déjà dit que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts
C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai décidé de changer de thème
D'embrasser le premier connard venu pour lui dire je t'aime
Des lyrics pleins de vie avec des rimes pleines d'envie
Je vois, je veux, je vis, je vais, je viens, je suis ravi
C'est peut-être une texte trop candide mais il est plein de sincérité
Je l'ai écrit avec une copine, elle s'appelle Sérénité
Toi tu dis que la vie est dure et au fond de moi je pense pareil
Mais je garde les idées pures et je dors sur mes 2 oreilles

Evidemment on marche sur un fil, chaque destin est bancal
Et l'existence est fragile comme une vertèbre cervicale
On t'a pas vraiment menti, c'est vrai que parfois tu vas saigner
Mais dans chaque putain de vie, y'a tellement de choses à gagner
J'aime entendre, raconter, j'aime montrer et j'aime voir
J'aime apprendre, partager, tant qu'y a de l'échange y'a de l'espoir
J'aime les gens, j'aime le vent, c'est comme ça je joue pas un rôle
J'ai envie, j'ai chaud, j'ai soif, j'ai hâte, j'ai faim et j'ai la gaule
J'espère que tu me suis, dans ce que je dis y'a rien de tendancieux
Quand je ferme les yeux, c'est pour mieux ouvrir les cieux
C'est pas une religion, c'est juste un état d'esprit
Y'a tellement de choses à faire et ça maintenant je l'ai compris
Chaque petit moment banal, je suis capable d'en profiter
Dans la vie j'ai tellement de kifs que je pourrai pas tous les citer
Moi en été je me sens vivre, mais en hiver c'est pareil
J'ai tout le temps l'oeil du tigre, et je dors sur mes 2 oreilles

C'est pas moi le plus chanceux mais je me sens pas le plus à plaindre
Et j'ai compris les règles du jeu, ma vie c'est moi qui vais la peindre
Alors je vais y mettre le feu en ajoutant plein de couleurs
Moi quand je regarde par la fenêtre je vois que le béton est en fleur
J'ai envie d'être au coeur de la ville et envie d'être au bord de la mer
De voir le delta du Nil et j'ai envie d'embrasser ma mère
J'ai envie d'être avec les miens et j'ai envie de faire des rencontres
J'ai les moyens de me sentir bien et ça maintenant je m'en rends compte
Je voulais pas écrire un texte « petite maison dans la prairie »
Mais j'étais de bonne humeur et même mon stylo m'a souri
Et puis je me suis demandé si j'avais le droit de pas être rebelle
D'écrire un texte de slam pour affirmer que la vie est belle
Si tu me chambres je m'en bats les reins, parfois je me sens inattaquable
Parce que je suis vraiment serein et je suis pas prêt de péter un câble
La vie c'est gratuit je vais me resservir et tu devrais faire pareil
Moi je me couche avec le sourire et je dors sur mes 2 oreilles

La vie c'est gratuit je vais me resservir et ce sera toujours pareil
Moi je me couche avec le sourire et je dors sur mes 2 oreilles
mardi 19 juin 2007 à 00:29
Citer +Citer
« - Vraiment ? tu n'as jamais senti … comment dire ? Cela nous vient comme une idée … comme un vertige … de se laisser tomber, glisser … d'aller jusqu'en bas, - tout à fait- jusqu'au fond, - où le mépris des imbéciles ne viendrait même pas vous chercher … Et puis, mon vieux, là encore, rien ne vous contente … quelque chose vous manque encore … Ah ! jadis … que j'avais peur ! d'une parole … d'un regard … de rien. Tiens ! cette veille dame Sangner …m'a-t-elle fait du mal, un jour ! – un jour que je passais sur le pont de Planques – en écartant de moi, bien vite, sa petite nièce Laure … Hé quoi ! suis-je donc la peste, je me disais … Ah ! maintenant ! Maintenant … maintenant … maintenant son mépris : je voudrais aller au-devant ! Quel sang ont-elles dans les veines, ces femmes qu'un regard fait hésiter – oui – dont un regard empoisonnerait le plaisir, et qui se donnent l'illusion d'être d'honnêtes nitouches jusque dans les bras de leur amant … On a honte ? Bien sûr, si tu veux, on a honte ! Mais, entre nous, depuis le premier jour, est-ce qu'on cherche autre chose ? »

Bernanos -Mouchette ("Sous le Soleil de Satan")




Ce message a été modifié par lavienrose - mardi 19 juin 2007 à 00:44.
mardi 19 juin 2007 à 00:38
Citer +Citer
"Sur une seule note,tantôt grave et tantôt aiguë,cette plainte surhumaine retentit dans la petite maison,déjà pleine d'une rumeur vague et de pas précipités.
D'un premier mouvement le médecin de Campagne avait rejeté loin de lui le frêle corps roidi,et il essayait à présent de fermer cette bouche,d'étouffer ce cri.
Il luttait contre ce cri, comme l'assassin lutte avec un coeur vivant ,qui bat sous lui.
Si ces longues mains eussent rencontré par hasard le cou vibrant,Germaine était morte,car chaque geste du lâche affolé avait l'air d'un meurtre.
Mais il n'étreignait en gémissant que la petite machoire et nulle force humaine n'en eût désserré les muscles..."

Bernanos...idem



Ce message a été modifié par lavienrose - mardi 19 juin 2007 à 00:43.
mardi 19 juin 2007 à 02:00
Citer +Citer
Un Messager d'espérance vient à moi chaque jour.
Il m'offre, en échange d'une vie brève, la liberté éternelle.
Il vient, avec les vents du large, avec les brises errantes du soir,
Avec ce crépuscule diaphane qui met au ciel des légions d'étoiles.
Alors le vent chante pensivement ; les astres luisent d'un feu tendre,
Et des visions s'élèvent, et changent, et me tuent de désir...

Emily Brontë



Ce message a été modifié par lavienrose - mardi 19 juin 2007 à 02:02.
mardi 19 juin 2007 à 02:08
Citer +Citer
Je me suis réveillé sous l'azur de l'absence
Dans l'immense midi de la mélancolie.
L'ortie des murs croulants boit le soleil des morts.
Silence.

Où m'avez–vous conduit, Mère aveugle, ô ma vie ?
Dans quel enfer du souvenir où l'herbe pense,
Où l'océan des temps cherche à tâtons ses bords ?
Silence.

Echo du précipice, appelle-moi ! Démence,
Trempe tes jaunes fleurs dans la source où je bois,
Mais que les jours passés se détachent de moi !
Silence.

Vous qui m'avez créé, vous qui m'avez frappé,
Vous vers qui l'aloès, cœur des goufres, s'élance,
Père ! à vos pieds meurtris trouverai-je la paix ?
Silence.

Milosz


Ce message a été modifié par lavienrose - mardi 19 juin 2007 à 02:08.
mardi 19 juin 2007 à 11:15
Citer +Citer
Les couilles à papa sont pendues au plafond
Maman les regarde en s'tordant les nichons
La bonne un peu folle les prend pour des oignons
Les coupe en rondelles et les met au bouillon

Brico Jardin, les fils d'une nouvelle esthétique odorante blush.gif


Ce message a été modifié par Juday - mardi 19 juin 2007 à 11:16.
mardi 19 juin 2007 à 12:05
Citer +Citer
A une malabaraise

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Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche
Est large à faire envie à la plus belle blanche;
A l'artiste pensif ton corps est doux et cher;
Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,
Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,
De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,
De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
D'acheter au bazar ananas et bananes.
Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,
Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus;
Et quand descend le soir au manteau d'écarlate,
Tu poses doucement ton corps sur une natte,
Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,
Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
Faire de grands adieux à tes chers tamarins?
Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
L'oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
Des cocotiers absents les fantômes épars!


Charles Baudelaire


lol ton poeme Juday! laugh.gif

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