Sunday 15 April 2007 à 12:07
Kasparov et les autres relâchés
AFP
Ces manifestations interviennent dans un contexte politique qui se tend à huit mois des législatives (décembre 2007) et un an de la présidentielle (mars 2008).
Plusieurs centaines de personnes, dont l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, ont été interpellées samedi à Moscou en tentant de se joindre à une manifestation interdite contre la politique du président Vladimir Poutine, avant d'être relâchées plus tard en soirée.
Garry Kasparov, un des dirigeants du mouvement d'opposition L'Autre Russie, a été retenu pendant cinq heures dans un commissariat avant d'être conduit devant un tribunal où il a été condamné à verser une amende de 1.000 roubles (28,5 EUR) pour participation à une marche non autorisée.
Outre Garry Kasparov, les autorités ont indiqué avoir interpellé dans la journée des "centaines de personnes" qui ont cherché à forcer des cordons de police place Pouchkine, au centre de la capitale, pour participer à une "marche du désaccord" non autorisée. Tous les manifestants ont été relâchés dans la soirée, mais devront comparaître plus tard devant un tribunal, a indiqué une avocate de M. Kasparov, Elena Kiptzer.
Garry Kasparov, qui a été relâché peu après 23H00 (19H00 GMT) samedi, n'aura vraisemblablement pas le temps de se rendre à une manifestation similaire, également interdite, prévue dimanche à la mi-journée à Saint-Pétersbourg (nord-ouest), a déclaré à l'AFP un porte-parole du Front citoyen uni que dirige l'ex-champion d'échecs. Il n'a pas été relâché plus vite "pour qu'il ne puisse pas participer à la +marche du désaccord+ à Saint-Pétersbourg", a affirmé Lioudmila Aleexeva, fondatrice du groupe Helsinki de Moscou, à l'agence Interfax.
A Saint-Pétersbourg, la police a saisi samedi soir 200.000 exemplaires d'un journal qui devait être distribué le lendemain à "marche du désaccord", a annoncé le leader du mouvement de jeunes du parti libéral Iabloko, Alexandre Chourchev. Depuis qu'il a quitté le monde des échecs en 2005, l'ancien champion, 44 ans, s'est engagé dans une opposition frontale au président Poutine.
Au total, quelque 9.000 policiers anti-émeutes et membres des forces du ministère de l'Intérieur avaient été mobilisés dans la capitale, selon les autorités. "Kasparov, Kasparov !", "La Russie sans Poutine !", "A bas le pouvoir des Tchékistes !" (les membres de l'ancêtre du KGB, la Tchéka), scandaient les manifestants, dont beaucoup portaient une rose. "Fascistes !", criait la foule en direction des forces de l'ordre.
Le mouvement L'Autre Russie a déjà organisé des "marches du désaccord" à Saint-Pétersbourg le 3 mars et Ninji-Novgorod (est) le 24 mars. Interdites par les autorités, elles se sont soldées par des dizaines d'interpellations. Ce mouvement, qui fédère une partie de l'opposition, des libéraux à l'extrême gauche radicale, dénonce une concentration croissante du pouvoir entre les mains du Kremlin, qui contrôle le Parlement, une partie de l'économie et les médias.
"Nous demandons des élections libres et non une parodie d'élections", a lancé l'ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov devant 400 personnes réunies place Tourguenev, une adresse beaucoup moins prestigieuse où le rassemblement avait été autorisé.
Ces manifestations interviennent dans un contexte politique qui se tend à huit mois des législatives (décembre 2007) et un an de la présidentielle (mars 2008). Au même moment, 200 partisans du mouvement de jeunes pro-Kremlin Molodaïa Gvardia (Jeune Garde) avaient été autorisés à se rassembler place Pouchkine pour une contre-manifestation intitulée "la marche de l'accord".
Environ 10.000 d'entre eux se sont ensuite réunis près de l'Université, en scandant "La démocratie, oui, Maïdan, non" (dans une référence à la Révolution orange pro-occidentale en Ukraine).