Les grandes surfaces peinent à maîtriser l'inflation
LE MONDE | 21.02.08 | 11h13 • Mis à jour le 21.02.08 | 11h21A 9 heures
Les hausses de prix des matières premières agricoles enregistrées ces derniers mois, commencent à se concrétiser pour les consommateurs. Dans les rayons des grandes surfaces, les prix des produits de grande consommation ont augmenté en moyenne de 2,39 %, en janvier, après une hausse de 1,42 % au mois de décembre 2007, selon l'étude du cabinet Nielsen Panel International réalisée pour l'hebdomadaire spécialisé LSA et publiée jeudi 21 février.
Chiffres de l'inflation pour quelques produits de consommation courantePâtes alimentaires. Les prix ont augmenté en moyenne de 11,44 %, mais de 13,11 % pour les grandes marques, 12,91 % pour les marques de distributeurs (MDD) et 28,30 % pour les marques "premier prix". En décembre 2007, celles-ci avaient déjà augmenté de plus de 30 %.
Œufs. La hausse s'élève à 13,17 % (+8,44 % pour les grandes marques, +20,27 % pour les MDD et +22,10 % pour la catégorie "premier prix"). En décembre 2007, les prix avaient déjà augmenté de 21 %.
Farine et semoules. Le prix a augmenté de 6,84% (+5,29 % pour les grandes marques, +22 % pour le "premier prix" et +9,11 % pour les MDD).
Autres. Le beurre a augmenté de 8,88%, le riz de 7,35 %, le fromage de 6,81 %.
[-] fermerCes chiffres confirment la tendance enregistrée par l'Insee, qui a révélé, jeudi un record d'inflation depuis mai 1992 : en 2007, les prix à la consommation ont augmenté de 2,8 %.
Dans l'alimentation, le cabinet Nielsen souligne "une situation exceptionnelle". Jusque-là les hausses avaient été plutôt contenues jusqu'en octobre 2007 (seulement +0,07 %). Mais la forte progression du cours des matières premières et du pétrole est maintenant inexorablement répercutée dans les prix : +0,43 % en novembre, +1,42 % en décembre et donc +2,39 % en janvier.
Et le mouvement est loin d'être achevé. Depuis plusieurs mois, fournisseurs et distributeurs se livrent à un véritable rapport de force. Les premiers veulent répercuter les hausses des matières premières dans leur prix, les seconds tentent de les refuser. "Mais il y a un moment où nous ne pouvons plus rogner sur nos marges", plaide un distributeur.
"Nous ne sommes qu'au début de la répercussion de la hausse des prix des matières premières. Cela va continuer", prédit Jean-Denis Deweine, directeur de la centrale d'achat d'Auchan. Nielsen prévoit en effet un pic au mois d'avril avec une hausse moyenne de 4 %. Début janvier, Jérôme Bédier, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) avait lui annoncé une augmentation globale des prix de 3 % sur l'ensemble de 2008. Olivier Desforges, président de l'ILEC, est moins pessimiste. Il parie sur une hausse d'environ 2,5 %. Serge Papin, PDG de SystemU prévoit à la fin du premier semestre 2008, "une stabilisation des prix des grandes marques puis une baisse en septembre", grâce à la modification de la législation sur les relations commerciales entre distributeurs et fournisseurs.
Les produits à base de lait et de céréales ont été les plus touchés par les hausses. "Cela fait trois ou quatre mois que les prix agricoles font du yoyo. Il y a eu une baisse en novembre, puis une flambée en décembre, une stabilisation en janvier et de nouveau ça remonte fortement en février. Pour l'instant, nous sommes sur un plateau", constate Jacques Berger, spécialiste des prix agricoles à l'Insee.
Mais sur le blé, une accalmie pourrait bien survenir. Selon les premières indications, les conditions sont particulièrement favorables aux récoltes aux Etats-Unis, dans l'Union européenne, en Australie et dans les pays de l'Est de l'Europe. En France, les surfaces semées en blé ont augmenté de 4% à 5 millions d'hectares, un niveau record, selon les dernières estimations du ministère de l'Agriculture. Aux Etats-Unis l'effort sur l'extension des parcelles serait de 7,6 %. Dans la grande distribution, tous les formats de magasins ont répercuté les hausses dans les rayons. Dans le secteur du maxidiscompte, les prix ont bondi de 3,76% en janvier tandis qu'ils ont progressé de 2,41 % et de 2,33 % dans les hypers et les supermarchés.
Les marques de distributeurs (MDD) et les produits de catégorie "premier prix" n'ont pas été épargnés. L'impact du prix des matières premières y est plus fort, les frais de marketing étant réduits au minimum, voire inexistants.
Comment les consommateurs vont-ils réagir à ces hausses? "Nous avons déjà constaté un relatif tassement de la consommation de yaourts en janvier. En volume la consommation est négative", souligne M.Deweine. Les industriels de l'agroalimentaire savent que de trop fortes augmentations de prix pourraient avoir un effet mécanique sur la consommation de leurs produits et craignent d'être pris dans un cercle vicieux.
Toutefois, les MDD devraient profiter de cette situation car même si elles augmentent, elles restent toujours moins chères de 20% à 30% par rapport aux grandes marques. "Les yaourts U par 16 ont augmenté de 35 centimes d'euro alors que les Danone ont pris 1 euro", affirme ainsi M.Papin. Pour Michel-Edouard Leclerc, la politique inflationniste des fournisseurs "nous ouvre un boulevard. Les ventes de nos produits MDD augmentent en quantité de 5% à 12% selon les rayons. Nous avons décidé de mettre en rayon 600 nouveaux produits à la marque Leclerc".
Dans ce contexte généralisé de hausses, la promesse de Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la consommation, de générer, grâce à sa nouvelle loi, 2,5 milliards d'euros de baisses de prix sur les produits de grande consommation vendus en grandes surfaces, soit quelque 600 euros rendus par foyer, s'éloigne un peu plus chaque jour.
Nathalie Brafman
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