mercredi 16 juillet 2008 à 09:18
Société
Expérience insolite : Une nuit au cimetière marin
CLICANOO.COM | Publié le 15 juillet 2008
On raconte que, la nuit, dans les cimetières, on ne risque pas de croiser de fantômes. C’est ce que j’ai voulu vérifier.
Les anciens assurent que, la nuit, on ne risque rien dans un cimetière : les âmes se rendent dans les églises prier pour leur salut. Je me porte volontaire pour le vérifier à la condition de ne pas y aller seule. L’idée de me retrouver seule parmi les morts ne me rassure pas, mais surtout je crains les mauvaises rencontres. Les défunts ne peuvent rien contre moi, en revanche, des vivants mal intentionnés, si. C’est ainsi qu’un soir de juillet, quelques collègues et moi, nous nous sommes retrouvés devant le cimetière marin de Saint-Paul. Dans le parking, on rigole en attendant les retardataires. Ma montre affiche 21 heures. “Je vois des formes blanches au-dessus du muret”, s’inquiète Audrey. “Oui, des chauves-souris”, rétorque Eric. La conversation se poursuit. Audrey revient à la charge. “Elles tournent sur place, vous croyez qu’elles nous indiquent quelque chose ?” Peut-être l’endroit où nous apparaîtra notre premier revenant de la soirée ? Le bruit des vagues, celui des voitures et nos voix troublent le calme qui règne de l’autre côté des grilles du cimetière. On a tout prévu pour entrer. Vers la plage, le mur est bas, il suffit de l’enjamber. Au cas où, on a même apporté une corde. Un “euh, le portail est ouvert ! ”, lancé par Joëlle, la rationnelle-qui-ne-croit-pas-aux-fantômes du groupe, brise quelque peu le côté aventurier de notre expédition. Un brin déçu, on entre. La bande se sépare. Les premiers s’avancent entre les tombes, je reste derrière avec Audrey. “Dans les films d’horreur, ça commence pareil. Tout le monde s’éparpille et ils disparaissent les uns après les autres”. Elle poursuit “Attention Joëlle (qui se trouve loin devant), la première mort c’est toujours la plus violente !” Éclat de rires. Pas trop fort quand même. Non pas pour ne pas réveiller les morts, mais parce qu’on est dans un lieu considéré comme sacré pour beaucoup. Le respect s’impose.
“Les morts bougent”
On s’installe entre deux caveaux. Le coin est très bien éclairé par les lampadaires. Finalement, il n’a rien de bien effrayant ce cimetière. “Et là si un bébête sort vraiment d’une tombe, on fait quoi ?”, questionne Nathalie. Le “ah ! mi cours moin”, de Fred le photographe, déclenche une nouvelle salve de rires. Après quelques minutes de discussion, on part en exploration. Allons-nous apercevoir quelque chose ? Une ombre, une âme errante ? Je pourrais rendre une visite au pirate la Buse, histoire de lui faire cracher le morceau sur l’endroit où est enterré son trésor. L’idée m’a effleuré l’esprit. Mais sa tombe est située à l’exact opposé de notre campement. Traverser le cimetière ne m’enchante pas. J’oublie. Direction la sépulture du poète Leconte-de-Lisle. On aurait pu discuter littérature, mais un mausolée attire notre attention. Une tombe posée en bas, une autre à “l’étage”. Intriguant. Un tantinet effrayant. “C’est là que les esprits se rendent, non ?”, avance Fred. “Tu crois ? Allons voir !”, je réponds. Eh bien non, là aussi pas de fantôme. On se balade dans les allées, rien. Si ce n’est des croix, et une odeur pestilentielle de remontée d’égout (ou de corps en décomposition ?) qui prend à la gorge. “Ca signifie que les morts bougent”, assure Joëlle en riant. On retourne à notre place. Là où l’odeur des fleurs fraîches ravit les narines. Je propose du café. “Té ! Out café i peut fait lèv le mort. Je suis sûr que si j’en renverse sur une tombe, y’en a un qui se lève !”, me lance Fred. Oui, bon, j’y suis peut-être allée un peu fort sur le café. Au moins, il a le mérite de nous tenir éveillés. Pause cigarette. Pas question de fumer dans le cimetière. J’accompagne Fred dehors. On marche tranquillement quand, soudain, je me prends les pieds dans je ne sais trop quoi et m’écroule entre deux tombes. Pas dans un caveau ouvert, heureusement ! Peut-être un défunt qui a séché la prière du soir et qui me joue un tour. J’en suis quitte pour un bleu sur le bras. Sur le parking, Fred allume sa cigarette. Tiens ! De la lumière blanche ! Les âmes qui rentrent de l’église ? Ah non, une patrouille de gendarmerie. Oups. Je prends soudain conscience qu’on a pas le droit d’être là, enfin, dans le cimetière, sur le parking, ça devrait aller. Du moins, j’espère. Finalement, les gendarmes ne s’arrêtent pas. On l’a échappé belle ! 00h30. On lève le camp sans avoir vu de fantôme. Soudain, un sifflement inquiétant s’élève dans la nuit. Silence. On se regarde. Mon estomac se noue. On se retourne... C’est l’arrosage automatique qui s’est mis en marche.
Une nuit dans un cimetière ? Même pas peur. Allez, la prochaine fois, on tente une nuit dans une maison hantée.
Texte : Gabrielle Boyer - Photos : Frédéric Laï-Yu
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