dimanche 17 février 2008 à 10:34
OPINION : Parrainage ou propagande Le Vendredi 15 février 2008
Par Philippe Baumel.
http://www.creusot-infos.com/article.php?s...272&thold=0«Après la lettre de Guy Moquet dans les vestiaires de l’Equipe de France de rugby, voici la dernière idée de notre Président de la République : celle de voir confiée à chaque élève de CM2 la mémoire d’un des 11000 enfants français victimes de la Shoah.
On est abasourdi par une telle proposition. Comment souhaiter à un enfant de dix ans de s’identifier à la barbarie subie par d’autres enfants ? L’idée de faire mesurer, à dix ans, toute la cruauté nazie est à la fois inadaptée, cruelle, et excessive. Elle risque d’entrainer certains de ces jeunes vers une incompréhension, un rejet, voire un blocage qui altèrera durablement leur analyse de cette période peu glorieuse de l’histoire de l’Europe. De plus, cette proposition nie tout le travail pédagogique que les enseignants assurent dans leur rôle de médiateurs entre l’histoire et les élèves. La compréhension de faits historiques aussi cruels nécessite pour les jeunes enfants un recul que seules peuvent apporter les démarches pédagogiques propres au travail que l’enseignant dans son rôle de transmission du savoir peut assurer.
Cet étrange parrainage morbide qui est aujourd’hui proposé est à l’opposé de l’objectif recherché. L’impact psychologique sur beaucoup risque d’éloigner nos jeunes du sens profond de cette barbarie. Affectés par l’horreur et la morbidité de tels récits, comment à 10 ans peut-on envisager tous les ressorts d’un antisémitisme qui plonge ses racines dans une vision politique et idéologique pour conduire à la solution finale ?
Enfin, quel impact produira cette intrusion du politique dans les programmes de CM2, notamment lorsqu’il s’agira de familles très religieuses, catholiques ou musulmanes, quand on demandera à leur enfant d’incarner le souvenir d’un petit juif ? On peut redouter qu’une telle proposition ne fasse que nourrir le rejet, l’incompréhension et peut-être justifier des thèses que, précisément, on voulait combattre. A l’évidence, on ne joue pas impunément avec l’Histoire de France.
La mission de l’Ecole de la République c’est précisément de savoir expliquer notre passé par la pédagogie, cela dans un lieu d’indépendance et de neutralité qu’est la classe. Vouloir créer ainsi un lien affectif entre nos enfants et ceux anéantis dans les camps nazis est au mieux une bêtise, au pire une volonté de jongler avec un des drames de notre histoire pour tenter à tout prix d’innover, sans aucun souci de l’impact réel produit.
Gardons-nous de jouer avec notre histoire. Elle mérite mieux. Tirons plutôt les leçons de nos drames et, parmi elles, celle de nous garder d’actions clinquantes qui toujours conduisent au contresens et parfois même, à des catastrophes bien plus grandes encore».
Philippe Baumel
Ce message a été modifié par sandie72 - dimanche 17 février 2008 à 10:35.