mardi 24 janvier 2006 à 19:22
L'Education Nationale coûte cher à l'Etat. Il n'y a pas plusieurs solutions.
Moins d'enseignants pour des effectifs de classe identiques à ceux d'il y a 10 ans et plus. Mais des cas beaucoup plus difficiles et nombreux d'élèves agressifs et à problèmes dans les classes. Moins de postes de surveillant donc des incidents plus fréquents faute d'une vigilance adulte. Report de l'excédent de travail sur les personnels en poste : administratifs, enseignants, personnels de service.
Le tout accompagné de campagnes régulières de formatisation de la pensée des masses vis-à-vis de l'enseignement public : tout le monde sait bien que les enseignants sont des fainéants, que l'école est inadaptée, toujours en grêve (environ 2 jours par an, énorme concurrence aux grêves de la SNCF).
Bref, tout le monde est bien content, après des années de battage médiatique pour casser l'Education, de gueuler sur l'enseignement, de lui attribuer tous les maux. Mais tout le monde est bien content aussi d'y laisser ses gamins du matin au soir et pour certains d'en être débarassé en espérant que celle-ci inculquera ce que de nombreux parents ne savent plus faire ou ont peur de faire : éduquer leurs enfants.
Pour cette immense garderie - à peu près 70% d'éducation et d'apprentissage de la politesse et du respect à une foule minoritaire d'enfants sans repères parentaux, et 30% d'enseignement disciplinaire - les jours sont comptés.
Cette, jadis, grande dame, véritable institution qui formait les cerveaux de demain est sur le point de s'écrouler faisant réaliser une économie monumentale à la nation. Bien sûr, elle crée toujours autant les cerveaux de demain mais ce qui est mis en avant sont les difficultées qu'elle rencontre à gérer certains cas que l'Etat ne parvient pas à gérer lui-même.
Rendons un hommage "pré-hume" à celle qui a su faire de nous ce que nous sommes en toute gratuité. On lui a enchainé les pieds, puis les mains, essayé de lui museler la bouche mais les personnels ont une telle grande gueule qu'ils sont quand même parvenus à se faire entendre (même si leurs paroles sont régulièrement déformées). Puisque tout cela ne suffisait pas nous passons à l'amputation, méthodique, simple et simpliste. Créons des manques en personnel en ne recrutant plus et en supprimant le nombre de postes sans couvrir les départs à la retraite puis embauchons une main-d'oeuvre sous-qualifiée présentant l'avantage d'être moins coûteuse et plus malléable car ne disposant pas des droits des personnels titulaires et puis dans quelques temps, étonnons-nous de mauvais résultats issus de ce mélange qui n'a pour seul but que le nivellement par le bas.
Heureusement, un cerveau brillant se constituera toujours quelques soient les conditions extérieures. Dans une classe pleine de cancres, de bordéleurs, de glandeurs qui s'en tapent de tout et de tous, le cerveau brillant s'en prendra plein la tête, progressera certainement moins vite mais parviendra à atteindre son ampleur véritable.
L'Education telle que nous la connaissons mourra peut-être sans doute et plus tôt que nous le croyons tous mais la connaissance ne cessera jamais.
En tout cas, nous apprécions tous ce qui est fait pour lutter contre les problèmes de la société qui ont révélé au grand jour leurs côtés les plus merveilleux lors des dernières émeutes et en attendant les prochaines.
L'équation est simple :
La société va mal et les problèmes vont croissant.
Solution : Supprimons des postes.
Il faut juste savoir qu'un collège actuel a en moyenne 1,5 surveillant pour 600 élèves. (habile tactique pour pouvoir amener les enseignants à surveiller les récrés et cantines tout en façonnant la masse pour qu'on les traite de fainéants s'ils refusent et bien sûr en ne rémunérant pas ce travail supplémentaire. Il est tellement valorisant avec Bac=5, +6 ou +7 de se retrouver garde-chiourme d'une cours de récréation pour le même salaire qu'avant. Heureusement quand cette mesure sera prononcée et que les enseignants gueuleront, la masse populaire s'empressera de les traiter de fainéants qui ne branlent rien. Ce seront les mêmes qui gueuleront en constantant la dégradation des enseignements car il leur manquera les connexions cérébrales pour comprendre qu'en surchargeant le travail d'une personne, en la dévalorisant et en ne rétribuant pas ses efforts, les résultats et les performances périclitent)
Bon allez! Encore quelques années d'un bon travail de sape du système éducatif et tous ceux qui gueulent contre l'Education nationale gueuleront quand il n'existera plus que les établissements privés et qu'ils ne pourront que difficilement ou pas scolariser leur progéniture.
Ce sera le temps du "c'était mieux avant" et du "Finalement, l'enseignement public ce n'était pas si mal que cela".
Quoi qu'il en soit, ce sursaut de lucidité ne suviendra que trop tard. Protéger l'enseignement est le devoir de tous, le devoir de ceux qui aiment leurs enfants et qui refusent que l'Etat par soucis d'économie propose un enseignement de plus en plus au rabais. L'Enseignement ne peut plus se défendre seul. C'est à vous tous de vous élever pour rappeller à l'Etat ses engagements et qu'il embauche du personnel en conséquence pour mener à bien la mission qu'il doit accomplir dans le cadre d'un service public gratuit.
Bon ça donne soif d'écrire tant de conneries. Allez hop, un bon gros apéro pour faire doubler virtuellement le nombre d'enseignants.