Monday 18 July 2005 à 19:47
L’attentat de l’Eglise :
Le 27 février 1994, et pendant la célébration de la messe dominicale à l’église de Notre Dame de la Délivrance à Zouk une charge a explosé faisant dix morts et plusieurs blessés. L’état de choc général sombra les chrétiens de Liban dans un désarroi absolu.
Le Commandant en Chef des Forces Libanaises a tenu, le lendemain, une conférence de presse pour rappeler le droit du citoyen à la sécurité, et pour demander aux autorités officielles d’assumer leur responsabilité et leur devoir.
A partir de ce moment, une large campagne médiatique a été orchestrée et déclenchée afin d’accuser les Forces Libanaises d’être les responsables de l’horrible attentat.
Le 10 mars, l’armée établit un blocus hermétique tout autour du quartier général des Forces Libanaises, surtout pour en interdire l’accès aux journalistes et aux visiteurs (individuels ou en foule).
Le 23 mars, le gouvernement se réunit en séance exceptionnelle et décide de :
dissoudre le parti des Forces Libanaises et le déposséder de tous ses biens matériels (qui vont être confisqués et saisis par l’armée).
interdire aux médias audiovisuels toute diffusion de programmes politiques ; de journaux télévisés et de bulletins d’informations ;
Il est à signaler que ces décisions ne correspondent – évidemment – à aucune loi en vigueur, ni à aucune procédure ou aucun texte juridiques !
Comme par hasard, ces décisions précèdent et anticipent sur toutes les démarches que la justice est censée accomplir (investigation, interrogation, jugement, décision) !
Quelques heures après, Fouad Malek, ex-chef d’état - major et président du comité directeur du parti, est arrêté et détenu dans les sous- sols du ministère de la défense ; ces mêmes sous sols qu’ont connus des milliers de partisans des Forces Libanaises durant les quelques dernières années : certains en sont sortis broyés ; d’autres y sont encore, et quelques uns y ont laissé leur vie… Ces mêmes sous-sols où Samir Geagea est détenu depuis le 21avril 1994 en internement cellulaire.
Le lendemain de la prononciation du verdict innocentant le chef des Forces Libanaises de l’attentat contre l’église de Zouk, l’éditorialiste de l’Orient - Le Jour (journal libanais d’expression française, tiré à grande diffusion) écrit :
« Dès le premier instant, le bon sens populaire ne s’y est pas trompé, qui ne voyait dans l’affaire de l’église de Zouk qu’un coup monté, exploité sans vergogne à des fins politiques ; mais que pouvait-il, le simple bon sens, face à aussi redoutable machine à broyer ?
Dans ce semblant de république – pitoyable produit de quinze années de guerre fratricide, de malheurs, de souffrances et de sacrifices mêlés à de folles espérances en un Liban meilleur – Samir Geagea était devenu un anachronisme gênant, et il ne restait d’autre solution que de s’en débarrasser . Samir Geagea ne s’était jamais résigné à se taire, seule voix discordante – et parfois même menaçante – au sein d’une classe politique subjuguée, homogénéisée, enfin unifiée dans ses allégeances et obédiences, psalmodiante, bêlante. « Oh si seulement il avait accepté ce ministère d’Etat, tout aurait pu être différent » : aussi scandaleuses – et significatives – que cette benoîte confidence à laquelle se laissait aller un haut responsable sollicité par la famille de Geagea, auront été les discrètes offres de voyage multipliées en vain au leader des F.L. alors même que le piège commençait à se refermer sur lui… »
Avant de passer au chapitre suivant, où sont dénoncées les méthodes et les machinations utilisées par les services de renseignement du régime pour fabriquer « les dossiers » et extorquer des « aveux » aux détenus, il est indispensable de s’attarder sur les éléments suivants :
-L’attentat de l’église de Zouk a été à l’origine de la décision du Vatican d’annuler la visite du Pape
Jean Paul II au Liban en 1994 ; cette visite a eu lieu trois ans après.
-Les sous-sols du ministère de la défense à Yarzé n’ont jamais été un établissement pénitentiaire ou un lieu d’incarcération officiels et légaux ; une décision de la part du ministre de la défense les a baptisés tels.
-Pour confirmer le caractère exclusivement politique de l’affaire Geagea, il suffit de se rappeler que ce dernier a catégoriquement refusé d’écouter les messages qui lui ont été adressés par plusieurs hauts responsables officiels, lui « conseillant » de quitter le pays « tant que cette opportunité lui est offerte pour le moment »…
Parmi ces responsables on peut citer, à titre d’exemple, le nom de Michel Murr , vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur. De même Elias Hraoui, président de la république (à l’époque) n’a t-il pas répété à maintes reprises et solennellement, en réponse à des questions journalistiques ou politiques concernant Geagea:
« qu’est ce que vous voulez que je lui fasse … il n’a pas voulu marcher… il a refusé tous les postes ministériels qui lui avaient été proposés ? ! ».
Arrestations Massive et Illegales
1- Il est à noter tout d’abord que l’écrasante majorité des partisans des Forces Libanaises a subi l’expérience de la détention dans les sous-sols du ministère de la défense. Le traitement réservé aux détenus y varie entre les différentes sortes de torture. Les interrogatoires musclés et souvent interminables y sont menés au rythme des actes de violence et de barbarie. Les sévices physiques et psychologiques y sont régulièrement adoptés comme moyen d’extorsion d’aveux. Très souvent les forces de l’ordre agissent sans mandats d’arrêt, ou munies de mandats d’arrêt vierges à remplir selon les « besoins » et au cas par cas. Les détenus qui ont la chance d’être libérés sont obligés à signer une attestation pour s’engager à ne plus jamais exercer une activité politique quelconque.
2- Toutes les arrestations et les enquêtes préliminaires ont été menées par des agents des services de renseignement militaire, ce qui constitue en soi une infraction grave au code de la procédure pénale. L’attitude de l’autorité judiciaire complique la situation davantage, elle se contente de cautionner les activités des services militaires, non pas seulement en les couvrant, mais aussi en adoptant à la lettre la teneur des enquêtes préliminaires pour en constituer l’essence des chefs d’accusation.
En guise de démonstration, il suffit de souligner que les réquisitoires sont fondés essentiellement sur ces « aveux » et sur des faux témoignages livrés par des suspects ou des détenus.
Compte tenu des conditions de détention et des interrogatoires, on ne peut que mettre en doute ces « pièces à conviction » qui ne peuvent être que biaisées.
Amnesty International a déclaré que le gouvernement libanais avait eu recours à des arrestations politiques, des procès politiques, et des jugements politiques. Ces procès ne répondaient absolument pas aux critères internationalement reconnus en la matière. Et Amnesty International de citer le cas des Forces Libanaises et leur chef Samir Geagea en tant qu’exemple : « Durant ces procès les accusés ont livré des déclarations dans le cadre des enquêtes préliminaires ; par la suite ils ont certifié et insisté sur le fait que ces déclarations leur furent extorquées sous la torture. Le tribunal s’est refusé à donner suite à ces rétractations les traitant comme étant mensongères…Aucune instruction n’a été donnée afin de procéder à une enquête indépendante. »
Dans son rapport sur sa « mission d’enquête sur la situation des Droits de l’Homme au Liban », la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) écrit :« la commission d’enquête a été choquée d’entendre un haut magistrat du tribunal militaire commentant le dossier d’enquête relatif à l’attentat contre l’église de Zouk, désigner, avant toute arrestation, les coupables comme se trouvant parmi les chrétiens liés à Israel ». Et le rapport de la FIDH de conclure qu’ainsi « la pratique des arrestations arbitraires et de la torture semble, chaque jour, s’accroître de plus en plus et les procès politiques se multiplier ; et incontestablement, l’absence de protestation internationale ne pourra qu’encourager le gouvernement en place à glisser progressivement vers un régime de plus en plus répressif ».
« Ils commencent ici par faire pendre un homme, puis ils lui font son procès »
Monsieur de Pourceaugnac