mardi 20 novembre 2007 à 13:34
Karoui & Karoui cherche à rebondir
TUNISIE - 22 octobre 2007 - par SONIA MABROUK
Neuf mois après son démarrage en trombe, Nessma TV n’a pas encore trouvé sa place dans l’audiovisuel maghrébin. Au risque de remettre en cause le modèle de développement du groupe tunisien.
Céder 15 % du capital
la machine s’enraye. L’émission est un gouffre. Selon plusieurs sources concordantes, la Star Ac’ aurait coûté 2 millions de dinars de plus que prévu, soit 5 millions de DT (4 millions de dollars). Un différend financier oppose les producteurs à la gagnante du show, la Marocaine Hajar Adnane. Les deux parties se déchirent par voie de presse interposée. Une mauvaise publicité dont se seraient bien passés les deux frères, au moment où leurs difficultés dans l’audiovisuel sont pointées du doigt. Le programme Dar Familya, proposé pendant le mois de ramadan et qui a pour but de confronter les modes de vie de cinq familles maghrébines, est un échec. L’audience est restée bien inférieure à celle de la Star Ac’ (voir graphique page suivante). Autant dire rien, comparé à la chaîne publique tunisienne TV7 qui atteint 74 % certains jours, ou à Hannibal TV qui affiche 42 % (1 % représentant 95 000 individus ayant regardé l’une des chaînes). « Les téléspectateurs ont déserté. L’absence de programmes pendant les deux mois qui ont suivi la Star Academy Maghreb et qui ont précédé le ramadan a été fatale à Nessma TV », commente un spécialiste des médias en Tunisie. Pour couronner le tout, les annonceurs ne se bousculent pas aux portes de Nessma TV. « Nous attendons de voir comment évolue l’audience », précisent ceux que nous avons interrogés.
Le 16 octobre, les frères Karoui ont conclu avec Delta Partners Group, de Dubaï, un accord en vue de son entrée à hauteur de 15 % dans Karoui & Karoui World. Delta Partners est une société de capital-risque spécialisée dans les médias et les télécoms sur les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui gère trois fonds d’investissements dotés de 100 millions de dollars chacun. L’objectif des publicitaires tunisiens est de s’appuyer sur ce nouvel actionnaire pour renflouer les caisses et imposer Nessma TV sur un marché maghrébin de quelque 80 millions de téléspectateurs aujourd’hui, plus de 100 millions à l’horizon 2050.
L’offre est pléthorique
Mais la concurrence moyen-orientale lorgne aussi ce vaste marché. Au total, le téléspectateur maghrébin peut recevoir plus de 1 500 chaînes, dont près de 250 en arabe, grâce au satellite. Al-arabia, MBC, LBC, Future TV, Rotana et bien d’autres chaînes de la péninsule Arabique se sont développées au Maghreb, affichant des taux de pénétration de 69 % en Tunisie, 41 % en Algérie et 63 % au Maroc. Sans oublier la concurrence maghrébine, dont celle de la chaîne marocaine privée Médi 1 Sat, qui ambitionne d’être la première chaîne méditerranéenne sur le Maghreb. Face à sa liberté de parole, ses journaux télévisés en arabe et en français, ses débats et talk-shows, Nessma TV oppose aujourd’hui de la musique et des projets d’émissions de divertissement. C’est bien peu pour celle qui doit devenir, selon ses créateurs, « le TF1 du Maghreb par l’audience et le M6 du Maghreb par le contenu ». Le challenge s'annonce difficile.