jeudi 15 mai 2008 à 22:57
Je mets la sauce en entier cette fois-ci;
Société israélienne : soixante ans, trois ruptures
LE MONDE | 13.05.08 |
En soixante ans, la société israélienne s'est beaucoup transformée. L'immigration qui lui a été consubstantielle est en voie de tarissement. Israël s'est converti à une économie de marché des plus classiques. L'épreuve des tensions sociales et politiques, enfin, a été fatale à "l'homme nouveau" qui devait accompagner le développement de l'Etat juif.
Un pays fondé par les aliyas ("montées en Israël") successives.
L'Etat juif avait pour objectif de regrouper sur sa terre la plus grande partie possible de la diaspora juive. Ce but des responsables sionistes n'a été que partiellement atteint (environ 40 % des juifs de par le monde vivent aujourd'hui en Israël).
Depuis 1948, l'immigration s'est toujours faite sur un rythme irrégulier. Elle est désormais en baisse constante, passant en 2007 et, pour la première fois depuis vingt ans, sous la barre de 20 000 arrivées par an. Cette baisse s'explique par le fait que les "réservoirs" que constituaient les diasporas des pays de l'ex-Union soviétique sont aujourd'hui asséchés, alors que les diasporas juives les plus importantes (Etats-Unis, France) se caractérisent par une immigration faible et très sélective. En 2007, seuls 2 659 Français de confession juive ont ainsi décidé de s'installer en Israël.
L'accroissement constant de la population (multipliée par huit en soixante ans) repose désormais sur une fécondité variable selon les segments de population (très élevée chez les ultraorthodoxes) dont le taux au niveau national a cependant baissé de 3,9 (enfants par femme) dans les années 1950 à 2,8 en 2005. Par un effet de convergence, le taux de fécondité dans la population arabe israélienne, longtemps parmi les plus élevés au monde, a également baissé, pour s'établir à 4 enfants par femme en 2005.
Une nation imprégnée par le collectivisme.
Illustré, à l'origine, par le fonctionnement des kibboutz et par la part consacrée à l'agriculture, Israël s'est progressivement converti à l'économie de marché. Institutions initialement primordiales, l'Etat et la principale centrale syndicale, la Histadrout, se sont désengagés de l'économie. Au cours des dernières années, la part des dépenses publiques n'a cessé de diminuer, tout comme celle des dépenses sociales. L'économie israélienne est désormais très intégrée dans l'économie mondiale. Les investissements étrangers y ont d'ailleurs atteint le chiffre record de 14,3 milliards de dollars en 2006.
Cette économie se caractérise aujourd'hui par une forte croissance (5,3 % en 2007), alors que le taux de chômage s'élève en 2008 à 7,3 %. La croissance israélienne est alimentée notamment par le secteur des nouvelles technologies (plus de 10 % du PIB) qui a pris la place accordée il y a soixante ans à l'agriculture. Cette libéralisation connaît son revers : presque un quart (24, 7 %) de la population israélienne est aujourd'hui considéré comme pauvre. La pauvreté a augmenté de 20,3 % depuis 2002.
Un "homme nouveau" ancré sur son territoire.
A la création de l'Etat et en rupture avec la diaspora, le sabra (nom donné aux Israéliens nés dans le nouvel Etat) incarne l'Israélien idéal, à la fois agriculteur, combattant et laïque. Ses cohortes constituent la colonne vertébrale du Mapaï, l'ancêtre du Parti travailliste, qui monopolise le pouvoir. Ce modèle s'estompe, après la remise en cause du modèle d'intégration privilégié des années 1930 jusqu'aux années 1960 et la contestation séfarade qui trouve une traduction politique en 1977 avec la victoire du Likoud et la première alternance politique en Israël.
Dans les années 1970, après la conquête militaire de la Cisjordanie et de Gaza, le mouvement de la colonisation parvient à réincarner, dans les territoires palestiniens, l'esprit pionnier et l'idéal de "nouvelle frontière". Le processus de paix d'Oslo, à partir de 1993, a remis en cause le modèle du colon, et le retrait unilatéral de Gaza, en 2005, qui a montré la marginalisation de ce mouvement dans la société israélienne, lui a porté un coup fatal.
Parallèlement aux conflits qui ont émaillé son histoire, la conversion contrainte ou forcée d'Israël au pragmatisme a contribué à sa pérennité.
Ce message a été modifié par europe - jeudi 15 mai 2008 à 23:00.