Tuesday 10 April 2007 à 12:49
Nouveau drame des cités à Toulon.
08.04.2007 | 15:29
Dans la cité Jean Moulin où 40% de la population est au chômage les distractions sont plutôt rares, et les jeunes du quartier passent la majeure partie de leur temps à errer à l’ombre des tours. D’habitude plutôt tranquille, le quartier à été ce week-end le théâtre d’un dramatique fait divers.
Tout commence samedi dernier, lorsque Karl (29 ans), William (26 ans) et Siegfried (*) (24 ans) décident de tuer le temps avec une banale partie de pétanque. Les adolescents, à court d’espace dans la cité, sont contraints de se rendre au sommet de la tour HLM dites « les hirondelles » afin de pratiquer leur sport favori. Entre le chant des cigales et quelques petits pastis, l’après-midi commençait dans les rires et la bonne humeur.
La partie bat son plein lorsqu’à la suite d’une erreur d’estimation des distances sur une pointe particulièrement difficile (Karl menant de 4 points sur William), l’un des jeunes laisse échapper plusieurs boules d'acier du haut de cet immeuble de 14 étages.
L'une d'elles atteint alors Pierre Bouron, un gendarme de 42 ans qui effectuait une patrouille avec ses collègues au pied de l’immeuble.
« Ici tout le monde est très choqué par ce qui s’est passé », raconte Karim, un jeune du voisinage. « La boule était toute neuve, c’est un vrai gâchis » ajoute-t-il.
Un examen détaillé de la boule de pétanque en question révèle un éclat très net sur la face médiane-antérieure, ainsi qu’une grave abrasion sur toute la partie postérieure.
« J’ai rarement constaté de tels dégâts structurels sur une boule de pétanque » nous confirme Roland Kervanian, ingénieur spécialiste en contraintes des matériaux chez Pétanque+, une filiale du groupe Arcélor. « Nos boules ont un seuil de rupture dynamique de 34 MN (méga Newtons NDLR) et une tolérance à la percussion extrêmement élevée. En laboratoire, j’ai vu des boules soutenir des pressions de 5+ Gigapascals sur des enclumes en diamant sans subir de dommages. Quoi qu’il soit arrivé à cette boule, cela témoigne d’une extrême violence de la part du gendarme incriminé. »
L’incident remet en question la généralisation du port du casque F-3, en vigueur chez les CRS depuis 1991. Ce modèle de casque, conçu pour les arrêter les projectiles balistiques d’impact moyen à fort, s’avèrerait inadapté à l’environnement des cités françaises. La gendarmerie a-t-elle surdimensionné ses besoins en matière de protection crânienne, au détriment des jeunes de la ville ?
« Une enquête a été ouverte, et nous ferons toute la lumière sur cet incident » a répondu le Colonel Gérard Maréchal, commandant du 4e régiment de gendarmerie. « Les responsables s’il y en a, » ajoute-t-il, « seront sévèrement sanctionnés. »
L’incident, selon plusieurs responsables locaux, mettrait également en lumière des carences politiques.
Nordine, un éducateur présent sur le terrain depuis 12 ans, explique :
« Ici ils n’ont pas de terrains de jeux, la maison de la jeunesse a brûlé le 31 décembre et n'a toujours pas été reconstruite malgré les promesses du gouvernement. Nous n'avons nulle part ou aller, et on nous parque ici. Il fallait bien que ça arrive un jour. »
Dans un communiqué publié dans la soirée, le porte-parole du PS Julien Dray a estimé que «…cet incident illustre une nouvelle fois l'inexistence de structures et de budgets adéquats ainsi que le mépris affiché du gouvernement pour la jeunesse de ce pays : tout cela ne rend que plus évident les lacunes du modèle tout-répressif défendu par M. Sarkozy…rien n'est fait concrètement pour s'attaquer aux causes du malaise. »
Julien Dray ajoute : « il est certain que ce genre d'incident ne risque pas d'arriver à Neuilly-sur-Seine dont le maire, Sarkozy Nicolas, n'est visiblement toujours pas décidé à respecter la loi sur les quotas de logements sociaux. »
Le militaire, qui a eu le crâne légèrement défoncé sous l’impact, était ce soir toujours dans le coma, les médecins restant assez réservés sur son sort. Un pronostic qui ne contribue pas à apaiser les esprits dans la cité, où les jeunes craignent que le caporal Bouron ne décède avant d’avoir pu être entendu.
(*) Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

La boule de pétanque gravement endommagée par l'impact (AFP)
source:
http://laverite.ath.cx/