Un article intéressant et plutôt neutre sur ce qui s'ets passé depuis une semaine:
Il vient de l'hebdomadaire "Magazine":
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Le bâton américain remplace la carotte française
Ultime forcing
Le débat politique semble être revenu un an en arrière. On reparle maintenant du tiers de blocage au Parlement, et on découvre que c'est là le véritable obstacle qui retarde l'élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République. Face à l'intransigeance de l'opposition, les Etats-Unis ont repris la gestion directe de la crise libanaise, confiée pendant deux mois à la France. Retour à la politique du bâton après un court intermède pour la carotte.La séance de l'élection présidentielle, programmée le lundi 17 décembre, a subi le même sort que les huit précédentes. Malgré la présence au Parlement de 111 députés sur un total de 127, le président Nabih Berry a annoncé son report, de concert avec plusieurs chefs de blocs parlementaires et députés. Le prochain rendez-vous a été fixé au 22 décembre. Pourtant, la veille du scrutin, un vent d'optimisme avait soufflé sur Beyrouth en provenance de l'étranger qui augurait un dénouement heureux à la crise. Plusieurs responsables arabes et étrangers avaient participé à ces négociations de haut niveau, dont un contact essentiel entre le président français, Nicolas Sarkozy, et son homologue syrien, Bachar el-Assad. Celui-ci, d'après les informations qui ont filtré, a promis de faciliter la tenue de l'élection en invitant ses alliés à le faire...
Pourquoi l'élection a-t-elle encore une fois été reportée?
Dans les rangs de la majorité, on rapporte que les positions restent inchangées et que rien ne porte à l'optimisme. Ceux qui parlent de climat positif et de décrispation cherchent à jeter de la poudre aux yeux, à dérouter la population et à rejeter la responsabilité du blocage sur le camp adverse.
La question de l'amendement constitutionnel, qui faisait l'objet d'une querelle entre les deux camps antagonistes, avait été réglée de façon à ne pas y impliquer le gouvernement considéré illégitime par l'opposition. Le scénario prévoyait la présentation par un nombre de députés d'une pétition stipulant l'invalidité des délais constitutionnels après le vide institutionnel du 24 novembre, ce qui signifie que l'alinéa III de l'article 49 est devenu inapplicable depuis. Celui-ci stipule qu'un fonctionnaire de la première catégorie qui désire se porter candidat à la présidence de la République doit avoir quitté son poste deux ans auparavant. Mais cette formule a été rejetée par les membres du Bloc du Changement et de la Réforme, de même que par les Forces libanaises et les chrétiens du 14 mars qui l'ont qualifiée d'hérésie constitutionnelle. Certains constitutionnalistes lui ont porté le coup de grâce en la considérant anticonstitutionnelle.
Voilà pour ce qui est de l'aspect technique. Au chapitre politique, on a découvert que les divergences étaient au point mort depuis le 11 novembre 2006, date à laquelle les ministres de l'opposition ont rendu leur tablier. Le conflit politique étant lourd, complexe et diversifié, la majorité estime qu'il faut parer au plus urgent et donner la priorité à l'accession d'un président au pouvoir, quitte à négocier les affaires d'ordre politique à une étape ultérieure. L'opposition, en revanche, a conditionné sa participation à la séance électorale par une entente sur un package global après que le secrétaire général adjoint du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, a invité la majorité à négocier avec le chef du CPL qui détient le forfait proposé et qui a été mandaté par l'opposition pour parler en son nom. Le Mouvement du 14 mars a vite réagi soulignant que le mandat accordé à M. Aoun n'est qu'une tentative de plus visant au torpillage de l'entente... Les accusations et contre-accusations ont, alors, repris de plus belle, l'opposition pointant du doigt le camp adverse «qui ne respecte pas les accords conclus avec le président Nabih Berry en présence du ministre français Bernard Kouchner à Aïn al-Tiné», la majorité s'insurgeant pour rappeler que l'entente portait sur trois points:
-Amendement constitutionnel pour élire le général Michel Sleimane à la tête de la République.
-Formation d'un Cabinet d'union nationale via les mécanismes constitutionnels.
-L'adoption d'une nouvelle loi électorale (basée en principe sur le caza, sans que cela soit littéralement formulé).
Débat arithmétique
C'est la deuxième clause, donc, qui est sujette à querelle. Au moment où l'opposition dénonce l'autre bord l'accusant d'avoir saboté le règlement, en renonçant à l'équation 17/13 et en refusant de lui concéder le tiers de blocage, la majorité affirme que tous ces détails n'ont pas été abordés, parce qu'il est insensé de répartir les portefeuilles en faisant abstraction du quota qui revient au président de la République. D'où la polémique virulente qui a opposé les députés du bloc de M. Berry à ceux du courant du Moustaqbal. Que s'est-il alors passé dans les coulisses du Parlement, lundi passé?
Le député Walid Joumblatt a essayé d'endosser le rôle du pompier en tentant de calmer le jeu et d'amener le président de l'Assemblée et le député Hariri à renouer le dialogue rompu. Dès le début de la réunion qui a eu lieu entre les trois pôles dans le bureau du chef du Parlement, ce dernier a interrogé le leader de la majorité sur les raisons qui l'ont poussé à faire fi de l'accord intervenu en présence du ministre Kouchner. M. Hariri a rappelé qu'il avait été convenu de débattre des détails de la répartition des portefeuilles entre majorité et opposition après la tenue du scrutin présidentiel. M. Berry a alors pris contact avec le député membre du bloc du général Aoun, Ibrahim Kanaan, pour l'inviter à se joindre à la rencontre, puisque l'opposition a mandaté le chef du CPL pour négocier en son nom. Ce fut, alors, le début d'un marchandage arithmétique stérile sur la distribution des quotes-parts au sein du futur Cabinet, l'équation 13/17 constituant une constante pour l'opposition. Lorsque M. Hariri a soulevé la question de la portion qui reviendrait au chef de l'Etat, M. Berry a proposé de lui adjuger cinq ministres dont trois déduits de la part de la majorité et deux de celle de l'opposition. M. Hariri a avancé une autre équation qui accorderait sept ministres au président de la République, dix à l'opposition et treize à la majorité. Ainsi, la majorité ne disposerait-elle pas des 2/3 et, parallèlement, l'opposition n'obtiendrait pas le tiers de blocage. La décision du chef de l'Etat fera pencher la balance et il retrouvera ainsi son rôle d'arbitre. «De toute façon, a rétorqué M. Berry peu convaincu, il va vous falloir négocier avec le général Aoun qui est habilité à parler au nom de l'opposition.» A l'heure où le général invitait les ténors du 14 mars à entamer des négociations, parce que «le dénouement de la crise passe par Rabié», ces derniers ont, tout de suite, rejeté l'offre et le ministre Marwan Hamadé a été jusqu'à déclarer que le document d'entente qui se trouve dans la poche de M. Aoun est d'origine syrienne et que le véritable négociateur n'est autre que Bachar el-Assad. Résultat: pas d'accord, pas d'élection.
Certains observateurs estiment que la persistance des tiraillements reflète les divergences internationales-régionales, en ce sens que la discorde syro-américaine n'a pas encore été enterrée, malgré la participation de Damas à la conférence d'Annapolis. Sur un autre plan, on observe que les relations irano-syriennes connaissent une phase de tiédeur à cause, justement, de la présence syrienne à Annapolis, sans oublier que le contentieux irano-américain sur le nucléaire est loin d'avoir été réglé... Au milieu de ces tempêtes qui l'entourent, le Liban continue à servir de boîte aux lettres et de théâtre à toutes ces forces externes qui s'adonnent à un bras de fer vigoureux sur son territoire.
Dans ce climat pour le moins houleux, le secrétaire d'Etat adjoint aux Affaires du Moyen-Orient américain, David Welch, en tournée dans la région, a subitement débarqué à Beyrouth dépêché par le président George Bush et la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, pour apporter l'appui de l'Administration américaine à la majorité et, en particulier, aux chrétiens. Le responsable américain s'est d'abord rendu à Bkerké pour lui confirmer le soutien de son pays aux chrétiens du Liban et de lui assurer qu'une entente avec la Syrie au détriment du Liban n'était pas à l'ordre du jour. M. Welch a aussi appelé à l'accélération du processus électoral pour combler le vide à la première magistrature. L'opposition n'a pas apprécié. Elle a estimé que M. Welch a voulu faire de la provocation, surtout que, malgré ses discours de bonnes intentions, il a fait abstraction du chef du plus large bloc parlementaire chrétien. M. Welch, aux dires de l'opposition, est venu jeter de l'huile sur le feu et approfondir le fossé qui sépare les deux coalitions.
Interventions à la pelle
La visite de l'adjoint de Condoleezza Rice est intervenue à un moment où les tractations s'intensifiaient dans plus d'une capitale arabe, avec Damas pour pivot: le Premier ministre turc, Recep Tayyib Erdogan, a tenté une médiation entre la capitale syrienne et des courants politiques libanais, le roi Abdallah de Jordanie s'est activé, quant à lui, sur le front syro-saoudien, tout comme Le Caire, mais toutes ces initiatives se sont soldées par un fiasco et par l'annulation d'un sommet prévu au Caire, puis transféré à Riyad, et qui devait regrouper les rois et chefs d'Etat de l'Arabie, la Jordanie, l'Egypte, la Syrie et la Palestine. C'est que l'Arabie avait posé une condition au renouement du dialogue avec Damas: le déroulement du scrutin présidentiel au Liban. Les efforts déployés pour faciliter l'élection se sont heurtés à une fin de non-recevoir de la part de Damas qui a renvoyé la balle dans le camp des chrétiens du Liban, qui n'arrivent pas à s'accorder.
Pendant que les Arabes poursuivaient leurs efforts, les autorités syriennes ont fait savoir, par la voix du vice-président, Farouk Chareh, que leur pays a accompli son devoir et que le problème au Liban est dû à une lutte entre certaines forces politiques et les alliés de Damas, qui sont aujourd'hui plus puissants et qui réclament un pacte politique.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, qui avait planifié une visite à Damas et à Beyrouth, a finalement changé d'avis, après avoir senti que la conjoncture n'avait pas atteint la maturité nécessaire.
Du côté des Français, le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, à l'issue de sa septième visite au Liban, avait émis le souhait de voir les Libanais parvenir à une entente. Paris ne s'est pourtant pas croisé les bras; il a encore tenté une ouverture à l'égard de Damas, puisque le président Sarkozy a téléphoné au président el-Assad qui s'est «engagé» à faire tout son possible pour favoriser la tenue de la séance, après que la France s'est excusée de recevoir le ministre des Affaires étrangères, Walid Moallem, dans le cadre de la Conférence des pays donateurs en faveur de la Palestine. L'Italie, par le biais de son Premier ministre, ainsi que d'autres responsables européens se sont également mis de la partie pour solliciter l'aide de Damas sur le dossier de la présidentielle.
Malgré tous les avantages qui lui ont été miroités, Damas n'a pas respecté ses promesses. D'après un diplomate occidental, les responsables français préfèrent négocier les dossiers régionaux avec «le haut de la pyramide», c'est-à-dire avec les Etats-Unis; ils estiment qu'il est bon de s'accorder sur les dossiers irakien et palestinien et de reconnaître le rôle régional de Damas sans chercher à le marginaliser ou à l'ignorer. Dans cette perspective, les Syriens seront prêts à satisfaire les requêtes européennes par rapport au Liban et la question du litige inter-chrétien serait, alors, confiée aux Européens. C'est ce qui explique pourquoi l'opposition s'est dépêchée de retirer le mandat des négociations des mains du président Berry pour le livrer au général Aoun. David Welch, quant à lui, est réapparu, mardi 18, à Beyrouth, soit deux jours après son départ. Il était accompagné du vice-président du Conseil national de sécurité, Elliot Abrams. Les deux hommes ont, à nouveau, rencontré le député Saad Hariri, le Premier ministre Siniora, le président de la Chambre, Nabih Berry, et plusieurs autres parlementaires... M. Welch a, une fois de plus en l'espace de 48 heures, tenu des propos durs à l'égard des «forces extérieures» qui torpillent la tenue des élections et réaffirmé le soutien de son pays au Cabinet de M. Siniora. Son retour a été interprété par les analystes comme un signe de la fin du mandat accordé par les Etats-Unis à la France pour gérer le dossier libanais.
Reste à savoir quelles sont les chances de succès de la dixième séance prévue le samedi 22?Existe-t-il de nouvelles données qui laissent présager qu'un meilleur sort lui sera réservé? L'opposition et ses alliés régionaux ne sont pas pressés, semble-t-il, et préfèrent remettre l'échéance au printemps prochain, misant sur des mutations susceptibles de renverser l'équilibre des forces au Liban et dans la région, et aussi, sur le début de la campagne électorale présidentielle américaine qui paralysera l'Administration actuelle.