jeudi 17 janvier 2008 à 20:43
Il avait 17 ans comme moi, il était le plus déconneur du lycée et de sa classe, c'était celui qui s'occupait le plus de moi "Fais gaffe à toi en rentrant en moto Rosy". C'était celui qui me jugeait le plus aussi, pour mon bien "tu devrais arrêter de baiser comme ça, ça t'apporte rien".
C'est celui qui me faisait pleurer au lycée tellement il m'énervait de pas me comprendre dès qu'on parlait de sexe.
Toutes les filles l'adoraient, il avait toujours une petite copine sous la main. Il avait trouvé son école post-bac. Il avait une famille qui l'aimait et qu'il aimait, il le disait des fois quand on parlait plus sérieusement.
Il allait partir dans un pays magnifique l'été.
Sa copine l'a quittée le samedi soir. Le dimanche soir il s'est jeté du pont d'Austerlitz, en avril 2007. On n'a retrouvé son corps dans la Seine que deux semaines plus tard.
On n'a jamais compris, personne.
Comme dit une copine de sa classe, qd sa petite amie nous quitte, on essaie au moins de la récupérer, c'est prématuré de se tuer 24h après.
Une de ses ex qui était ma copine à l'origine est tombée dans l'anorexie, elle est à l'hôpital depuis trois mois, interdiction de visite pendant deux mois et demi, là elle commence à avoir des heures de sortie. Je l'ai revue aujourd'hui; elle arrivait plus à manger, même pas à boire. Elle ne pouvait pas dormir car dormir demande de l'énergie, bref j'ai appris que son coeur s'était arrêté et qu'elle avait failli y passer aussi.
Ma copine de sa classe j'suis sûre qu'elle fait une dépression, elle va trop mal, elle arrive pas en cours, elle veut arrêter.
Les autres amis je les connais moins bien.
Et moi j'ai eu une période de "vide" j'arrivais plus à penser. Chute libre dans l'espace. Pleuré en cours pendant la première semaine de sa disparition, et les gens qui nous disaient "mais non il a juste fugué, t'inquiète pas il va revenir". Nous on savait qu'il était mort, on le sentait.
J'étais une des meilleurs élèves, je suis une des pires. J'ai plus su que faire dans mon avenir, moi qui le construisait scrupuleusement depuis trois ans. Petit à petit mes envies reprennent, mes espoirs. Je me bats pour retrouver la motivation au moins pour rejoindre l'école que je veux pour l'an prochain, post-bac.
Gros bordel dans ma vie. Je suis partie de tous les côtés, en couille. Puis j'ai stoppé net. Coupé les ponts pendant un mois avec mes meilleurs amis, vu un psy qui m'apporte rien directement mais indirectement si.
Les trois premiers mois j'étais dans un autre monde. J'avais conscience de rien. La mort, la vie... Quand je m'approchais du lycée j'étouffais, début de crise de spasmophilie. Il s'est passé six mois jusqu'à ce que je ne la retienne plus, début décembre j'ai crisé au milieu de la cour.
Je rêvais qu'il était dans une piscine, que je plongeais car il bougeait pas. "Alex, Alex réveille-toi, c'est pas drôle!". Je voyais sa peau boursouflée ça me donnait envie de vomir. Sa mère se tenait sur le côté et pleurait. Et tout d'un coup il était dans une armoire, je l'ouvrais, et il tombait à plat. Sans vie. Lourdement. Avec toujours ce visage que j'imaginais boursouflé par 15 jours de noyade dans l'eau.
On ne comprendra jamais. Et faut vivre avec ça. Avec la peur de l'oublier. J'ai tellement peur de ça. J'ai l'impression qu'il a jamais existé. Qu'il existe plus. Fini. Aucune trace de son passage. On l'a incinéré... moi qui déteste les tombes j'aurais voulu.
Ca va faire un an le 1er avril. Quelle blague.