samedi 16 juin 2007 à 15:44
Nous ne serons jamais d'accord car nous avons deux voire trois visions des rapports entre les acteurs économiques et politiques.
1)
Hadora, a une vision marxiste de l'histoire (ce qui est tout à fait respectable !), c'est à dire que les acteurs politiques sont, mécaniquement, commandés par les acteurs économiques.
Roosevelt n'est donc que l'expression politique de l'intérêt des trusts. Les acteurs évoluent dans un système pur et parfait où l'information circule totalement et qui prennent donc, des décisions volontairement réfléchies qui suivent leurs intérêts. La théorie marxiste sous-tend un déterminisme absolue des décisions politiques par les rapports économiques. Ce en quoi je ne suis pas entièrement d'accord, la réalité étant beaucoup plus complexe.
Un processus de décision peut aussi être pris en fonction d'éléments culturels ou idéologiques, comme l'a bien démontré
Max Weber.
2) Si l'analyse marxienne est très intéressante, si elle peut être judicieuse dans certains cas et qu'elle peut expliquer certains phénomènes historiques (par exemple certains types de colonisation, comme la colonisation de l'AmSud par les espagnols), elle reste, malgré tout, bien trop mécaniste pour tout expliquer. Je suis plutôt un partisan de la thèse de
Crozier, dans
L'acteur et le système, où les acteurs ne disposent pas d'une information pure et parfaite, et ne sont pas totalement déterminés, à priori !
http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fic...zier_fried.htmlA partir de ce constat, il est clair que par rapport à la description factuelle d'un phénomène, par exemple les participations financières de "trusts" industriels américains en Allemagne, et vice-verca, les participations majoritaires d'IG.Farben dans
Standard Oil, on n'aura pas pas les mêmes conclusions.
Hadora ou toi, vous verrez dans ce phénomène, la nécessaire culpabilité du grand capital américain (qui mande le pouvoir éxécutif donc
Roosevelt) dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale, alors que moi j'y verrai un exemple de capitalisme financier classique qui ne détermine pas, automatiquement, une prise de position politique ou idéologique à priori selon le bon vieux principe "l'argent n'a pas d'odeur". Qu'
Henry Ford ait des sympathies pour les nazis ne signifient pas, automatiquement, que le système soit pour les nazis.
Ford est un acteur, certes puissant, mais qui va se confronter avec d'autres acteurs et avec le système. Cela ne signifie pas que
Roosevelt, un autre acteur, déteste l'URSS et
Uncle Joe ...d'ailleurs, si je me souviens bien, on a reproché au président américain d'avoir été trop "cool" avec
Staline, et de lui avoir fait trop confiance, ce qui souligne que l'américain n'avait pas spécialement de la haine envers le soviétique !
Comme je l'ai déjà précisé, ce n'est pas parce que tous les grands pays occidentaux ont financé
Saddam, que le dictateur irakien allait prendre ses ordres devant le G8 ! En clair, les acteurs ont toujours une marge de manoeuvre par rapport au système et un pouvoir de négociation. Et leurs actions ne sont pas absolument et mécaniquement déterminés par l'intérêt financier ou économique ! Par exemple, il n'y a pas plus anti-économique que l'extermination des juifs ...la spoliation de leurs biens ne compensant pas l'énorme bureaucratie affectée à cette tâche ! En 1944, par exemple, les convois de juifs sont prioritaires par rapport aux convois militaires ... alors que la situation militaire est calamiteuse pour l'allemagne, pour dire combien les motifs idéologiques étaitent ici supérieurs aux intérêts purement militaires ou économiques ! On a ici des actions qui sont prises non pas par un déterminisme économique quelconque mais par pure idéologie raciste.
Conclusion :C'est pour cela que notre discussion tourne en rond et que nous n'avançons pas ! C'est évidemment impossible ! Notre théorie des acteurs n'est pas la même, donc au-delà des faits, que je ne conteste pas, nos conclusions ne pourront jamais se rejoindre.
A la limite, ça ne sert à rien de discuter !