Friday 02 May 2008 à 02:55
Le "monstre" J. Fritzl... le démon, le satan, l'h***** J. Fritzl, pendant qu'on y est, pour être bien sûr qu'on restera objectifs et mesurés. Hop, ça y est, ce n'est plus un humain, il ne peut pas s'être passé des choses dans sa tête, c'est intrinsèquement sa nature qui n'est pas humaine. Regardez, cet homme-là, c'est le Mal, tuons le pour éradiquer le Mal! Comportement d'adolescent qui n'a jamais rien vu, qui va a macdo bouffer des bigmacs, mais qui ne supporte pas l'idée que des animaux soient tués pour devenir des steaks, tout en défendant l'avortement. Bref, vision distordue de la morale et de la vie, réduit à des schèmes simplistes, irrationnels, liée à une sensiblerie de l'immédiat et du proche.
Je ne défends pas ce Fritzl, mais je ne vois absolument aucun intérêt à le faire mourir, ni même à l'enfermer. Il n'y a aucun risque qu'il recommence, car la situation qui a permis la mise en place de cette horreur ne peut pas se reproduire, donc pas la nécessité d'euthanasier comme les tueurs ou violeurs pulsionnels, qui sont socialement un danger tant qu'ils sont vivants, et qui n'ont même pas conscience de leurs actes (ce qui pour moi est le pire, car c'est quelqu'un qu'on ne peut pas corriger; ce n'est pas un pauvre irresponsable, c'est un danger permanent pour tous les autres individus). Et quel serait le sens d'un enfermement judiciaire classique, par rapport à ce que lui a fait subir?
Cela n'a pas été précisé sur ce topic jusqu'à présent, mais l'affaire a été découverte suite à l'hospitalisation du plus âgé des enfants. Autant ce Fritzl pouvait supporter de brûler le cadavre du bébé presque mort né (mais les avorteurs en sont presque au même point, pas de leçons de morale à faire là dessus), autant voir mourir une personne qu'il a connu, certainement aimé, même si c'est d'une manière contre-nature, malsaine et perverse, et se débarrasser du cadavre ne lui était pas supportable. Personnellement, je crois qu'il a "juste" complètement pété un câble. Il y avait de la minutie, de l'attention dans ce qu'il faisait endurer à cette "famille", il les maintenait en vie, et ne les brimait manifestement pas affreusement "en plus" de l'enfermement. Ce n'était pas un maniaque. Pendant un instant, sa conscience, sa raison se sont déconnectés, et ce n'est pas la vie moderne et la grande morale qu'elle transporte qui l'empêchent, mais il n'a jamais voulu désavouer lui-même sa propre folie.
Alors il a continuer, pour ne jamais avoir à affronter la question du repentir, de la responsabilité, c'est devenue sa normalité. C'est un fusible qu'on a dans la tête pour empêcher de devenir fou: on modifie notre perception, notre échelle du tolérable, quitte à faire des horreurs. Un paysan qui égorge un cochon, le laissant se vider pendant un quart d'heure, alors qu'il hurle à la mort, n'est-ce pas là un acte d'un grande cruauté, dans l'absolu? Si, et pourtant lui ne le perçois pas comme cela, et aucun paysan, et quand on a du porc dans son assiette, délicieusement préparé, on en oublie un peu les cris d'agonie. Voila comment on peu s'adapter à presque n'importe quelle situation, même les plus insupportable. Une fois installé, Fritzl a préféré la perpétué, c'était le plus simple. Renseignez-vous un peu sur l'expérience de Milgram, ça fait froid dans le dos, et ça donne à réfléchir sur soi-même, et la nature humaine en général.
Ce qui compte, l'unique chose, c'est les victimes. Faire du mal à leur bourreau ne sert à rien, ni à eux, ni à lui, ni à la société. Je considère que la situation de ces enfants est intéressante, scientifiquement, mais humainement, moralement, comment les traiter? Pour les plus jeunes, une socialisation est encore possible, mais pour la plus âgée (19 ans), celle qui a été hospitalisée, que faire? Mais peut-être que "l'ordre des choses" règlera le problème de lui-même, peut-être qu'elle se meurt de n'avoir pas grandi et vécu comme il est nécessaire pour un humain. Pour ceux qui s'en sortent, je ne pense pas que vouloir une "normalisation" soit une solution. Peut-être une ouverture progressive, avec l'apparition petit à petit de "nouveaux personnages" et de nouvelles pièces dans leur monde fermé, puis la radio 10 minutes par jour, etc, mais penser qu'ils s'intégreront comme cela est une erreur. Le jugement des autres, la pitié, la condescendance, les moqueries de leurs camarades, voilà des choses auxquels ils n'ont jamais été exposé, et qu'il ne supporteraient peut-être pas.
Pour la mère, ça va être le ré-apprentissage de la vie. Il va falloir qu'elle remise ces 24 années, qu'elle les accepte, et vive avec. Il me paraît absolument, totalement indispensable qu'elle reste avec ses enfants, qui sont sa raison de vivre à n'en pas douter, et qu'eux restent avec elle, car elle est le seul bien qu'ils aient jamais connu. Elle va devoir retrouver des repères dans ce monde, et de toute façon une aide illimitée et inconditionnelle de l'Etat, seule force qui pourrait faire en sorte qu'elle commence déjà par retrouver un travail, élément fortement structurateur de la vie, qui donne des objectifs, mais qui soit faisable à domicile. C'est par elle, qui a déjà une forte expérience de la vie "normale" en société, que les enfants pourront se retrouver. D'où l'importance des soins qu'il faut porter à la mère. Mais surtout, surtout, que son entourage s'abstienne toujours de porter en sa présence des jugements sur ce qui s'est passé, car qu'on le veuille ou non, il va bien falloir qu'elle l'intègre en elle, et si tout le monde passe son temps à lui répéter "Mais c'est vraiment horrible ce qui t'est arrivé", comment pourrait-elle voir l'avenir avec un minimum d'espoir et de confiance? Il faut tout faire pour que ses efforts se tournent vers un meilleur futur que sur un horrible passé, la culture du désespoir et de la mort n'entraine que le désespoir et la mort, et il me semble pouvoir dire sans trop me tromper qu'elle en a déjà bien assez eu pour cette vie là.
Quand au "père", laissons le, Dieu en fera ce qu'il voudra.