vendredi 21 juillet 2006 à 15:47
Le syndrome chinoisSerge Truffaut
Édition du vendredi 21 juillet 2006
Chine (République populaire) (Pays), pib, croissance
Alors qu'il y a un an la vive croissance de l'économie chinoise était saluée partout, la rapidité avec laquelle le dragon chinois progresse suscite aujourd'hui de sérieuses inquiétudes. À tel point que certains évoquent le spectre de la récession pour l'an prochain.
Cette semaine, on a appris que l'accélération de l'économie chinoise avait pris des proportions considérables : le PIB a augmenté de plus de 11 % au cours du deuxième trimestre. Ce rythme de croissance, jugé intenable par plus d'un expert ès chiffres, résulte en grande partie d'une culture pouvant se résumer en un mot : investissement. Les entrepreneurs chinois, sans oublier évidemment les étrangers, réinvestissent massivement leurs bénéfices.
Cet aspect du dossier mérite qu'on s'y arrête quelque peu. Afin d'encourager un déploiement constant de l'activité économique, les autorités chinoises concernées poursuivent une politique de bas taux d'intérêt et d'encouragement à l'investissement qui se traduit dans les faits par une taxation de l'épargne, pour ne prendre que cet exemple. En somme, tout a été conçu pour que la circulation des capitaux soit incessante.
Ces jours-ci, cette réinjection permanente des profits dans la machine économique constitue un problème d'autant plus aigu qu'il se combine avec une hausse trop marquée des liquidités ainsi que du crédit. L'épargne étant découragée, l'inventaire des crédits accordés ne cesse de gonfler. À cela, il faut ajouter une réserve de devises étrangères si considérable qu'elle est jugée inquiétante par les dirigeants chinois.
Actuellement, et c'est vrai depuis le début de l'année, la Chine est confrontée à un emballement qu'elle n'arrive pas à maîtriser, malgré les mesures adoptées pour favoriser un ralentissement. Par exemple, les banques sont désormais dans l'obligation de constituer des réserves plus importantes qu'hier. En agissant de la sorte, le gouvernement espérait notamment que l'économie reposerait moins sur l'activité d'investissement et davantage sur la consommation. Cela ne s'est pas produit.
Toujours est-il que le modèle chinois agace passablement les États-Unis et l'Union européenne. Car il a ceci de pernicieux qu'il est en quelque sorte un manufacturier de déficits commerciaux ayant atteint des proportions si imposantes qu'elles pourraient écorner sérieusement le dollar américain.
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Aux États-Unis, comme d'ailleurs au Canada, on craint une disparition des pressions déflationnistes made in China qui tempéraient quelque peu les pressions inflationnistes observées sur les fronts de l'énergie et de l'immobilier. Au cours des derniers mois, on a noté une certaine hausse des coûts de production attribuable surtout à une amélioration des conditions de travail des employés.
Par contre, l'impact de ce phénomène ne devrait pas être aussi dommageable que l'appréhendent certains. En effet, on a calculé qu'il fallait créer de 15 à 20 millions d'emplois par année pour éviter une crise sociale majeure dans un pays comptant des dizaines de millions de chômeurs. Il faudra une génération au moins avant d'absorber cette armée de réserve. Ce n'est donc pas demain que les prix des vêtements, des électroménagers et autres produits made in China qu'on achète de ce côté-ci du globe vont se conjuguer avec inflation.
En Europe, plus précisément en Italie, au Portugal, en Pologne, en Hongrie et en République tchèque, les peurs sont différentes. Après le choc qu'ont eu sur le textile les bas coûts de production ayant cours en Chine, on redoute que les biens fabriqués à Pékin et ailleurs, toujours à moindre coût, endommagent sérieusement d'autres secteurs.
Cela paraîtra étrange de prime abord mais, selon certains observateurs aguerris, les défis auxquels la Chine et ses partenaires commerciaux sont confrontés seraient réduits à trois fois rien si Pékin se décidait enfin à mener une véritable lutte contre la corruption. Difficiles à quantifier, les coûts de ce fléau se chiffrent, dit-on, en milliards.
Cela étant, ici et là on constate qu'il y a actuellement six bulles financières : l'immobilier en Amérique du nord, les prix des matières premières, les marchés de l'énergie, l'inflation, le dollar US et la Chine. Espérons que cette dernière n'éclatera pas. Si cela arrivait, nous aurions une récession sur les bras.
http://www.ledevoir.com/2006/07/21/114172.html?347