Tuesday 20 June 2006 à 14:07
De Mike Davis encore, un petit livre (un peu moins de 150 pages) publié aux éditions Allia, au-delà de Blade runner, Los Angeles et l'imagination du désastre.
Davis y reparle, après City of quartz, de Los Angeles, et, après avoir expliqué en quoi la vision post-apocalyptique de la ville en 2019 donnée dans le film de Ridley Scott ne réprésente "pas tant le futur d'une ville que les rêveries du passé" (rien de neuf par rapport au Métropolis de Fritz Lang, lui-même inspiré du futurisme architectural américain de la même époque), entreprend de "pousser jusqu'à leur terme logique les tendances au désastre aujourd'hui à l'oeuvre", notamment la création des "districts de contrôle social", la "militarisation du paysage", les formes nouvelles du Panoptique benthamien, l'écologie urabinistique de la peur (Au-delà de Blade Runner est en fait un chapitre d'un ouvrage plus vaste, Ecology of fear, 1998, non traduit en Français), le tout ayant comme visée plus ou moins explicite de réguler l'état permanent de "guerre sociale de faible intensité" que connait Los Angeles.
Une part non négligeable de l'ouvrage est constituée par le retour sur les émeutes de 1992, que Davis analyse davantage comme des "émeute[s] du pain postmoderne[s]" que comme des émeutes ethniques, ainsi que sur la critique du Los Angeles Police Department, déjà entreprise dans [/I]City of Quartz[I], et qui n'avait à l'époque sans doute pas été pour rien dans le fait que dans certains milieux conservateurs, Mike Davis, qui se réclame d'Adorno, Engels, Braudel, ait été qualifié "d'intellectuel organique des gangs" de Los Angeles.