Monday 24 April 2006 à 21:08
Si vous avez le temps de lire, assez interessant :
[sources : www.ciao.fr]
~~~* Ze Introduction - Ou la nature profonde de l'homme
Vous avez beau fuir ce que vous êtes, il faut reconnaître que votre véritable nature ressurgit régulièrement. Prenez un adolescent : dites lui qu'il ne fait que suivre une mode, qu'il n'a rien d'unique et que son sac noir avec écrit « Brian Molko » au tippex ne fait pas de lui un rebelle, et il vous insultera. Et pourtant, de fait, se retrouver au sein d'une tribu en suivant les codes établis est une des caractéristique propre à cet âge. Pareil pour les métrosexuels, concept débilo-marketing inventé par un executive category manager (dit ECM) de l'Oréal pour écouler plus de crèmes anti-rides : ils ont beau jouer les gourdes, se couvrir de fond de teint ou s'épiler les jambes (c'est déprimant), tout cela n'en reste pas moins des artifices destinés à masquer littéralement un manque flagrant de sensibilité, voire une certaine tendance à la beauferie (Beckham, si tu me lis…).
Quoique vous fassiez, votre nature transpire de votre apparence, de vos pensées, de vos actes, de vos dire. Essayez de la fuir, elle reviendra au galop.
L'important, c'est de ne pas se voiler la face, et de rester réaliste.
Et pourtant, malgré ces bons conseils, il m'arrive d'être surpris moi-même par ma nature profonde : tentant de refouler ma follitude, j'aime à répéter que Mylène Farmer est artistiquement morte, et que son dernier album est d'une fadeur sans équivalent. Que Kylie Minogue nous pollue avec sa musique à durée de vie (très) limitée. Qu'il faut vraiment arrêter d'écouter Dalida pour que son frère Orlando cesse de nous pondre des best-of, des best of de remixs, des remixs du best of des remix… et qu'il arrête définitivement d'aider Hélène Segara a sortir ces disques de soupe niaiseuse. Que D'Geyrald est définitivement un artiste foireux, et qu'il faut qu'il arrête de croire que parce qu'il serait homo, il a droit a notre charité. Pareil pour la vieille Chantal Goya. Un discours auquel j'adhère à 100%, brutalement remis en question par la sortie du nouveau Madonna, « Confessions on a dancefloor ». Parce que j'ai beau dire « stop à la musique de merde étiquettée "rainbow fashion" », il suffit d'écouter une fois cet album pour en tomber dingue.
En même temps, là, on parle de Madonna, THE star, la diva des divas, qui arrive à ringardiser Britney et Beyoncé à chaque sortie d'album. Comme dirait Jennyfer - dit Jenny, voire Jen quand t'es vraiment son pote -, célèbre conseillère dans un cabinet de tendance « Madonna, c'est LA prescriptrice en matière de mode à court-terme ». Un exemple ? Le look cow-boy texan est le comble de la ringardise ? Hop ! Madonna sort « Music » avec Stetson bleu et bottes roses à paillettes, et la Terre entière fait péter le chapeau de cow-boy en boîte. Quand Madonna sort un disque, achète une nouvelle jupe, adopte un nouveau gloss, on se fout totalement du résultat : l'important, c'est juste que ça vienne d'elle. Elle est la star, celle qui a tout fait, même les plus énormes daubes, celle qui s'est toujours relevée, mettant le monde à sa botte, et ce, depuis le début des années 80. Plus qu'un personnage, elle est devenue concept, marque, modèle déposé.
Mais si elle en est là aujourd'hui, c'est aussi parce qu'elle gère dictatorialement tout ce qui l'entoure, au millimètre près, sans la moindre marge de manœuvre. Son image est ultra calculée, rien n'est laissé au hasard, et la Madonne semble tout avoir de la business-woman maniaque. Ainsi, quand en 2003, elle s'emballe à critiquant Bush sur son album « American Life », et qu'elle se prend un gros flop (beaucoup trop tôt chérie, tu étais vraiment en avance sur ton temps), elle prend un virage à 180°, et revient à ses premières amours : la musique qui fait danser, vidée de tout message un tant soit peu intellectuel ou engagé… bref, de la bonne grosse variétoche. Et ça aurait pu être regrettable, au vu de la qualité de son précédent opus, « American Life » donc : production dépouillée, froidement électronique, sobrement accompagnée d'une guitare sèche, Madonna poussait très loin sa collaboration avec Mirwais, et livrait un album moins accessible qu'il n'y paraissait, très surprenant, mais tellement intéressant et de bonne qualité, avec des textes engagés (m'enfin quand Madonna s'engage, on a du mal à croire que cela vient du cœur et pas de ses conseillers en communication). Mais le résultat était là : beau, dansant, de qualité.
~~~* Ze first single - Ou comment se vautrer dans la facilité pour un résultat orgasmique
Et pourtant, même en utilisant les ficelles les plus faciles pour faire secouer les fesses de son public, il est difficile de ne pas vibrer avec « Confessions on a Dancefloor », alors que le pari n'était pas gagné. Ainsi, le premier single semble accumuler toutes les tares : l'utilisation du sample de « Gimme ! Gimme ! Gimme ! » par exemple. Alors oui, c'est ultra efficace, et ça donne directement envie de danser. Mais d'un autre côté, venant d'une artiste qui nous a habitué à plus d'audace, réutiliser un morceau mythique (ce qui ne veut pas dire « de qualité », ne vous méprenez pas par pitié) des années 70 est d'une facilité qui serait presque insultante pour son auditeur. C'est au moins aussi fin que la reprise « boumboumboum » de « Like a prayer » par le groupe Madhouse en 2002. En gros, tu reprends un morceau connu et efficace, tu le remets au goût du jour à grands coups d'électroniques et de BPM, tu balances le tout et hop ! Deux semaines après, toute la communauté gay s'excite dessus, puis deux semaines après, c'est au tour des beaufs, et le titre finit par échouer en bonus track sur « Maxi Tuning vol. 14 ». Efficace, mais d'une pauvreté artistique et d'une facilité à pleurer.
Mais ça fonctionne… à mort. Avec cette petite bombe, Madonna impose directement sa chanson sur les dancefloors, à la radio, dans ta tête, partout. Et même si dans le fond, la chanson n'a rien d'exceptionnel (surtout les paroles, avec une Madonna super énervée parce que son copain ne la rappelle pas, la crise), elle n'en reste pas moins ultra efficace. Et géniale, en toute subjectivité.
Pareil pour le clip : à la première vision, en restant très premier degré, le spectateur est au bord des larmes. La chanteuse nous ressort un maillot rose fluo immonde, s'excite toute seule devant sa glace, nous montre comme elle est trop bien conservée pour une femme de son âge, fait danser la planète entière, nous envoie l'air de rien un message subliminal lourdingue (je suis ultra bonne, mais même si tu es obèse et moche, tu peux danser comme moi), et finit en boîte, à allumer des mecs avant de faire danser la foule à ses pieds. Ridicule. Donc re-visionnage. Et là, la vérité éclate, et la Madonna's touch nous frappe en plein cœur : c'est orgasmique. Ca reste con comme la lune, mais le rythme, les fringues, son côté bitch, et surtout la pure chorégraphie à imiter dans sa salle de bain devant la glace transcendent l'ensemble, si si.
Donc voilà. Vous aurez beau fuir la tentation, résister à l'écoute de ce nouvel album, tenter de vous convaincre vous-même en prétendant tout fort que « Confessions on the dancefloor » est décevant, vous n'y résisterez pas. Madonna, c'est plus fort que toi.
~~~* Ze album - Ou comment se concentrer sur un seul objectif : mover ton body
Concept de base : faire un album « no ballad », un album qui ne sert qu'à bouger son corps.
Mise en pratique 1 : toutes les chansons s'enchaînent sans rupture, comme un mix de DJ en boîte. Premier bide : ce principe, qui aurait pu être intéressant, est mal utilisé, de façon assez artificielle, sans réelle unité entre les chansons, et relève plus du gadget que d'une réelle recherche artistique (en gros, les transitions entre deux chansons durent moins de 5 secondes, ce qui est un peu light pour passer d'un rythme à un autre).
Mise en pratique 2 : ne prenez pas la tête à votre auditoire. Evitez les chansons à textes, ne dites plus que l'Amérique vous a déçu, que Bush est un gros con et que vous fuckez la guerre en Irak, votre principal marché risquerait de vous faire la gueule. Préférez parler de vous, de vos questionnements existentiels de star mondiale (parce que oui, comme l'ont chanté (hurlé ?) Britney, et autres Alizée, la vie de star, en vrai, c'est trop dur), et de l'amour évidemment. Bref, les textes ne sont clairement pas le point fort de « Confessions on a dancefloor ». En même temps, on s'en fout, c'est pas le but.
~~~* Ze conclusion - Ou comment tenter de garder la tête froide face à un album calibré pour te faire succomber
« Confessions on a dancefloor » contient donc de véritables petites bombes, qui ne demande qu'à te faire bouger ton corps, des titres beaucoup plus anecdotiques sans être forcément désagréables, et quelques bides. Mais globalement le contrat est parfaitement rempli : dans le genre « électro pop écoutable en dehors d'une boîte de nuit mais qui pourra aussi te faire danser sur la piste », cet album est parfait, grâce à une production d'excellente qualité, et au sens inné de Madonna de sentir la tendance du moment, de savoir ce qui va exciter son auditeur au moment de la sortie de son disque.
Néanmoins, malgré son efficacité, on ne peut s'empêcher de regretter l'absence de réelle émotion : danser, c'est cool, mais on aurait pu en attendre plus de cette artiste. Aucune prise de risque non plus : échaudée par le flop d'American Life, la Madonne a sorti l'artillerie lourde pour ne pas se vautrer une deuxième fois. Ca fonctionne à mort, mais reste cet arrière goût d'album immédiatement consommable, à durée de vie limitée, efficace mais un chouilla fadasse… loin derrière la cohérence et l'absence de compromis de « Ray of Light », « Music » et plus encore « American Life », période sacrée où la chanteuse osait prendre des risques, lâcher des titres moins accessibles mais tellement plus intéressants.
Quoiqu'il en soit, à 47 ans, Madonna n'est définitivement pas prête à se ranger, son nouveau délire de « reine du néo disco » est gagné et c'est une bonne nouvelle. Espérons que « Confessions on a dancefloor » n'est qu'un premier pas pour se relancer et nous livrer un futur album plus mieux, un petit rail de coke dans une vie de mère au foyer rangée tendance mystique qui va la faire monter encore plus haut.
… C'est dur à dire, mais malgré ses défauts, l'écouter reste un grand moment de folle ambiance. On ne se refait pas, votre nature reprendra toujours le dessus.