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23 ans (H)
Tunisie
Wednesday 13 December 2006 à 12:20
Soufia Sadok : «La Tunisie, terre de génie»
Soufia Sadok est une artiste à part entière. Sa réussite en Tunisie était prévisible dès sa première chanson signée Mohamed Salah Haraketi. Elle a su prendre sa carrière en main et réussir là où d’autres ont vécu le naufrage absolu.
Réfléchie, elle ne laisse rien au hasard. Son ascension a été rapide et fulgurante, notamment en Orient où ses clips ont enchanté les fans, sûrs d’avoir désormais une «star» dont l’aura a dépassé les frontières.
Néanmoins, ses silences et ses absences de la scène artistique nous ont toujours intrigués. Depuis quelque temps, Soufia affiche un sourire retrouvé sur ses photos qui ornent les murs de la ville depuis le festival de Carthage où la guerre du Liban a cassé ses ambitions de présenter un gala tant attendu. Elle a dû, en effet, l’annuler par solidarité avec le peuple frère. Mais aujourd’hui, elle semble retrouver le désir de s’expliquer, de s’exprimer, de parler d’elle et de son amour infini pour la chanson et pour… la Tunisie.
«J’aime le pays comme personne ne peut l’aimer!», dit-elle dans un texte de Sghaier Ouled Ahmed mis en musique par Mohamed Mejeri. Nous la remercions pour sa disponibilité et sa franchise.
Vos débuts avec Haraketi et Ayadi ont marqué la scène artistique tunisienne. L’ascension a continué des années durant. Vous avez atteint le rang de star avec la gloire mais aussi, quelque part, l’autre face : l’absence, qui n’a que trop duré par moments. Cela a été interprété souvent de plusieurs manières. Qu’en est-il en vérité?
A mes débuts, j’ai voulu être artiste. J’ai fait un grand travail sur moi-même, accompagnée, il est vrai, de compositeurs talentueux comme Haraketi et Ayadi. Grâce à eux, j’ai concrétisé mon rêve et mes projets. Je dois mon succès à tous ceux qui ont accompagné ma réussite. Quant à mes absences, elles ne sont qu’apparentes. Je travaille beaucoup en silence pour continuer à plaire à mon public et à rechercher une incessante ascension. J’ai toujours voulu marquer mes apparitions et laisser une trace dans le répertoire musical.
On s’attend donc à ce que des nouveautés voient le jour et par conséquent à un nouveau départ?
Je sors dix nouvelles chansons répondant à divers goûts, visant ainsi un large public. Dans ce nouvel album, il y a un mariage cohérent entre le tarab et le rythmique tout en préservant le bon goût. Pour moi, chanson populaire n’est pas synonyme de médiocrité. De plus, j’ai chanté à Paris dans le cadre des festivités du 7-Novembre et à El Menzah le 26 du même mois.
Ce n’est pas la première fois que vous chantez au Zénith à Paris et à chaque fois, nous apprenons que vous emballez la foule. Avez-vous un meilleur rapport avec les Tunisiens de France?
Au Zénith, comme ailleurs, je prépare minutieusement mes galas. Ceci dit, il ne peut y avoir de succès ailleurs s’il n’y a pas de respect des spécificités authentiques. Je tiens toujours à ce que tout rayonnement à l’extérieur jaillisse de mon appartenance à mon pays.
Pensez-vous que s’imposer en Orient peut se faire avec des chansons tunisiennes au niveau du texte, de la composition et du thème sans avoir recours aux paroles égyptiennes ou libanaises?
J’estime qu’on peut le faire. Les thèmes sont universels. Ce qui change entre les pays arabes, ce sont les dialectes. Je pense que la chanson est une bonne occasion pour faire connaître les dialectes des uns auprès des autres. Dans ce cadre, ma chanson Yhabbel a été un succès et continue à l’être comme bien d’autres chansons tunisiennes à cent pour cent.
A Carthage 2006, vous avez préféré annuler votre gala «par soutien au peuple libanais frère», alors que d’autres artistes ont choisi d’exprimer leur position par leur présence, y compris certains chanteurs et chanteuses libanais. Qu’en dites-vous aujourd’hui?
Je suis fière de ma décision sans pour autant reprocher quoi que ce soit aux autres. Je profite de votre question pour donner les raisons de cette décision. Pour moi, chanter c’est être joyeux et répandre la joie. On ne peut pas chanter quand on est blessé et que le public est lui-même blessé. Un gala, c’est une communion, un enchantement commun pour l’artiste et le public ensemble. Les circonstances ont été si dramatiques au Liban que j’en avais la gorge nouée.
Etes-vous une chanteuse engagée pour certaines causes?
L’artiste engagé est celui qui fait bien son métier. L’engagement ne consiste pas à faire de l’art un discours politique. Il est l’amour d’autrui, c’est-à-dire de valeurs humaines universelles.
La mode pour des artistes de votre trempe aujourd’hui consiste à signer des contrats avec de grandes sociétés musicales. Avez-vous été sollicitée?
Cela ne me tente pas. Je suis attachée à la Tunisie et refuse d’être une employée au service des goûts d’autrui. J’aime baigner dans la foule, j’aime le grand public. Ni les clips ni les sociétés qui les produisent ne font la réussite du chanteur, à mon avis. Je ne suis pas un produit. Je suis tunisienne et fière de l’être car la Tunisie qui a produit Claudia Cardinale, Tarek Ben Ammar et bien d’autres est une terre de génie. J’espère que mes chansons sauront garantir ma postérité.
Vous êtes fière, c’est épatant. Je vous trouve aussi très méthodique. Vous ne partez jamais à l’aventure?
C’est l’un des fondements de ma réussite. J’étudie chaque pas, chaque apparition. Tout est fruit de méditation, de choix. D’ailleurs, aller trop vite, c’est perdre du temps. S’arrêter, c’est recommencer à vivre. Et quand on est pressé, il faut conduire lentement!
Vous tenez toujours à garder secrète votre vie privée?
Elle est secrète ? Non, privée, oui! De toute manière, on se marie par manque d’expérience. On divorce par manque de patience. Et on se remarie par manque de mémoire.
Comment qualifiez-vous vos relations avec vos collègues?
Très amicales avec tous les collègues, car basées sur le respect mutuel, l’entente et la coopération.
Et la presse?
Toujours le même respect. Je pense que les médias sont un facteur de base dans la réussite de l’artiste. A cette occasion, je remercie la presse écrite et les chaînes de radio et de télévision qui sont toujours à l’écoute des artistes et qui se font l’écho de la dynamique culturelle en Tunisie.
Avez-vous un manager en ce moment, comme beaucoup d’artistes?
Je préfère être mon propre manager, tout en suivant les conseils des proches.
Chez Hatem Ben Amara, sur la chaîne de Radio nationale, vous avez laissé entendre que vous participeriez à un film et à une opérette sur Carthage. Qu’en est-il au juste?
Il y a, en effet, un projet de film et un spectacle musical appelé «Carthagenna». Je vous en dirai plus en temps voulu.
Un dernier mot?
J’aime ce pays. J’aime les gens et je porte dans mon cœur un métier qui me rapproche du plus large public possible. Ma première chanson dans mes galas reste toujours celle de… la Tunisie.
-La Presse-