Sarkozy Et Le Vatican

mardi 01 janvier 2008 à 23:58
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Bonne année à tous ceux qui viendront sur ce sujet ^^

J'ai lu aujourd'hui un article très inquietant, ou plutôt une interview de Christian Terras, qui est le directeur de la revue "Golias", qui traite du discours de Sarkozy au Vatican (cela paraîtra dans le prochain numéro de Golias le 3 janvier). Son analyse m'a fait plutôt froid dans le dos, notament les citations de notre président sur la religion et l'Etat (!) censés êtres séparés depuis 1905. J'en montre certains extraits :

Dans la tradition radicale socialiste, Chirac qui était un président de droite restait frappé du bon sens de la culture traditionnelle laïque française. Même de Gaulle qui était un catholique très pratiquant ne s’était jamais risqué avec les autorités pontificales romaines ou autres autorités hexagonales à un tel mélange de genre. Jamais. De Gaulle refusait de communier par exemple parce qu’il incarnait la France dans toutes ses composantes et qu’il ne pouvait pas donner un signe ostentatoire d’adhésion à une philosophie à un credo, fusse-t-il catholique, à la nation. Il le faisait en privé. Alors que Sarkozy s’exhibe. Tout en revendiquant, dans le même discours, «la liberté ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires». Il fait allusion à l’islam et au voile islamique. Mais on pourrait se poser des questions sur ses pratiques ostentatoires présidentielles et sa vision sur la religion. Le sommet, c’est la concurrence entre l’instituteur et le curé. Je cite: «dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance». C’est inimaginable d’entendre ça dans la bouche d’un président de la République. Les enseignants, les pédagos de la laïque, engagés dans les écoles difficiles par exemple dans la banlieue où ils donnent de leur vie, de leur temps, de leur exigence familiale, vont apprécier. C’est un discours qu’il n’a pas écrit. Pas plus qu'Henri Guaino. D’après notre enquête, c’est un dominicain qui s’appelle Philippe Verlin. Il pose une vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde. Au final, Nicolas Sarkozy nous en fait une religion à l’américaine. Les communautés avant la citoyenneté, au risque de favoriser le communautarisme.»

Je ne met que le petit extrait qui m'a personnellement le plus choqué, c'est assez aberrant... Toute l'interview est là, si vous le désirez : http://contrejournal.blogs.liberation.fr/m...le-prochai.html


Que pensez-vous des extraits de ce discours et de l'excessive courbette de notre président envers l'église, ainsi que l'exhibition exagérée d'un Sarkozy voulant à tout prix montrer un attachement fort envers l'église traditionelle, voire presque radicale? Cela ne remet-il pas en question la laïcité de notre pays et de nos institution (je fais référence à son allusion et à son rapprochement succint entre instituteur et curé)? Sagit-il, celon vous, d'un nouveau pas vers le passé et la destruction de nos valeurs les plus fondamentales, ou tout simplement de banales politesses?

mercredi 02 janvier 2008 à 00:19
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Et oui !! Et rappellons nous que c'est ce meme Sarkozy qui avait accueilli Tom Cruise le Scientologue au Ministère des Finances ! Et dire qu'il a emmené Bigard chez le Pape, Bigard le roi du laché de salopes !

Il faut lire le Canard Enchainé il parle pas mal de ce déplacment au Vatican c'est édifiant !


Ce message a été modifié par carabin44 - mercredi 02 janvier 2008 à 00:20.
mercredi 02 janvier 2008 à 14:16
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ça ne me choque pas qu'un président affirme sa religion, ça se fait dans énormément de pays parfaitement laïques.
La laïcité, c'est justement de pouvoir pratiquer la religion que l'on souhaite, ça n'engage que lui et en aucune façon l'état.
Faut pas mélanger non plus !
Dans le cas de la citation que tu as mise en gras, c'est encore maladroit, mais peut contenir une part de vérité car il ne parle pas d'enseignement général, il parle de "transmission des valeurs et d'apprentissage de la différence entre le bien et le mal", de ce point de vue-là, je suis pas forcément d'accord, mais dire qu'un homme d'eglise est mieux placé qu'un prof, ça se défend.
maintenant, je suis d'accord pour dire qu'il n'aurai pas du dire ça, c'est encore une phrase de provocation à mon avis
mercredi 02 janvier 2008 à 14:21
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Personnellement cela ne me choque pas car cela cadre pil poil dans l'idéologie communautariste dont est imprégné Sarkozy!

On savait déjà que Sarkozy était très lié au CRIF et qu'il a participé à la construction du CFCM alors qu'à présent s'en réfère à l'autorité de l'église catholique c'est navrant mais ce n'est pas surprenant, cela va d'ailleurs dans le sens d'une forme d'américanisation de la société, le communautarisme étant très virulent outre Atlantique!
mercredi 02 janvier 2008 à 14:53
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Sans nom
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dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance». C’est inimaginable d’entendre ça dans la bouche d’un président de la République. Les enseignants, les pédagos de la laïque, engagés dans les écoles difficiles par exemple dans la banlieue où ils donnent de leur vie, de leur temps, de leur exigence familiale, vont apprécier.





Effectivement, j'apprecie beaucoup.
Le sacrifice dans les banlieues de lyon, marseille ou paris, c'est infiniment moins radicale que le "sacrifice" (?) de sa vie à Dieu (ce n'est pas comme ça que je percevais la foi, mais bon...).
L'engagement porté sur l'ésperance n'y est pas effectivement, je préfère me dire à quoi bon, tous des bons à rien qui finiront en prison...

Mais quelle vision étriquée de la vie...

H-Barre : Il y a une différence entre affirmer sa religion, et en faire la pub (voir le passage cité)...
Et puis, il y a une différence entre le personnage public et le personnage privé, mais je crois qu'il l'a oublié
mercredi 02 janvier 2008 à 15:38
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Ouais, presque d'accord avec tous... Mais Sarko au Vatican ... ça manque de crédibilité ...

Après être arrivé 25 minutes en retard (quasiment du jamais vu au Vatican), Nicolas Sarkozy a serré la main du Pape (après s'être assuré que les journalistes étaient là) sans s'incliner. A la fin de leur discussion, il s'est empressé de présenter les journalistes qui l'accompagnaient (une première au Vatican) : "Même pour eux, c'est pas n'importe quel voyage, ils sont impressionnés, hein ? Vous savez, ils ne sont pas toujours gentils avec moi", lui a-t-il dit avant de lui offrir trois livres dont son propre ouvrage ("La République, la Religion et l'Espérance"). Le Président a surtout frôlé la grossièreté en regardant rapidement son téléphone pendant que sa délégation saluait Benoît XVI. "De mémoire de vaticaniste, un chef d'Etat en visite officielle n'a jamais affiché aussi peu de solennité" indique Le Monde (21/12/07). La délégation qui l'accompagnait a été plus protocolaire.

Il a surtout affiché une désinvolture (limite irrespectueuse) que l'on a rarement vue au Vatican. La désinvolture aurait pu nous plaire, au fond, s'il n'avait pas tenu à réclamer en sortant, que la religion revienne au coeur de la vie de la cité... ( Mon dieu, Non !)

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://desourcesure.com/uploadv3/unelemonde.jpg&imgrefurl=http://desourcesure.com/politiqueaffaires/2007/12/le_sarkoland_envahit_le_vatica.php&h=409&w=424&sz=65&hl=fr&start=22&um=1&tbnid=qlCZUu5-w78f0M:&tbnh=122&tbnw=126&prev=/images%3Fq%3DSARKOZY%2BAU%2BVATICAN%26start%3D21%26ndsp%3D21%26svnum%3D10%26um%3D1%26hl%3Dfr%26sa%3DN

Même là, il triche et c'est clair ! Il veut tout ramener à lui ... (Bientôt il va remettre la laïcité en question) ... Mais bon, s'il ne trichait que là ce serait pas grave pour les français... mais il triche partout...




Capitalismo ! Atlantismo ! Impérialismo !


mercredi 02 janvier 2008 à 20:14
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Voici le discours intégral ( Pour les courageux ... )
Pour ma part, une remise en cause de la laîcité et la séparation état/église.... Et une inquiétante attaque de l'école publique ...

" Messieurs les Cardinaux,
Mesdames et Messieurs,
Et si vous le permettez, Chers Amis,

Permettez-moi d’adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu’il vient de présider. J’ai été sensible aux prières qu’il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l’accueil qu’il m’a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l’ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L’audience que le Saint Père m’a accordée ce matin a été pour moi un moment d’émotion et de grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l’attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l’année 2008. En tant que président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

***

En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d’honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s’est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’Etat français, j’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise.

C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas - de la conquête par Pépin le Bref, des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle, contribution morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire, contribution artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Bossuet, Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, Yves Congar, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Je veux dire que son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J’ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français, je l’affirme, n’est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, et permettez-moi de le dire, au mystère de sa conversion. Pour moi et pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j’ai vu défilé ses frères dans l’épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j’ai été touché par l’émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

***

Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie et aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action, je n’hésite pas à le dire, honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien, tout de même. C’est la cathédrale du Pape, c’est la "tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde", c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme Et c’est donc tout naturellement, comme le général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, comme Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.

***

Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, cher Max Gallo, une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, de religion, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les citoyens français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et oserais-je le dire, une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité, enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

***

Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l’avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l’avis du Pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives - que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances "qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin" pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques et ces questions essentielles n’ont rien perdu de leur pertinence, et je dirais, mais bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

"Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu’en réalité, ce n’est pas la totalité. Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre. Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance". Ou encore, comme l’écrivit Héraclite, "Si l’on n’espère pas l’inespérable, et bien, on ne le reconnaîtra pas".

Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République, les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religieux à cette aspiration fondamentale qui existe depuis que l’homme a conscience de sa destinée.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait, allez, parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes et injustes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refusant de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative, en répugnant à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique, en n’accordant aucune valeur aux diplômes de théologie, considérant qu’elle ne doit pas s’intéresser à la formation des ministres du culte.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite et surtout parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l’Europe, "le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire". A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. Mais c’est une très grande question.

Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à le leur compliquer.


Messieurs les Cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je souhaiterais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce, l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que président de la République, c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et permettez-moi de le dire à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des Droits de l’Homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale et matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu. L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction c’est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs et d’espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, écrivait "La vie attire, comme la joie". C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et par l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Je veux conclure avec lui : "L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait. L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté". Comme je comprends l’attachement du Pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos.

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

Je vous remercie."


Ce message a été modifié par ETTASOEUR - mercredi 02 janvier 2008 à 20:32.
mercredi 02 janvier 2008 à 20:34
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H-Barre
mercredi 02 janvier 2008 à 14:16
ça ne me choque pas qu'un président affirme sa religion, ça se fait dans énormément de pays parfaitement laïques.
La laïcité, c'est justement de pouvoir pratiquer la religion que l'on souhaite, ça n'engage que lui et en aucune façon l'état.
Faut pas mélanger non plus !
Dans le cas de la citation que tu as mise en gras, c'est encore maladroit, mais peut contenir une part de vérité car il ne parle pas d'enseignement général, il parle de "transmission des valeurs et d'apprentissage de la différence entre le bien et le mal", de ce point de vue-là, je suis pas forcément d'accord, mais dire qu'un homme d'eglise est mieux placé qu'un prof, ça se défend.
maintenant, je suis d'accord pour dire qu'il n'aurai pas du dire ça, c'est encore une phrase de provocation à mon avis




Ah non ca n'engage pas que lui, il n'y était pas invité à titre privé, mais au titre de président de la république Francaise ! Donc quand il parle il engage la France et les Francais !

mercredi 02 janvier 2008 à 21:06
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Saviez vous que la congrégation pour la doctrine de la Foi dans laquelle sévit efficacement le Pape, s'appelait autrefois Inquisition.

L'inquisition, le Big Brother du Moyen Age, le souffle puritain permettant de preserver les vrais valeures morales par tous les moyens... SArko Ratzinger, meme combat? Jusqu'ou iront ils pour nous proteger?
jeudi 03 janvier 2008 à 07:33
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bubuledement
mercredi 02 janvier 2008 à 21:06
Saviez vous que la congrégation pour la doctrine de la Foi dans laquelle sévit efficacement le Pape, s'appelait autrefois Inquisition.

L'inquisition, le Big Brother du Moyen Age, le souffle puritain permettant de preserver les vrais valeures morales par tous les moyens... SArko Ratzinger, meme combat? Jusqu'ou iront ils pour nous proteger?




Je ne suis pas tellement pour ramener une organisation actuelle à ce qu'elle était dans le passé quand ces évènements sont bel et bien passés (l'inquisition n'existe plus).
Si on fonctione comme ça, on doit jouer le jeu jusqu'au bout en disant que la droite, c'est des conservateurs, et qu'à la base c'est un mouvement monarchiste : la droite avant, c'était les monarchistes. Les idéaux ont quand même bien changés non?
jeudi 03 janvier 2008 à 09:15
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Vous en avez pas un peu marre d'hurler a la dictature, aux lois liberticides et au futur genocide des noirs et des arabes a chaque fois que Sarkosy bouge une oreille ?


jeudi 03 janvier 2008 à 10:19
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Fahaheel2
jeudi 03 janvier 2008 à 09:15
Vous en avez pas un peu marre d'hurler a la dictature, aux lois liberticides et au futur genocide des noirs et des arabes a chaque fois que Sarkosy bouge une oreille ?




C'est le premier sujet que j'ouvre sur Nicolas Sarkozy, si j'ai ouvert ce sujet, c'est parceque ces propos m'ont vraiment troublé. Et ne trouves-tu pas ça quelque peu deplacé?


Ce message a été modifié par MixiMace - jeudi 03 janvier 2008 à 10:20.
jeudi 03 janvier 2008 à 12:25
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carabin44
mercredi 02 janvier 2008 à 00:19
Ah non ca n'engage pas que lui, il n'y était pas invité à titre privé, mais au titre de président de la république Francaise ! Donc quand il parle il engage la France et les Francais !



je suis désolé mais non, c'est le président qui est invité, mais c'est le président qui parle de sa foi, il n'engage pas le peuple français dans sa foi, faut arreter de délirer un peu là !
jeudi 03 janvier 2008 à 20:18
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H-Barre
mercredi 02 janvier 2008 à 14:16
je suis désolé mais non, c'est le président qui est invité, mais c'est le président qui parle de sa foi, il n'engage pas le peuple français dans sa foi, faut arreter de délirer un peu là !





ah d'accord il parle au nom de la France quand ca l'arrange !! jsuis trop con moi de pas comprendre des choses aussi simples ! dry.gif



carabin44
mercredi 02 janvier 2008 à 00:19
ah d'accord il parle au nom de la France quand ca l'arrange !! jsuis trop con moi de pas comprendre des choses aussi simples ! dry.gif quand le président s'exprime à l'étranger il s'exprime au nom de la France, et le Vatican c'est uin état !



vendredi 04 janvier 2008 à 00:53
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H-Barre
mercredi 02 janvier 2008 à 14:16
je suis désolé mais non, c'est le président qui est invité, mais c'est le président qui parle de sa foi, il n'engage pas le peuple français dans sa foi, faut arreter de délirer un peu là !




Désolée mais, lorsqu'il est invité par un chef d'état dans le cadre d'un voyage d'état ou d'un voyage protocolaire... Il parle en tant que représentant du peuple ..
Et non, en tant que personne civile !
Nous vivons - encore - dans un pays laïc qui a instauré la séparation de l'église et de l'état ... Et en tant que représentant de l'état il se doit à la neutralité .. Neutralité qui est exigible à tous les représentants de l'état ( Les fonctionnaires ne doivent pas faire état de leur appartenance religieuse dans le cadre de leur fonction .. ).
La neutralité n'étant pas de refuser l'invitation d'un pontif mais bien de ne pas faire état de ses convictions personnelles ...
Il y a - délibérement - confusion entre la sphère privée et publique ...


Ce message a été modifié par ETTASOEUR - vendredi 04 janvier 2008 à 01:18.

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