jeudi 22 mai 2008 à 09:56
Ce genre d'histoire remonte à la nuit des temps. C'est un grand thème de la littérature. L'homme ou la femme qui se fait passer pour ce qu'il n'est pas. Qui ment...
Mais le monde virtuel favorise énormément la survenue de ce genre de problème, car il est beaucoup plus facile de mentir quand on n'est pas physiquement en présence l'un de l'autre, et que beaucoup de personnes timides, peu assurées d'elles-mêmes et qui auraient beaucoup de réticence à se confier à une personne étrangère dans la vraie vie vont s'y risquer dans une relation virtuelle qui leur assure - croient-elles, à tort ou à raison - une certaine immunité.
Quand on est en face de quelqu'un, mentir est difficile, en raison du langage du corps. Celui-ci ne se contrôle pas facilement. La communication virtuelle supprime un tas de signaux, elle favorise l'idéalisation, le rêve. Même si on a affaire, à l'autre bout, à une personne réelle, on est beaucoup plus dans l'imaginaire que dans la réalité.
D'un côté, un rêveur ou une rêveuse, qui a du mal à trouver son bonheur dans la vie réelle et va le chercher dans ce monde semi-imaginaire. Et de l'autre ? Un pervers ? Parfois, peut-être. Mais plus souvent sans doute quelqu'un qui ne peut pas assumer la réalité, cherche à exister virtuellement et fuiera s'il y a le moindre risque d'être révélé tel qu'il est réellement. Par exemple : un grand handicapé physique. Plus souvent : un handicapé sur le plan psycho-social. Le pervers existe en détruisant. Celui-là cherche à exister mais n'ose pas le faire dans le réel de peur d'être détruit.
Je n'ai pas beaucoup d'expérience des relations virtuelles sur internet. En revanche, j'ai vécu des échanges épistolaires et téléphoniques à une époque ou meetic n'existant pas, on se rencontrait par petites annonces. J'ai ainsi correspondu longuement avec une fille (pas une ado : la trentaine), des heures au téléphone, de longues lettres (l'écriture est quelque chose de très personnel, intime, très sensible). Deux ou trois mois. Nous nous entendions très bien, beaucoup de choses en commun. Elle disait avoir un physique agréable, mais avoir très peur de me rencontrer. J'ai presque réussi à la convaincre d'un rendez-vous, finalement elle n'a pas voulu venir. Je ne l'ai jamais vue. Bien sûr je connaissais son nom, son adresse, mais je n'ai jamais voulu l'importuner, j'ai respecté son choix. De toute manière si j'y étais allé, je pense qu'elle aurait été terrorisée, paralysée d'être face à moi, ça n'aurait mené à rien. Elle a continué à m'appeler, j'ai esquivé et cessé toute relation.
Pour résumer, je pense que l'on a plus souvent affaire à des névrosés qui n'arrivent pas à s'assumer dans la réalité qu'à de méchants pervers avides de faire souffrir. Les pervers sont des personnalités tordues mais généralement robustes qui réussissent très bien leurs coups dans le vrai monde...