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Wednesday 25 October 2006 à 17:53
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QUOTE
_ Ils l'ont bien cherché, lui dit un passant.
Rogers thiraud le fixa.
_ Mais ils ont besoin d'être soignés, il faudrait les transporter à l'hôpital. Ils vont tous mourir!
_ Si vous croyez qu'ils ont pitier des nôtres, là-bas. Et d'abord ce sont eux qui ont tiré les premiers.
_ Non, ne dites pas ça. Je suis ici depuis le début, je rentrai chez moi... Ils couraient comme des lapins, les mains nues, ils cherchaient à se cacher se protéger, quand la police a ouvert le feu.
L'homme s'éloigna en l'insultant.

J'ai été touchée en lisant ce passage. Cela a lieu lors d'une manifestation contre le couvre feu des algériens en 1961.


Extrait de Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx.
Friday 03 November 2006 à 23:23
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Parfaitement, dit Poirot. Tout cela est merveilleusement lumineux. Le meurtrier était un homme de très grande force, mais il n'est pas costaud,  et d'ailleurs c'est une femme, et par surcroît, c'est un droitier qui est gaucher...Ah! il y a de quoi se tenir les côtés.
Sunday 07 January 2007 à 13:16
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QUOTE
Esther31 s'attendait certainement à ma demande suivante, et je n'eus que deux minutes à attendre, le temps qu'elle le tape sur son clavier, avant de découvrir le dernier poème que Daniel, avant de se donner la mort, avait adressé à Esther ; celui-là même qui avait poussé Marie23 à abandonner son domicile, ses habitudes, sa vie, et à partir à la recherche d'une hypothétique communauté néo-humaine:



Ma vie, ma vie, ma très ancienne
Mon premier voeu mal refermé
Mon premier amour infirmé,
Il a fallu que tu reviennes.

Il a fallu que je connaisse
Ce que la vie a de meilleur,
Quand deux corps jouent de leur bonheur
Et sans fin s'unissent et renaissent.

Entré en dépendance entière,
Je sais le tremblement de l'être
L'hésitation à disparaître,
Le soleil qui frappe en lisière

Et l'amour, où tout est facile,
Où tout est donné dans l'instant;
Il existe au milieu du temps
La possibilité d'une île.


Michel Houellebecq. - La possibilité d'une île.

Ce message a été modifié par CoSmO-bOy - Sunday 07 January 2007 à 13:16.
Monday 08 January 2007 à 00:41
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QUOTE (Amélie Nothomb @ Stuppeur et tremblement)

Une ultime fois, je me jetais dans le vide je regardais mon corps tomber.
Quand j'eus contenté ma soif de défenestration, je quittai l'immeuble Yumimoto. On ne m'y revis jamais.


Les quelques paroles de la fin qui font que ce livre est bien.
Wednesday 10 January 2007 à 03:21
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Et il rit encore.

-Ce sera comme si je t'avais donné, au lieu d'étoiles, des tas de petits grelots qui savent rire...

Et il rit encore. Puis il redevint sérieux:

-Cette nuit... tu sais... ne viens pas.

-Je ne te quitterai pas.

-J'aurai l'air d'avoir mal... j'aurai un peu l'air de mourir. C'est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n'est pas la peine...

-Je ne te quitterai pas.

Mais il était soucieux.

-Je te dis ça... c'est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu'il te morde... Les serpents, c'est méchant. Ca peut mordre pour le plaisir...

-Je ne te quitterai pas.

Mais quelque chose le rassura:

-C'est vrai qu'ils n'ont pas le venin pour la seconde morsure...

Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le joindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement:

-Ah! tu es là...

Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:

-Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai...

Moi je me taisais.

-Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emportes ce corps-là. C'est trop lourd.

Moi je me taisais.

-Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces...

Moi je me taisais.

Il se découragea un peu. Mais il fit encore un effort:

-Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire...

Moi je me taisais.

-Ce sera tellement amusant! Tu auras cinq cents millions de grelots, j'aurai cinq cent millions de fontaines...

Et il se tut aussi, parce qu'il pleurait...

-C'est là. Laisse moi faire un pas tout seul.

Et il s'assit parce qu'il avait peur.

Il dit encore:

-Tu sais... ma fleur... j'en suis responsable! Et elle est tellement faible! ET elle est tellement naive. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde...

Moi je m'assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit:

-Voilà... C'est tout...

Il hésita encore un peu, puis se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.

Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ca ne fit même pas de bruit, à cause du sable
Thursday 11 January 2007 à 09:10
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QUOTE
Dans un square sur un banc
Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
Il a des binocles un vieux costumes gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe
Ou simplement il vous fait signe
Il ne faut pas le regarder
Il ne faut pas l'écouter
Il faut passer
Faire comme si on ne le voyais pas
Comme si on ne l'entendais pas
Il faut passer presser le pas
Si vous le regardez
Si vous l'écoutez
Il vous fait signe et rien ni personne
Ne peut vous empêcher d'aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit
Et vous souffrez attrocement
Et l'homme continue de sourire
Et vous souriez du même sourire
Exactement
Plus vous souriez plus vous souffrez
Atrocement
Plus vous souffrez plus vous souriez
Irrémédiablement
Et vous restez là
Assis figé
Souriant sur le banc
Des enfants jouent tout près de vous
Des passants passent
Tranquillement
Des oiseaux s'envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux.



"Le désespoir est assis sur un banc" Jacques Prévert

Il me file des frissons
Saturday 13 January 2007 à 20:59
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Robin Hobb le Dragon des Glaces L Assassin Royal tome 11

"_Pour maintenir l équilibre" répondit le fou."L'homme ne craint aucun rival.Vous avez oublié ce que c'est de partager votre territoire avec des créatures d'une supériorité aussi ourgueilleuse que la vôtre.Vous croyez pouvoir arranger le monde à votre convenance,alors vous dressez des cartes et vous y drsser des lignes en affirmant posséder la terre parce que vous pouvez dessiner des frontières.les plantes qui y poussent,les bêtes qui y résident,vous les dites vôres,vous vous appropriez non seulement ce qui vit aujourd'hui mais ce qui se développera demain et l"employez comme bin vous semble.Puis obéisaant à votre nature présomptueuse et violente, vous déclarez des guerres et vous entre-tiez pour les lignes que vous avez imaginées sur la face du monde.

_Et je suppose que les dragons valent mieux que nous parce qu ils n' agissent pas ainsi,parce qu ils s emparent simplement de ce qu il leur fait envie?Parce que ce sont des êtres libres,des crétures de la nature qui possèdent toute l élévation morale d'animaux dépourvus du don de la pensée?"

Le fou secoua la tête en souriant.
"Non.Les dragons ne valent pas mieux que les humains,ils ne sont guère différents d'eux.ils tendront un miroir à l'homme et à son égoisme.Ils vous rappelleront que tous vos beaux discours sur la possession de ceci et l'appropriation de cela n ont pas plus d'importance que les les grondements hargneux d'un chien enchainé ou le chant de défi d'un moineau.Vos prétentions n ont de réalité que pendant le temps qu il faut pour les énoncer.Nommez-le comme il vous plaira,revendiquez le autant que vous voudrez,le monde n 'appartient pas aux hommes.Ce sont les hommes qui appartiennent au monde.Vous ne possédez pas la terre à laquelle vos corps finissent par retourner,et elle ne garde pas le souvenir des noms que vous lui donnez."
Sunday 14 January 2007 à 02:29
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« On a tous entendu ces vieilles femmes qui disent : « Oh ! comme c’est affreux cette jeunesse qui se détruit avec toutes ces drogues ! C’est terrible ! » Et puis tu regardes la vieille peau : sans dents, sans yeux, sans cervelle, sans âme, sans cul, sans bouche, sans couleur, sans nerfs, sans rien, rien qu’un bâton, et tu te demandes ce que son thé, ses biscuits, son église et son petit pavillon ont fait pour ELLE. Et les vieux se mettent parfois dans une colère noire contre les jeunes : « Bon sang, j’ai travaillé DUR toute ma vie ! » ( Ils prennent le travail pour une vertu, mais ça prouve seulement qu’un type est taré. ) « Les jeunes veulent tout pour RIEN ! ils s’abîment la santé avec la drogue, ils s’imaginent qu’ils vont suivre sans se salir les mains ! » Puis tu LE regardes :
Amen.
Il est seulement jaloux. Il s’est fait enculer, on lui a piqué ses plus belles années. Il meurt d’envie de baiser. S’il tient jusqu’au bout. Mais il peut plus. Donc, maintenant, il veut que les jeunes souffrent comme il a souffert. »

Charles Bukowski
Dans « Nouveaux contes de la folie ordinaire »
Sunday 28 January 2007 à 15:20
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"_ Eh bien, ça aurait pu être beaucoup plus grave, mon ami.
_ Comment ? Coment glapit l'autre. Vous trouvez que ce n'est pas assez ?
_ Si mais cela aurait pu être beaucoup plus grave. C'est moi qui aurait pu avoir toutes ces emmerdes."

L'angoisse du roi Salomon, Romain Gary.
Sunday 28 January 2007 à 16:30
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QUOTE (Taochu @ 26 Sep 2006 à 20:41)
QUOTE
Puis le silence fut total, comme si une lourde couverture s'était abattue sur la foule. A la vue de cette multitude de visages blêmes tournés vers lui, Neville s'avisa tout à coup qu'à leurs yeux, c'était lui le monstre. C'est la majorité qui définit la norme, non les individus isolés.
[...]
Robert Neville considéra le nouveau peuple de la Terre. Il savait qu'il n'en faisait pas partie. De même que les vampires, il était pour eux une abomination, un objet de sombre terreur qu'il fallait détruire. Une pensée lui vint alors, et il s'esclaffa malgré la douleur.
Son rire s'acheva en quinte de toux. Il se retourna et s'appuya au mur pour avaler les pillules. La boucle est bouclée, songea-t-il tandis qu'un engourdissement ultime s'emparait de ses membres. Une nouvelle terreur a emergé de la mort, une nouvelle superstition a conquis la forteresse inexpugnable de l'éternité.
Je suis une légende.


Richard Matheson - Je suis une légende

Ce livre m'a mis mal à l'aise, mais c'était une bonne expérience.
Sunday 08 April 2007 à 17:50
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QUOTE
Allongé sous sa tente, Michel attendit l'aurore. Vers la fin de la nuit éclata un orage très violent, il fut surpris de constater qu'il avait un peu peur. Puis le ciel s'apaisa, il se mit à tomber une pluie régulière et lente. Les gouttes frappaient la toile de tente avec un bruit mat, à quelques centimètres de son visage, mais il était à l'abri de leur contact. Il eut soudain le pressentiment que sa vie entière ressemblerait à ce moment. Il traverserait les émotions humaines, parfois il en serait très proche ; d'autres connaîtraient le bonheur, ou le desespoir ; rien de tout cela ne pourrait jamais exactement le concerner ni l'atteindre. A plusieures reprises dans la soirée, Annabelle avait jeté des regards dans sa direction ton en dansant. Il avait souhaité bouger, mais il n'avait pas pu ; il avait eu la sensation très nette de s'enfoncer dans une eau glacée. Tout, pourtant, était excessivement calme. Il se sentait séparé du monde par quelques centimètres de vide, formant autour de lui comme une carapace ou une armure.


Michel Houellebecq. - Les particules élémentaires.


(bon il est temps que j'arrête de ne poster uniquement que du Houellebecq. -__-' )
Sunday 29 April 2007 à 08:51
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Les deux enfants étaient restés machinalement, sans rien comprendre. A mesure que le bataillon diminuait, Miette élevait le drapeau davantage ; elle le tenait, comme un grand cierge, devant elle, les poings feutrés. Il, était criblé de balles. Quand Silvère n'eut plus de cartouches dans les poches, il cessa de tirer, il regarda sa carabine d'un air stupide. Ce fut alors qu'une ombre lui passa devant la face, comme si un oiseau colossal eût effleuré son front d'un battement d'aile. Et, levant les yeux, il vit le drapeau qui tombait des mains de Miette. L'enfant, les deux poings serrés sur sa poitrine, la tête renversée, avec une expression atroce de souffrance, tournait lentement sur elle-même. Elle ne poussa pas un cri ; elle s'affaissa en arrière, sur la nappe rouge du drapeau.

« Relève-toi, viens vite », dit Silvère lui tendant la main, la tête perdue.

Mais elle resta par terre, les yeux tout grands ouverts, sans dire un mot. Il comprit, il se jeta à genoux.

« Tu es blessée, dis ? Où es-tu blessée ? » Elle ne disait toujours rien ; elle étouffait ; elle le regardait de ses yeux agrandis, secouée par de courts frissons. Alors il lui écarta les mains.

« C'est là, n'est-ce pas ? c'est là. » Et il déchira son corsage, mit à nu sa poitrine. Il chercha, il ne vit rien. Ses yeux s'emplissaient de larmes. Puis, sous le sein gauche, il aperçut un petit trou rose ; une seule goutte de sang tachait la plaie.

« Ça ne sera rien, balbutia-t-il ; je vais aller chercher Pascal, il te guérira. Si tu pouvais te relever… Tu ne peux pas te relever ? » Les soldats ne tiraient plus ; ils s'étaient jetés à gauche, sur les contingents emmenés par l'homme au sabre. Au milieu de l'esplanade vide, il n'y avait que Silvère agenouillé devant le corps de Miette. Avec l'entêtement du désespoir, il l'avait prise dans ses bras. Il voulait la mettre debout ; mais l'enfant eut une telle secousse de douleur qu'il la recoucha. Il la suppliait :

« Parle-moi, je t'en prie. Pourquoi ne me dis-tu rien ? » Elle ne pouvait pas. Elle agita les mains, d'un mouvement doux et lent, pour dire que ce n'était pas sa faute. Ses lèvres serrées s'amincissaient déjà sous le doigt de la mort.

Les cheveux dénoués, la tête roulée dans les plis sanglants du drapeau, elle n'avait plus que ses yeux de vivants, des yeux noirs, qui luisaient dans son visage blanc. Silvère sanglota. Les regards de ces grands yeux navrés lui faisaient mal. Il y voyait un immense regret de la vie. Miette lui disait qu'elle partait seule, avant les noces, qu'elle s'en allait sans être sa femme ; elle lui disait encore que c'était lui qui avait voulu cela, qu'il aurait dû l'aimer comme tous les garçons aiment les filles. A son agonie, dans cette lutte rude que sa nature sanguine livrait à la mort, elle pleurait sa virginité.

Silvère, penché sur elle, comprit les sanglots amers de cette chair ardente. Il entendit au loin les sollicitations des vieux ossements ; il se rappela ces caresses qui avaient brûlé leurs lèvres, dans la nuit, au bord de la route : elle se pendait à son cou, elle lui demandait tout l'amour, et lui, il n'avait pas su, il la laissait partir petite fille, désespérée de n'avoir pas goûté aux voluptés de la vie. Alors, désolé de la voir n'emporter de lui qu'un souvenir d'écolier et de bon camarade, il baisa sa poitrine de vierge, cette gorge pure et chaste qu'il venait de découvrir. Il ignorait ce buste frissonnant, cette puberté admirable. Ses larmes trempaient ses lèvres. Il collait sa bouche sanglotante sur la peau de l'enfant. Ces baisers d'amant mirent une dernière joie dans les yeux de Miette. Ils s'aimaient, et leur idylle se dénouait dans la mort.

Mais lui ne pouvait croire qu'elle allait mourir. Il disait :

« Non, tu vas voir, ça n'est rien… Ne parle pas, si tu souffres… Attends, je vais te soulever la tête ; puis je te réchaufferai, tu as les mains glacées. » La fusillade reprenait, à gauche, dans les champs d'oliviers. Des galops sourds de cavalerie montaient de la plaine des Nores. Et, par instants, il y avait de grands cris d'hommes qu'on égorge. Des fumées épaisses arrivaient, traînaient sous les ornes de l'esplanade. Mais Silvère n'entendait plus, ne voyait plus. Pascal, qui descendait en courant vers la plaine, l'aperçut, vautré à terre, et s'approcha, le croyant blessé. Dès que le jeune homme l'eut reconnu, il se cramponna à lui. Il lui montrait Miette.

« Voyez donc, disait-il, elle est blessée, là, sous le sein…

Ah ! que vous êtes bon d'être venu ; vous la sauverez. »A ce moment, la mourante eut une légère convulsion.

Une ombre douloureuse passa sur son visage, et, de ses lèvres serrées qui s'ouvrirent, sortit un petit souffle. Ses yeux, tout grands ouverts, restèrent fixés sur le jeune homme.

Pascal, qui s'était penché, se releva en disant à demi-voix :

« Elle est morte. » Morte ! ce mot fit chanceler Silvère. Il s'était remis à

genoux ; il tomba assis, comme renversé par le petit souffle de Miette.

« Morte ! morte ! répéta-t-il, ce n'est pas vrai, elle me regarde… Vous voyez bien qu'elle me regarde. » Et il saisit le médecin par son vêtement, le conjurant de ne pas s'en aller, lui affirmant qu'il se trompait, qu'elle n'était pas morte, qu'il la sauverait, s'il voulait. Pascal lutta doucement, disant de sa voix affectueuse :

« Je ne puis rien, d'autres m'attendent… Laisse, mon pauvre enfant ; elle est bien morte, va. » Il lâcha prise, il retomba. Morte ! morte ! encore ce mot, qui sonnait comme un glas dans sa tête vide ! Quand il fut seul, il se traîna auprès du cadavre. Miette le regardait toujours. Alors il se jeta sur elle, roula sa tête sur sa gorge nue, baigna sa peau de ses larmes. Ce fut un emportement. Il posait furieusement les lèvres sur la rondeur naissante de ses seins, il lui soufflait dans un baiser toute sa flamme, toute sa vie, comme pour la ressusciter. Mais l'enfant devenait froide sous ses caresses. Il sentait ce corps inerte s'abandonner dans ses bras. Il fut pris d'épouvante ; il s'accroupit, la face bouleversée, les bras pendants, et il resta là, stupide, répétant :

« Elle est morte, mais elle me regarde ; elle ne ferme pas les yeux, elle me voit toujours. » Cette idée l'emplit d'une grande douceur. Il ne bougea plus. Il échangea avec Miette un long regard, lisant encore, dans ces yeux que la mort rendait plus profonds, les derniers regrets de l'enfant pleurant sa virginité.

Cependant, la cavalerie sabrait toujours les fuyards, dans la plaine des Nores ; les galops des chevaux, les cris des mourants, s'éloignaient, s'adoucissaient, comme une musique lointaine, apportée par l'air limpide. Silvère ne savait plus qu'on se battait. Il ne vit pas son cousin, qui remontait la pente et qui traversait de nouveau le cours. En passant, Pascal ramassa la carabine de Macquart, que Silvère avait jetée ; il la connaissait pour l'avoir vue pendue à la cheminée de tante Dide, et songeait à la sauver des mains des vainqueurs. Il était à peine entré dans l'hôtel de la Mule Blanche, où l'on avait porté un grand nombre de blessés, qu'un flot d'insurgés, chassés par la troupe comme une bande de bêtes, envahit l'esplanade. L'homme au sabre avait fui ; c'étaient les derniers contingents des campagnes que l'on traquait, Il y eut là un effroyable massacre. Le colonel Masson et le préfet, M. de Blériot, pris de pitié, ordonnèrent vainement la retraite. Les soldats, furieux, continuaient à tirer dans le tas, à clouer les fuyards contre les murailles, à coups de baïonnette. Quand ils n'eurent plus d'ennemis devant eux, ils criblèrent de balles la façade de la Mule-Blanche. Les volets partaient en éclats ; une fenêtre, laissée entrouverte, fut arrachée, avec un bruit retentissant de verre cassé. Des voix lamentables criaient à l'intérieur :

« Les prisonniers ! les prisonniers ! » Mais la troupe n'entendait pas, elle tirait toujours. On vit, à un moment, le commandant Sicardot, exaspéré, paraître sur le seuil, parler en agitant les bras. A côté de lui, le receveur particulier,

M. Peirotte, montra sa taille mince, son visage effaré. Il y eut encore une décharge. Et M. Peirotte tomba par terre, le nez en avant, comme une masse.

Silvère et Miette se regardaient. Le jeune homme était resté penché sur la morte, au milieu de la fusillade et des hurlements d'agonie, sans même tourner la tête. Il sentit seulement des hommes autour de lui, et il fut pris d'un sentiment de pudeur : il ramena les plis du drapeau rouge sur Miette, sur sa gorge nue. Puis ils continuèrent à se regarder.

cet extrait d Emile Zola(la fortune des rougon)m a frappe parce que c est une histoire d amour qui se termine tragiquement
ca me fait un peu penser a Germinal lorsque les gendarmes tirent sur la foule au Voreux et que Bebert et Lydie se font tuer ensemble
en tout cas il ma fait pleurer

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