Bon, sur les colonies de vacances je n’ai pas grand-chose à raconter d’émoustillant parce que, comme je l’ai dit, j’étais petit. Alors, est-ce que je peux élargir le sujet à d’autres situations à forte promiscuité masculine où l’homosexualité peut, parfois, s’épanouir comme une fleur ? Je pense, en fait, au service militaire qu’aujourd’hui « les jeunes de 20 ans ne peuvent pas connaître ». Paradoxalement, pour moi, cette période d’un autre âge fut une des plus heureuses et des plus lumineuses de ma vie. Ce fut le hasard d’une rencontre, voulue par l’armée, avec un garçon qui allait bien chambouler mon existence de petit homosexuel de 20 ans, confiant dans son avenir, mais renfermé sur lui-même et rêveur. Pour moi, cette période, je l’ai vécue comme un miracle.
Je peux ?
C’est vrai ?
Alors, j’y vais…
L'armée m'avait versé dans l'infanterie mécanisée comme radio-tireur dans un char transporteur de troupes, (un AMX 10 à l'époque). Radio-tireur, cela signifiait que j'étais en charge de la tourelle, des armes du véhicule, (un canon et une mitrailleuse que je devais servir), et que j'étais responsable des transmissions. Pour cela, on m'avait donné le petit grade de caporal et pour exercer cette fonction dans la plénitude de mes responsabilités, l'armée m'avait marié avec un homme, (au sens quasiment propre du terme). En effet, en tant que radio-tireur, je devais épouser le pilote de mon char. Il devait devenir « mon » pilote, comme moi je devais devenir « son » radio-tireur.
Tout cela a l'air plutôt étonnant mais c'était très sérieux. En temps de guerre, la vie des 14 hommes présents dans le char, (peut-être un peu moins, je ne me souviens plus bien, en tout cas une section entière), aurait dépendue directement de l'osmose entre le pilote et le tireur, de leurs réflexes communs et de leur entente parfaite.
Nous étions donc condamnés, le pilote et moi, à une promiscuité constante, à partager la même chambrée, sur le terrain à coucher sous la même tente, dans les trains à être dans les mêmes compartiments, etc. etc. C'est ainsi que pilotes et tireurs, nous formions une caste un peu privilégiée, tout ce qui pouvait nous séparer était déconseillé voire interdit.
Pendant la formation, (les classes), que nous avions fait chacun de notre côté (l'armée a ses principes, un pilote était soldat, un radio-tireur caporal, les deux, séparés par un grade, ne faisaient pas leurs classes ensemble), les formateurs n'avaient pas cessé d'insister sur l'importance de la relation à entretenir avec le pilote. Ca finissait par en devenir troublant et certains s'agaçaient, en aparté, que « si ça continuait comme ça, ils finiraient par nous demander de baiser avec ! ». Moi, je dois l'avouer, je trouvais tout cela très émoustillant et même franchement bandant ! Bien sur, je savais parfaitement que tout cela resterait à l'état de fantasme et que l'armée n'attendait sûrement pas de moi que je joue « la cage aux folles » (si je puis dire ainsi).
Le pilote qui me fut affecté, (mariage forcé), n'était pas celui que j'espérais. Pendant les quelques jours que nous avions passé ensemble, pilotes et tireurs sans affectation définie, j'avais repéré un petit pilote d'origine portugaise, joli comme un coeur, qui me plaisait beaucoup et qui, de surcroît, avait un prénom doux comme un sucre d'orge : il s'appelait Jésus, (RéZous) !
Je n'ai pas eu RéZous mais JC, (euh, rien à voir avec Jésus christ). Bof ! Nous n'avions pas grand chose à nous dire et pendant les premiers temps, durant les interminables heures que l'armée nous imposait de vivre ensemble, nous n'échangions que des banalités sur les nécessités de service. JC était d'origine méditerranéenne avec la peau mâte, des yeux très noirs, et plusieurs fois je l'avais surpris qui me regardait fixement d'un regard inscrutable, ce qui me mettait terriblement mal à l'aise.
Puis un jour, il a rompu la glace. Un matin, comme j'allais prendre mon petit déjeuner au réfectoire pendant qu'il faisait de même dans la chambrée, alors que je passais à côté de son lit, il m'a retenu par la manche et m'a demandé pourquoi je ne resterais pas ici pour prendre le petit déjeuner avec lui. N'ayant pas eu la présence d'esprit pour trouver une excuse valable, j'ai cédé et je suis resté. Cela est devenu un rite quotidien, au début pénible, puis de moins en moins.
Alors nous avons commencé à parler. Quand nous entretenions le char, (ensemble, bien sur), nous nous sommes mis à discuter. Il était d'une efficacité redoutable car très doué de ses dix doigts. Moi ça n'était pas vraiment ça et plusieurs fois il a du m'aider pour que j'arrive à faire ce que j'avais à faire. Bien sur, cela me gênait d'être pareillement empoté mais quand je m'excusais, il balayait mes paroles d'un revers de la main. « Il n'y a pas de problème. T'es pas fait pour ça, c'est tout » disait-il à peu près.
C'est à cette époque, quand nous devenions plus familiers, que j'ai découvert son humour. Un humour ravageur, jamais vulgaire, plutôt gentil car il ne prenait jamais pour cible les autres, et surtout, un humour qui savait manier l'autodérision. Qu'est-ce qu'il m'a fait rire ! Et lui, ça le galvanisait de me voir me tordre comme ça. Et sous mes larmes de rire, quel charme il prenait tout à coup mon ténébreux sicilien !
C’est à cette époque, également, que ce bisexuel (comme je l’ai appris plus tard), que je découvrais plein d’enthousiasme et d’allant, s’est mis à m’apprivoiser physiquement avec l'intelligence de celui qui sait ce qu’il veut (moi, j’étais à la fois puceau et totalement passif dans cette affaire). Il mettait facilement son bras autour de mes épaules avec un naturel confondant quand nous marchions côte à côte. Il remettait mon uniforme en place quand le travail l’avait chiffonné. Il réajustait ma casquette sur ma tête en plaisantant et en me dominant de sa taille et de sa carrure. Il resserrait mon ceinturon autour de ma taille parce que sinon, me disait-il avec du rire dans la voix, je ressemblais à un sac. Quand il faisait cela il y avait une lueur joyeuse dans ses yeux qui me donnait la pêche et quelque chose qui me faisait comprendre que ces petites délicatesses n'étaient pas anodines.
Bref, il m'a rendu raide dingue amoureux de lui ! La suite, dans cette promiscuité permanente, il l'a obtenu quand il l'a voulu et, parce qu'il avait déjà de l'expérience, il a su le faire avec beaucoup de douceur. C’était une sortie sur le terrain, la tente partagée, les paroles échangées, gentilles puis de plus en plus intimes, les corps qui se rapprochent...
Oui, ce fut une jolie Love story que j'ai connue grâce à l'armée qui avait voulu que j'aime cet homme. Nous étions discrets. C'était important pour lui mais surtout pour moi. Lui, qui avait maintenant retrouvé toute la gouaille méditerranéenne qui était dans sa nature, exerçait son charisme sur tout le monde et était catalogué dans le camp majoritaire, le seul qui soit possible dans la société militaire de cette époque, le camp des « vrais hommes ». Moi, je posais plus question, mais bon, comme j'étais le radio-tireur de JC, on n'insistait pas. Il n'y en avait qu'un qui n'était pas dupe, un soldat de ma section, d'une intelligence particulièrement aiguisée, qui aimait bien me provoquer. « Qui c'est qui va se faire sauter la rondelle par JC ? » me disait ce jean-foutre quand nous partions sur le terrain ! Mes dénégations indignées lui amenaient un grand sourire qui lui fendait le visage d'une oreille à l'autre. Mais je l'aimais bien, avec lui je ne craignais rien. En fait, il s'en foutait et il y avait entre nous une solidarité de classe comme il en existe beaucoup dans l'armée, celle d'avoir fait quelques études.
Mais il avait raison, combien j'aimais les sorties sur le terrain ! On arrivait sur les lieux de la manoeuvre, j'abaissais la ridelle du char pour libérer mes jolis guerriers qui s'en allaient combattre, sous les ordres du lieutenant, d'autres jolis guerriers à coup de grenade à plâtre et de balles à blanc.
Moi, radio-tireur, je restais dans le char avec mon pilote comme le voulait l'armée, à attendre les ordres…
Et sous les grésillements de la radio, ce furent des moments bien magiques que d'aimer mon homme, habillé en soldat, dans un engin blindé de l'armée française.
(Bon, c'est un sacré pavé que j'ai pondu. Bravo pour ceux qui sont arrivés au bout ! Mais, désolé, il n'y a rien à gagner...

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