jeudi 10 avril 2008 à 14:49 Si l'alimentaire flambe, je ne pense pas que la spéculation en soit la cause première. Pour moi la production augmente trop faiblement pour le marché (chinois et indien). Stagnation de l'offre et hausse de la demande = augmentation des prix
Il faut juste attendre que le marché s'adapte.
Pour la première partie, j ai effacé puisqu'on est d' accord (woaw ! Pour une fois.

)
Pour ce qui est de la seconde, je pensais comme toi jusqu'à ce matin l'ITW dont je t' ai parlé. C'est vrai qu'il n' y a pas que la spéculation. il faut aussi prendre en considération le biocarburant (j' ai appris qu'avec un plein d 'une bagnole aux Etats-Unis - donc je suppose tout de même un gros plein), un enfant aurait sa ration de maïs pour UNE ANNEE ! Les biocarburants ne semblent donc pas être la solution de l' avenir. Cependant, Jean Ziegler (rapporteur spécial pour l' ONU du droit à l' alimentation) cela n' influe que peu malgré cela mais A CAUSE de cela, il y a une énorme spéculation. Je viens d' aller faire quelques courses et je n' ai pas trouvé le bouquin. Dès que j' irai à la FNAC (qui est au centre ville donc je n' y vais pas souvent) je le prendrai. Il y a cependant moyen de réécouter l'ITW en podcast.
Voici un extrait de son ITW: (JPJ c' est le journaliste)
JPJA : Est-ce que nous vivons pour le moment, une réelle pénurie, qui engendre dans la loi de l'offre et de la demande, une augmentation des prix, ou est-ce que nous vivons une période de spéculations ?
- Les raisons, pour cette flambée des prix incroyable… le riz, par exemple : la tonne est à plus de 500 dollars… a doublé. Le blé et certains types de céréales, ont augmenté de 83% en 6 mois. Cette flambée extraordinaire de prix a différentes raisons. D'abord, il y a la spéculation financière, puisqu'avec la crise financière, les spéculateurs, les fonds notamment et les fonds mondiaux, qui dominent la bourse des matières premières agricoles de Chicago, parce que c'est là que se négocient, jour après jour, heure après heure, dans les journées d'ouverture, les prix pour le monde entier, pour les aliments de base : du mil au riz, du maïs au blé etc… Et bien, ces spéculateurs internationaux ont découvert ce qu'on appelle, les matières premières, les matières premières agricoles et spéculent d'une façon tout à fait effrénée, ce qui fait exploser les prix. La deuxième raison, c'est bien sûr, les agro-carburants. L'année dernière, les Etats-Unis ont (je prends un exemple rapidement, puisqu'on n'a pas beaucoup de temps : 138 millions de tonnes de maïs brûlés, du maïs… 138 millions de tonnes, pour faire du bio-agro-combustible). Or, si vous remplissez, si vous avez une voiture qui fonctionne au bioéthanol… si vous remplissez 50 litres de bioéthanol dans le tank de votre voiture, vous brûlez 352 kilos de maïs… 352 kilos de maïs… un enfant mexicain où on sait bien que le maïs est l'aliment de base, peut vivre pendant une année. Alors, les agro-carburants, évidemment, qui sont criminels dans cette situation actuelle, bien qu'on peut trouver des arguments et des ??? qui sont un crime contre les affamés, ces agro-carburants se développent extraordinairement, rapidement, notamment aux Etats-Unis, au Brésil, mais notamment, selon la volonté de la Commission européenne en Europe.
JPJA : En Belgique, en autre, avec une usine qui est en cours d'ouverture, en région liégeoise, du côté de Wanze, pour la citer. Mais est-ce que vous pensez que ce qu'on est en train de vivre, Jean Ziegler, c'est l'hypothèse que j'émettais tout à l'heure. Est-ce qu'on n'est pas en train de voir les spéculateurs de l'or noir, spéculer maintenant sur le blé, sur le maïs, sur le riz, de la même manière. C'est-à-dire avec une loi de l'offre et de la demande, des fonds de placement, vous l'avez déjà dit, qui implique que finalement, le prix que l'on paie n'a rien à voir avec le prix réel ?
- Non ! C'est un prix boursier. Ce n'est pas nouveau en soi, parce que ce qui est nouveau c'est cette spéculation effrénée, cette attention tout à coup que les grands, que les maîtres du capital financier mondial, les grands fonds spéculatifs, accordent. Ils ont découvert tout à coup les matières premières agricoles, mais l'institution où cela se passe, c'est-à-dire les commodités, la bourse de Chicago pour les matières premières agricoles, elle existe depuis très longtemps. Elle fonctionne comme toutes les bourses, avec les contrats à terme, avec des spéculations extraordinaires et c'est là que les Etats doivent intervenir, parce qu'on a maîtrisé un peu, maintenant, la spéculation sur les valeurs financières. Je vous donne un seul exemple : un contrat à terme… vous pouvez acheter toute la récolte du soja du Brésil, avec des moyens propres, de moins de 5% selon les ??? de Chicago. Vous allez ?? que 5% de ces immenses sommes que vous investissez dans un contrat à terme, sur une récolte à venir, uniquement vous devez mettre de votre argent, risquer de votre argent, 5%. Et bien, si on augmente cette limite, et dire : si on augmente le fonds propre et bien la spéculation est très rapidement freinée.
JPJA : Donc voilà une des solutions que vous préconisez. D'autres solutions peut-être dans l'air et certains reviennent à la charge avec ça. En prenant l'exemple de ce qui se passe en Argentine et du soja transgénique, en disant : grâce à ça, il y a une énorme production transgénique en Argentine et l'Argentine s'est découvert quelque part un nouveau filon, une nouvelle mine d'or et peut exporter ce soja. Est-ce que vous pensez que la solution passe par le transgénique ?
- Non ! Le transgénique, en tout cas moi je suis totalement contre… Pour deux raisons : d'abord quand il s'agit d'aliments, d'ailleurs, de bétail. Vous parlez du soja, c'est de l'alimentation de bétail et où l'aliment humain, je dirais : le riz, les céréales, etc… là les risques de santé subsistent. On n'a pas de certitude du tout et la communauté scientifique est totalement divisée. La vache folle, pour l'instant, me suffis.
JPJA : Oui ! Et ça on sait qu'on peut ce soja transgénique, à grande échelle, parce qu'il résiste à des pesticides particulièrement… Il résiste…
- Oui, mais avec des transgéniques, en général, c'est l'esclavage financier qui l'implique, parce que ce sont des brevets. Le processus transgénique, la modification transgénique, est couvert par un brevet qui est détenu pour une très grande partie, par exemple, par Monsanto ou d'autres grandes trust Paoli etc.
JPJA : Qui obligent évidemment, les paysans à devoir acheter ces graines-là, ces graines qui ne peuvent pas se reproduire…
- Chaque année, mon grand-père qui était paysan dans les montagnes suisses, et bien comme tous les paysans du monde, a pris une partie de ces grains à la récolte pour les semer l'année suivante. C'est un cycle millénaire. Or tout à coup, Monsanto, P., E., etc viennent mettre un brevet sur ces semences, mais chaque année, chaque année, il y a des procès au Canada, aux Etats-Unis déjà, bientôt en Afrique, chaque année, le paysan doit payer la taxe du brevet de l'esclavage effroyable.
JPJA : Mais Jean Ziegler, ce n'est pas ça qui engendre la pénurie alimentaire pour le moment ?
- Non ! Là on a un dévié dans notre conversation… mais c'est le même drame. Mais c'est surtout la spéculation et les biocarburants qu'il faut maîtriser maintenant. Je ne suis pas contre automatiquement les biocarburants… J'ai demandé à l'Assemblée générale des Nations-Unies, un moratoire de cinq ans, puisque la science progresse et il sera très bientôt possible, généralement, de fabriquer des agro-carburants, avec des déchets agricoles, non plus l'épi de maïs, mais la tige du maïs.
JPJA : J'ai beaucoup de questions à vous poser Jean Ziegler. J'en ai une autre à vous poser, parce que je sais que dans vos livres… « L'empire de la honte », vous pointez souvent la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire Internationale, l'Organisation Mondiale du Commerce, mais on a pu constater aussi dans des pays africains… il y a eu désertification des campagnes, il y a une urbanisation énorme et on peut aussi pointer du doigt, la responsabilité d'un certain nombre d'Etats africains qui n'ont rien fait pour mener une politique, j'allais dire alimentaire, une politique paysanne ?
- C'est vrai que c'est le capital financier spéculatif, les oligarchies qui nous dominent et leurs mercenaires de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International et de l'OMC, qui sont les maîtres de l'économie mondiale, mais subsidiairement, c'est vrai… la corruption, l'hygiène par exemple. Le Président Tandja qui est de mèche avec des spéculateurs sur le grain, qui vend à Kano, à Sokoto, etc… en pleine pénurie, aux Nigériens, aux ?? nigériens du Nord… Il y a de multiples exemples où bien sûr, l'irresponsabilité de satrapes locaux, de Gouvernements antipopulaires, jouent un rôle. Je pourrais vous donner des exemples que vous connaissez. Je dois être un peu prudent, puisque à partir du premier mai je ne suis plus rapporteur spécial, mais je suis au Conseil consultatif des droits de l'homme. Mais ça existe. Mais, ce qui est primordial, c'est qu'on a totalement négligé la paysannerie, de 53 pays, 37 sont des pays presqu'uniquement agricoles. Les investissements dans l'agriculture de subsistance ou dans tous les mécanismes qui peuvent assurer, qui doivent assurer un jour, la souveraineté alimentaire d'un pays, ces investissements ont fondu comme neige au soleil, avec la complicité de gouvernements locaux. Là, c'est un péché capital contre les populations qui maintenant souffrent de malnutrition, vont vers la mort et souffrent tous les jours, l'angoisse du lendemain.