mercredi 09 mai 2007 à 20:38
Bayrou : le piège des législatives
Le soir du premier tour de l'élection présidentielle, François Bayrou, avec ses 18, 5 %, apparaissait comme le champion incontesté du centre. Au soir du second tour, il n'est plus que le leader d'une petite fraction du centre : la quasi-totalité des parlementaires UDF ont appelé à voter Sarkozy, faisant fi de l'hostilité viscérale de leur président envers le candidat UMP. Pis : aux prochaines élections législatives, ils devraient se ranger sous la bannière « majorité présidentielle » et déserter le mouvement démocrate qui devrait prendre la place de l'UDF.
Et pourtant François Bayrou continue de croire qu'il est dans le sens de l'histoire. Construire un centre indépendant : telle est la tâche à laquelle il se consacre depuis 2002. Tel sera son objectif aux prochaines élections législatives. Qu'importe à ses yeux s'il perd en route des parlementaires trop pressés d'aller à la soupe. Foi de Bayrou : il y aura des candidats démocrates dans toutes les circonscriptions, et ces candidats feront un score substantiel. Après le premier tour, le président de l'UDF a fait un rêve. Sur la foi de ses propres résultats, il a cru qu'il pourrait contraindre l'UMP et le PS à plus de 400 triangulaires. C'est très exagéré, mais le troisième homme de la politique française est convaincu que l'élan qu'il a suscité à la présidentielle va, si ce n'est s'amplifier, du moins se confirmer aux législatives.
Au moins au premier tour. Car il aura ensuite à gérer, comme à la présidentielle, un second tour délicat. Avec qui passer des alliances pour avoir in fine un groupe à l'Assemblée nationale ? Afin de marquer son indépendance, Bayrou aimerait pouvoir signer des accords, ici avec la gauche, là avec l'UMP. Difficile d'imaginer que les deux partis dominants se prêtent au petit jeu des alliances à la carte. Sauf s'ils y trouvaient leur profit...
Pour François Bayrou, c'est une sorte de malédiction : à chaque fois qu'il se présente à l'élection présidentielle, il déclenche un puissant exode d'élus UDF vers l'UMP. En 2002, c'était normal : il avait fait un score médiocre ( 6, 8 % ). En 2007, cela peut paraître plus surprenant : il a triplé son score. Mais le scrutin majoritaire a une logique impitoyable : le centre n'a pas encore atteint la taille critique qui lui permettrait de prospérer. François Bayrou ou le Sisyphe de la politique française...
Hervé Algalarrondo
Le Nouvel Observateur
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