samedi 09 février 2008 à 12:07
Si mentir c'est "donner pour vrai ce qu'on sait être faux ou nier ce qu'on sait être vrai" (Larousse), le problème est peut-être épistémologique : comment ou pourquoi en présence de la vérité ou du vrai, en vient-on tout de même à préférer ou choisir le faux ? La marque du vrai suffit-elle à l'emporter sur le faux ?
cette question amène inévitablement un problème anthropologique et métaphysique :
- quelle est la nature de l'âme ?
- l'âme cherche-t-elle naturellement ou de manière innée le vrai ? (voir peut-être Descartes et la nature des idées : innées, adventices, factices) (Nietzsche et Deleuze critiquent la doctrine selon laquelle l'âme cherche le vrai naturellement)
- et dans ce cas, pour se mentir à soi-même, ne faut-il pas qu'il y ait une intentionalité de l'âme à le faire (voir peut-être Husserl à ce sujet), et donc à se nier elle-même ? or n'est-ce pas contradictoire que l'âme qui cherche naturellement le vrai et la vérité se trompe elle-même ? (il y a peut être encore à regarder chez Descartes et l'expérience du doute, le fait de se tromper, etc... et l'expérience du cogito comme première certitude indubitable)
- ou bien, si l'âme peut se tromper elle-même, il faut peut-être supposer qu'elle ait une autre nature anthropolgique et métaphysique que celle d'un simple cogito. Il faut peut être qu'il y ait en elle des forces ou des facultés qui se livrent rivalité ou bataille (imagination qui se soucie peu de la vérité, qui délire, vs raison ou entendement qui cherche le vrai : voir peut être chez Spinoza qui d'ailleurs parle plus en terme de forces ou de processus que de "faculté" qui relève selon lui de la fiction).
- il y aurait peut-être à chercher du côté de l'inconscient : voir Freud le mensonge résultat d'un refoulement, ou bien chez Deleuze et Guattari et leur théorie de l'inconscient, non plus comme théâtre (Freud) mais comme une usine qui produite des délires en tout genre.
On arrive alors au problème métaphysique des rapports entre âme et corps : si l'on peut se mentir à soi-même, ce n'est pas à cause de la nature même de l'âme, mais c'est parce que cette dernière est unie au corps : voir Platon, Descartes, Spinoza et Nietzche et la manière dont chacun entrevoit ce rappport.
Par exemple chez Platon, encore faudrait-il être nuancé, il y a une dévalorisation ontologique du corps par rapport à l'âme (à relier avec la théorie de la réminiscence : savoir c'est se souvenir).
Chez Descartes il y a encore un peu cette dévalorisation : "l'âme est plus facile à connaître que le corps", et "les sens nous trompent", du moins réctifie-t-il ensuite, nous nous trompons sur leur nature, etc.
Avec Spinoza on franchit un cap avec en quelque sorte une réhabilitation éthique du corps dans un cadre bien défini : on ne sait pas ce que peut un corps.
Et chez Nietzsche enfin, une complète affirmation presque mystique des forces du corps par l'intermédiaire de l'Eternel Retour et une critique de la morale judéo-chrétienne qui méprise le corps.
Ces quelques pistes de réflexion, non bien évidemment rien de professoral, elles comportent bien entendu des lacunes. En espérant tout de même qu'elles puissent t'aider.
Ce message a été modifié par Full Master On The Rox - samedi 09 février 2008 à 12:15.