Friday 13 October 2006 à 15:00
The Departed aka Les Infiltrés versus Infernal Affairs.
Bon voilà, je me lançe pour créér un nouveau topic.
Il s'agit de parler de The Departed de Martin Scorcese et de sa version originelle de Honk-Kong réalisé par Andy Lau et Alan Mak...
Vous l'aurez compris, la version américaine de Scorcese est le remake de Infernal Affairs, encore un autre film asiatique que les américains en manque d'imagination nous ont balancé à leurs sauces hollywoodiennes. Les derniers remakes qui me viennent à l'esprit étant Dark Water de Walter Sallas que j'ai pas du tout aimé, mais alors pas du tout comparé à l'original japonais. Récemment, j'en ai vu un autre que j'ai assez aimé pour l'idée originale mais le jeu des acteurs le couple Sandra Bullock Keanu Reeves, autant c'était pas mal, autant cela ne faisait pas des étincelles, le film étant The Lake House, « Entre deux rives » version française contre Il Mare pour la version coréenne que je n'ai pas vue mais qui paraît bien supérieure à la version américaine si j'en crois les critiques lues sur IMDB.
Le mérite d'un remake, c'est certes de faire découvrir des films qui pour certaines raisons de distribution ou de curiosité cinéphile sont restés dans l'ombre du grand succès. Là, pour la version de Scorcese, il y a un truc qui m'a gêné.
J'ai lu la critique du film la semaine dernière le jeudi et en voyant que la critique lui avait donné
un cinq étoiles maximum, je me suis dit que cela devait forcément être très bon, qu'il ne fallait à aucun prix ne pas le rater. Je lis les premières lignes et là, dès le départ, je tombe des nues
vu que cette histoire, je la connais depuis pas mal de temps vu que cela ressemble en tout point à l'un de mes thrillers préférés, à savoir Infernal Affairs vu il y a deux ans à sa sortie en France. Je change de journal, je passe de l'Irish Independent à the Irish Times, et là bingo, superbe critique également. Je prends the Evening Herald, pareil, un consensus de malade.
Serait-ce parce que le film se déroule en Amérique au sein de la communauté irlandaise, et plus spécialement au sein de la mafia irlandaise, que les critiques irlandaises se sont mises à encenser la dernière réalisation de Scorcese, va savoir Charlie!
Vendredi, jour des sorties à Dublin, je vais donc me taper The Departed, et je resors de la projection, tout enchanté d'avoir vu le remake de l'un de mes films préférés si bien adapté.
Pourtant, il y a un truc que j'arrive mal à m'expliquer, pourquoi tant d'éloges dithyrambiques sur ce film-là quand je pense que la version originale lui est bien supérieure mais alors largement. Je viens de me refaire une séance de Infernal Affairs et mon sentiment, c'est que si il y a une version à regarder en priorité, c'est celle-ci.
Les points forts de la version de Honk-Kong : première évidence, le rythme. La version américaine dure 2H15, la version asiatique, 1H45 à tout casser.
Ce qui m'a sauté aux yeux, c'est que de par sa courte durée, le rythme de Infernal Affairs est de loin beaucoup plus soulevé que son pendant américain. Certes, la version américaine est plus longue et on peut penser que le réalisateur et le scénariste ont décidé d'apporter plus de relief aux personnages mais à mon sentiment, cela ne passe pas. Dans la version américaine, l'enfance des deux héros est mise en évidence assez brièvement alors que chez Andrew Lau et Alan Mak, on rentre direct dans le vif du sujet à l'âge adulte.
Parce que le rythme est plus soulevé, on a le sentiment que le spectateur est plus enclin à rester scotché sur son siège en se disant «qu'est ce qui va se passer ensuite ». L'intérêt en ressort mieux, le supsense ne s'en trouve que davantage renforcé.
L'usage de la technologie dans Infernal Affairs. Je trouve que le portable et ses fonctions de localisation chez les flics de Honk-Kong est bien plus mise en avant. Dans les deux versions, le portable est le petit concentré de technologie par lequel toutes les communications sont échangées, de même on nous montre tous les bienfaits de la localisation( genre triangulation je ne sais quoi) mais pour moi, la version Honk-Kong s'en sort mieux!
Les petites trouvailles qui font la force du scénario. Dans la version asiatique, le mode de communication entre le commissaire et son poulain, la taupe infiltré dans le clan mafieux, est basé sur le morse, cela apporte sans conteste un plus à l'inventivité des personnages et du scénario ; à plusieurs reprises on voit le commissaire, oreillette en fonction, le visage grave, attentif, mûrir sa décision sur la suite des opérations, et l'impression du jeu des acteurs et du suspens en prend pour de la bonne graine. Dans la version américaine, je me rappelle pas trop qu'il y avait cela(va bien falloir que je me refasse une seconde vision plus tard). De même, les deux héros qui joue au jeu du chat et de la souris, sont tous deux pourvus d'un tic, ce qui fait que chacun connaissant le tic de l'autre sans l'avoir vu, va être à même de démasquer l'autre.
Les plans de caméra: je ne suis pas un technicien de cinéma, mais il y a des plans sublimes dans la version de Lau et de Max. Les plans sur le toit de l'immeuble avec en contre-fond la grande ville et ses gratte-ciels, la manière dont se meut la caméra sur les personnages dans certaines scènes, tout cela se voit assez distinctement même pour un profane. Il en ressort un esthétisme de l'image terrible. La scène lorsque les deux personnages se rencontrent dans le magasin Musique et Sonorisation en essayant l'ampli et les enceintes est magnifique. La scène du boss de la mafia à la fin en train de courir dans le parking tout en téléphonant à son protégé, idem, le plan de caméra est atypique.
Jeu des acteurs : aussi bon dans la version américaine qu'asiatique. Mention spéciale à Nicholson, impérial en caïd de la pègre, Mark Whalberg, en bras droit du commissaire, langage brut et manières brutales, excellent. Léonard Di Caprio, superbe aussi. Seul bémol à mon sentiment, Matt Damon qui n'avait pas du tout la tronche de l'emploi en irlandais américain. Autant Di Caprio, ca passait, autant avec lui, je trouvais que la ressemblance avec un irlandais aurait pu être plus «incisive », plus marquée. La réalisation américaine est en outre plus violente, la fin est un peu trop longue à mon goût notamment la scène dans le parking entre le boss mafieux Nicholson et son protégé Matt Damon où un long échange se fait contrairement à la version originale où rien n'est dit, le spectateur est plus dans le bain car il se pose des questions qui ont leurs réponses toutes faites dans ce cas, un petit coup dur pour le suspense à mon sens.
Différence de scénario:
La relation entre la psy et la taupe dans la mafia, version américaine, prend une part de loin plus importante en durée et il n'y a pas que la durée qui compte en plus. Il y a du bon, même de l'excellent, mais j'ai trouvé que la relation entre la psy et l'infiltré dans la version asiatique jouait beaucoup plus dans la finesse et dans la subtilité. Il y a ce côté si asiatique, lent, distant.
Le script de Honk-Kong nous fait entendre que la taupe infiltrée dans la mafia a eu un passé amoureux qui à la fin prend une autre dimension. Que dalle dans la version américaine.
La fin américaine va en surprendre plus d'un. J'en dis pas plus.
Autre chose, la relation entre le flic ripoux qui travaille dans la mafia et sa femme se différencie d'avec son homologue américain. La version asiatique nous la décrit comme un écrivain. Elle planche sur un nouveau bouquin, le héros est un personnage multi-facettes. Et ce détail trouve son importance dans le film.
A noter que dans la version américaine, le scénariste a corrigé une faille dans le scénario originelle relatif à une prise de rendez-vous à un endroit précis.
Bref, tout cela pour vous dire que les deux films sont excellents mais que ma préférence va pour l'original. Comme on dit en anglais : no fake copy, the original is always the best one. Et je trouve bizarre cette façon de noter la version américaine supérieure à la version originelle de Honk-Kong.
A bon entendeur salut!
Ce message a été modifié par jabberwocky - Friday 13 October 2006 à 15:03.