dimanche 18 novembre 2007 à 00:54
vendredi 16 novembre 2007 à 18:48 Néanmoins, je trouve ta question surprenante lorsque l'on écoute les dires des grévistes SNCF/RATP restant qui se radicalisent au possible ou lorsque l'on entend les revendications dans certaines AG étudiantes.
Par exemple, lorsque Sarkozy est allé voir les cheminots il y'a quelques temps nous avons pu en entendre un dire que les gouvernements avaient toujours plié face à la grogne des cheminots et que cette fois-ci se serait pareil.
Ne trouves-tu pas que ce genre de comportement correspond justement à la loi du plus fort ?
Les cheminots savent très bien qu'ils ont un pouvoir exceptionnellement important en pouvant bloquer socialement et économiquement une grande partie du territoire.
De même pour le respect ... Tu montres du doigts les collectifs s'associant pour dénoncer les grèves en demandant pourquoi le respect n'existe plus. Mais tu trouves réellement qu'en bloquant plus souvent qu'à leurs tour la vie des autres les cheminots font preuve d'exemplarité dans ce domaine ?
Les usagers, justement, aimeraient bien être traité avec ce respect et la grogne actuelle de la population face au mouvement de grève s'explique en partie là-dedans.
Bien entendu, tous les mouvements de contestations actuels ne sont pas pareil. Ceux des magistrats sont, je pense, bien mieux accepté que les autres.
Dire que les grévistes ne respectent pas la population est un sophisme. Les transports sont l’un des secteurs clé de l'économie, et il est normal de respecter les travailleurs de ce secteur. Or on menace leurs retraites, non pas parce qu’il est justifié de les revoir à la baisse où d’étendre la durée des cotisations, ce qui ne résoudrait pas grand chose, mais par médiocrité politique : la Banque centrale européenne (BCE) impose des critères d'austérité aux Etats membres de l'Union européenne, qui les poussent du coup à faire des coupes sociales pour rembourser la dette et réduire son augmentation, puisque les gouvernements se sont vus confisquer les moyens d’initier une croissance. La loi du plus fort n'est pas à critiquer chez les grévistes, qui sont dans leur bon droit, en situation de légitime défense ; ils ne défendent pas seulement leurs retraites à eux, mais le service public du transport plus généralement, qui rend un service très important à la nation (c'est ce qui ressort du désordre occasionné par les grèves). Ce qui est génant dans la loi du plus fort n’est pas le recours à la force, mais l’arbitraire qui l’accompagne.
Quant à la loi du plus fort manifestée par le gouvernement et les forces de l'ordre, il n'est que le résultat d'un choix de soumission face à des institutions bancaires supranationales. Ces dernières ont été acceptées en 1992 avec le traité de Maastricht
(cf. en particulier les articles 104 et 109) ; ce fut l’erreur, commise par le peuple. Le 29 mai 2005, les francais et les hollandais ont rejeté le Traité constitutionnel européen, probablement essentiellement parce qu’ils percoivent, confusément ou non, que la forme de l’Union européenne actuelle n’est pas adéquate pour permettre la croissance des nations. Aujourd’hui, Sarkozy veut imposer par la force le mini-traité européen, un resucé du TCE pas si mini qu’on le dit – le président
admet en privé que si à nouveau on passait par un référendum, les francais le rejetteraient encore une fois, et que les anglais en feraient autant. Encore une fois, si l’on est juste, il faut en vouloir surtout au Traité de Maastricht, car Sarkozy n’est qu’un subalterne ; de même, en vouloir à la fraction de la population qui l’a mis au pouvoir ne ferait guère avancer le schmilblick.
Mais revenons à nos grévistes. Que deviendraient la RATP et la SNCF si l’Etat se désengageait ? Croyez-vous que le privé prendrait la peine de faire tourner des bus ou des métros, toutes les 10 minutes, même pendant les heures creuses, dans des zones où il n’y a pas particulièrement de circulation, de 5h du matin à 1h du matin suivant ? Pensez-vous que ce serait jugé suffisament rentable ? Je ne pense pas que les gens se rendent bien compte de la teneur de leur discours lorsqu’ils crachent sur les grévistes et sur le rôle de l’Etat dans l’économie.
Qui est l’absent de ce faux débat sur les grèves ? Les financiers, les banquiers et les grandes familles qui orientent la vie politique. C’est vicieux : en faisant éclipser le véritable coupable, c’est-à-dire eux-mêmes, ils arrivent à monter le peuple contre l’Etat, c’est-à-dire contre lui-même.
Ne vous trompez pas de coupable, si vous êtes un minimum patriote.