jeudi 14 décembre 2006 à 21:29
J'aimerais vous faire part d'un petit livre très étonnant et passionnant pour tous ceux que la surréalisme intéresse: il s'agit des
Recherches sur la sexualité (Janvier 1928-août 1932) menées par le groupe avec une liberté de ton et de propos rarement atteinte sur le sujet.
Le livre se présente sous la forme de procès-verbaux, 12 au total, consignés par André Breton, maître d'oeuvre de ces recherches. Chaque intervenant pose des questions collectives ou personnelles, à sa guise, sans tabous ni censure... cela donne des détails étonnants, ainsi on voit surgir une ligne de fracture nette dans le groupe au sujet de l'homosexualité:
"-Benjamin Péret: Que penses-tu de la pédérastie?
-Raymond Queneau: Du moment que deux hommes s'aiment, je n'ai aucune objection morale à leurs rapports physiologiques.
Queneau ajoute: je constate qu'il existe chez les surréalistes un singulier préjugé contre la pédérastie.
-André Breton: J'accuse les pédérastes de proposer à la tolérance humaine un déficit mental et moral qui tend à s'ériger en système et à paralyser toutes les entreprises que je respecte."
Aragon, tenté par l'homosexualité, éludera la même question...
Sur leurs rapports aux femmes, les surrés se montrent aussi sincères... Aragon avoue sans gêne n'avoir que des "érections incomplètes", Breton revendique son goût pour la sodomie (à comparer avec sa haine de l'homosexualité masculine...), Eluard prétend pouvoir faire l'amour 11 fois de suite sans fatiguer...
On pourrait regretter l'absence de Dali dont le langage fantasque aurait apporter une touche assez délirante aux propos...
Aragon se montre particulièrement romantique dans ses propos et montre un respect de la femme, dans son égalité même (y compris sexuelle), très en avance sur les autres... à la clé cette très belle phrase du "fou d'Elsa":
"-André Breton: Il est curieux d'observer que nul ne puisse dire ici ce que c'est qu'aimer une femme.
-Louis Aragon: Si, moi. Aimer une femme, c'est considérer celle-ci comme l'unique préoccupation de sa vie, préoccupation devant laquelle toute autre préoccupation cède."
A lire, donc.