lundi 19 juillet 2004 à 21:52
(Un post long qui normalement si c'est bien écrit et lisible, doit répondre à toutes les interventions précédentes)
Les termes consacrés pour décrire M. De Villiers ne sont ni fasciste, ni nationaliste, ni sécuritaire, ni royaliste mais souverainiste et traditionaliste, mais comme il a été judicieusement rappelé, il n'est pas le seul leader de ces courants et cultures politiques : il y a le (parti enflammé), son rejeton et les royalistes.
Historiquement, cette culture politique est née de la Révolution française à travers la contre-révolution (révolte des Vendéens de 1793, les Chouans). Ses thèmes priviligiés font référence à la tradition, à l'ordre établi considéré comme naturel, au refus de la révolution et de son égalitarisme démocratique "une tête, une voix" au profit d'un autorité supérieure : Dieu ou la Tradition. Ainsi, elle défend d'une certaine manière la religion catholique, une image de la famille traditionnelle (avec le rôle tout particulier de la femme, de la mère, de l'épouse), de la société et de l'économie (le corporatisme, l'enseignement confessionnel et la décentralisation par exemple) dans une France qui va mal, dans une "France qui tombe".
De Villiers s'appuie donc sur une thématique immuable depuis deux siècles, mais une thématique qui possède une histoire bien remplie. D'époque en époque, elle a participé à la vie politique française à travers le mouvement royaliste, les ligues pendant l'entre-deux-guerres, Action française, elle a aussi du soutien fervents de brillants écrivains et orateurs comme Barrès, Maurras et Chateaubriand ! (Je ne critique pas le fond, mais avouons qu'ils n'écrivent pas n'importe comment). Les traditionnalistes ont donc une histoire riche, mais qui au final est surtout l'histoire de leur défaite face à la République (IIIème, IVème et Vème) et l'impossibilité au fil des générations à recréer un mouvement politique durable, malgré des spasmes, des sursauts royalistes. De Villiers donne une forte impression de nostalgie rêveuse et douce, totalement inadaptée au contexte contemporain (il a notamment commencé par se féliciter des résultats de la droite en Vendée aux cantonales, ça change le monde ! surtout quand on lui demande un commentaire sur la France), mais en même temps, la critique de la démocratie par les traditionalistes reste pertinente d'un certain point de vue : le brouhaha du débat politique ne donne pas vraiment envie et fait désordre (cohabitation Chirac-Jospin, grèves de 1995, bataille dans les partis, querelle supposée Chirac-Sarkozy), de plus leur victoire relative aux précédentes européennes (1999 ?) a montré que leur discours répondait aux inquiétudes d'une partie de la population française par rapport à l'Europe, cette illustre inconnue.
Malheureusement, les scènes de ménage Pasqua-Villiers ont mis fin à la poussée souverainiste. Les remarques très intelligentes sur l'euro ("je vais continuer à payer en francs jusqu'au bout" "il faut se battre pour restaurer le franc") ont montré qu'ils ne savaient pas répondre par autre chose que "restaurer le passé" face aux problèmes du présent. Pire, avec la guerre en Irak, les conflits à l'OMC, le mouvement antimondialiste, l'euro, l'élargissement, la mise en avant de la Commission (les commissaires Lamy au commerce extérieur et Monti à la concurrence) et du Parlement européen ont accru la visibilité de l'Europe et "tué" le fonds de commerce de De Villiers.
Conclusion : au vu de l'histoire, De Villiers sera toujours là sur la scène politique française, avec plus ou moins d'importance (et suivant la cote d'amour des électeurs pour les candidats qui zozotent) mais restera condamné à un statut marginal, du moins minoritaire tant qu'il continuera à voir la "Restauration" comme solution aux problèmes contemporains.
(D'ailleurs ce qui est drôle chez De Villiers c'est que normalement -si on se fie à sa pensée politique et à sa Lettre ouverte aux coupeurs de tête et aux menteurs du Bicentenaire (1989)- il est contre la Révolution et tout ce qui donne trop de pouvoir aux petites gens, mais il n'y a peut-être pas eu de défenseur plus charismatique de Solidarnosc que lui-même ! Ses titres de livres sont pas mal non plus

)