samedi 08 septembre 2007 à 20:41
Les connaissances scientifiques ont toujours été pauvres, en France tout du moins. J'avais lu un article intéressant évoquant le concept de "troisième culture" cher à C.P. Snow. La culture générale est souvent résumée à à la culture littéraire, au sens large, et les sciences n'y jouent pas un rôle central.
"Le nom de C. P. Snow, physicien et romancier anglais né en 1905, est à jamais associé à l'idée de troisième culture. En 1959, C. P. Snow publia The two Cultures, un essai qu'il aurait pu tout aussi bien intituler: Les deux solitudes. Les deux cultures, ce sont deux groupes qui s'ignorent et souvent se détestent. D'un côté, des scientifiques de plus en plus spécialisés et distants du grand public, de l'autre les littéraires, groupe qui inclut ceux que l'on appelle les intellectuels. Au début du présent siècle du moins, ces derniers avaient, dans le monde du haut savoir, le monopole de la communication avec le grand public.
C. P. Snow appartenait à l'une et à l'autre de ces deux solitudes. À un groupe de littéraires distingués, il posa un jour la question suivante: «combien parmi vous pourraient décrire le second principe de la thermodynamique?» On lui répondit sur un ton hostile que très peu parmi eux pourraient en effet répondre à une telle question. Pour un scientifique, commenta C. P. Snow, le second principe est pourtant aussi important que les oeuvres de Shakespeare peuvent l'être pour un littéraire.
Sans doute, dans l'Angleterre de 1959, y avait-il plus de scientifiques qui connaissaient Shakespeare que de littéraires qui connaissaient le second principe. En est-il encore ainsi en Amérique à la fin du siècle? Il est à craindre hélas! que l'ignorance de la culture opposée soit la même de part et d'autre.
Dans un second essai, paru en 1963, C.P.Snow - était-il devenu optimiste?- soutint qu'une troisième culture, synthèse des deux précédentes, allait bientôt émerger. Il l'appela tout simplement la troisième culture.
Jadis un universitaire était, cela allait de soi, un être universel. George Boole, le mathématicien anglais à qui nous devons la syntaxe des ordinateurs, connaissait parfaitement bien le grec ancien, il lisait Dante dans le texte italien et il était lui-même poète à ses heures. Pasteur était peintre, Poincaré écrivait aussi bien que Renan. Inversement, les littéraires, en dépit du courant romantique, connaissaient la science. Tolstoï connaissait et comprenait le calcul infinitésimal comme le montrent certaines pages de Guerre et Paix, Victor Hugo a inondé ses oeuvres de notations prouvant qu'il avait une étonnante connaissance de la science de son époque comme de celle du passé.
Quand, comment et pourquoi le fossé s'est-il creusé? Nous laisserons cette passionnante question sans réponse pour nous attarder à l'avenir tel que prophétisé par C. P. Snow. Cet avenir, selon certains, c'est le présent."
Mais pour "rassurer" les scientifiques, la culture littéraire des jeunes s'effondre également, donc...