Sunday 04 December 2005 à 21:30
le 8eme : Charles Pasqua !
Charles Pasqua : Des valeurs communes
En 1983, M. Sarkozy de Nagy-Bocsa est devenu maire de Neuilly à la place de M. Pasqua par une manœuvre habile plus que par une négociation. Mais M. Pasqua n’en n’a pas voulu à ce jeune ambitieux. Ils se sont rangés tous deux derrière M. Balladur en 1995, et surtout, M. Pasqua a laissé aimablement sa place de président du conseil général des Hauts-de-Seine, département le plus riche de France à M. Sarkozy. La carrière de M. Pasqua est trop riche pour être résumée par une notice. Des ouvrages fort intéressants lui ont été consacrés, comme La Maison Pasqua du journaliste Nicolas Beau, rédacteur au Canard enchaîné.
Bornons-nous à rappeler ses principaux faits d’armes. De 1964 à 1969, il est le patron du service d’action civique (S.A.C.), la tristement célèbre milice du parti gaulliste. De 1968 à 1981, ses membres auront des ennuis avec la justice pour:
« coups et blessures volontaires, port d'armes, escroqueries, agressions armées, faux monnayage, proxénétisme, racket, incendie volontaire, chantage, trafic de drogue, hold-up, abus de confiance, attentats, vols et recels, association de malfaiteurs, dégradation de véhicules, utilisation de chèques volés, outrages aux bonnes mœurs. » (François Audigier, Histoire du S.A.C., éd. Stock, 2003, p. 462).
Avant 1968, la soumission de la justice était telle qu’aucune instruction n’a pu être menée. Et pourtant, c’était encore pire, puisque Jacques Foccart, successeur de M. Pasqua à la tête du S.A.C., a procédé à une épuration des membres du S.A.C. les plus incontrôlables en 1968/1969 !
A la même époque, il aurait fait installer au Maroc des laboratoires fabriquant de la cocaïne, avec les barbouzes du S.A.C. et du Sdece (services secrets, ancêtres de la D.G.S.E.) ainsi que ses amis Corses, avec ses activités à Pernod-Ricard comme couverture. C’est ce dont l’accuse Mme Jacqueline Hémard, héritière du groupe Pernod-Ricard, depuis 1996, sans avoir jamais été attaquée en diffamation. Quant à M. Hicham Mandari, ancien conseiller du roi, il affirme, sans avoir été attaqué non plus, qu’Hassan II avait interdit à la gendarmerie marocaine de contrôler les camions Pernod-Ricard.
Dans les années 1980, M. Pasqua est un fervent partisan d’alliances avec le fn et de rapprochements idéologiques. Il fait par exemple bruyamment entendre sa voix en faveur du rétablissement de la peine de mort et fait voter une loi scélérate sur l’immigration pendant la première cohabitation (abrogée par la gauche dès 1989). Il tient un discours très musclé aux policiers, qui n’a bien entendu rien à voir avec le meurtre de Malik Oussekine, en décembre 1986.
Au début des années 1990, le clan Pasqua se met à son compte, puis se rallie à M. Balladur. Comme par hasard, ce détachement de M. Chirac signe le début de ses ennuis judiciaires. M. Pasqua est mis en examen depuis mai 2001 dans l’affaire Falcone pour « recel d’abus de biens sociaux » et « financement illégal de campagne électorale » (celle des élections européennes, en 1999). Il risque d’être renvoyé devant la Cour de justice de la République pour trois dossiers de « corruption » relatifs à son deuxième passage au ministère de l’Intérieur (1993/1994). Il est ainsi soupçonné d’avoir accepté de jeux au casino d’Annemasse, alors dirigé par un de ses proches, M. Feliciaggi, dans des conditions illégales, d’avoir contraint la société GEC-Alsthom à lui verser 5,2 millions de F pour autoriser le déplacement de son siège social et d’avoir perçu, lui et son entourage, des sommes d’Étienne Léandri, provenant de 21 millions de F de commission que cet individu (décédé en 1995) avait reçus de la Société française d'exportation des matériels et systèmes du ministère de l'intérieur (Sofremi).
Le fils d’Étienne Léandri, Daniel, conseiller de M. Pasqua, a été condamné en novembre 2003 à dix mois prison ferme et 200 000 euros d’amende dans le procès Elf, peine confirmée en appel le 21 mars 2005. Le fils de M. Pasqua, Pierre-Philippe, réfugié en Tunisie, est lui visé par deux mandats d’arrêt dans les affaires Sofremi et GEC-Alsthom. Son cousin germain été mis en examen en 2002 avec M. Claude Marchiani, frère de l’ex-préfet du Var, dans l’enquête sur les fonds occultes versés à l'occasion d'un marché passé avec Aéroports de Paris.
En juin 2004, le juge monégasque Jean-Christophe Hullin a clos son enquête sur un réseau de blanchiment qui, selon une note de synthèse de la police monégasque du 6 mars 2001, a « largement utilisé le secteur bancaire de la principauté et des relais douteux pour se livrer à des opérations qui ont permis de réinvestir dans des activités légales, l'immobilier, le financement de partis politiques et la mise à disposition d'individus membres du milieu de sommes importantes en liquide. […] Au niveau national, le groupe Feliciaggi-Tomi est lié au parti politique français dénommé RPF, et notamment son président, l'ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua. Des contacts financiers, téléphoniques et professionnels sont avérés. »
Plusieurs collaborateurs de M. Pasqua sont eux aussi mis en examen dans les affaires Sofremi, Falcone, GEC-Alsthom, etc., notamment M. Marchiani, qui a nommément mis en cause MM. Pasqua et Chirac. Sur toutes ces procédures judiciaires, voir Le Monde des 16 mars 2001, 11 juin 2004, 3 août 2004, 25 décembre 2004 et 1er avril 2005.
Le 7 avril 2004, Libération indique que M. Pasqua pourrait avoir une nouvelle casserole :
« Si ce n’est pas encore de la malversation caractérisée, c'est déjà une référence en matière de gabegie de fonds publics. Entre début 2001 et juillet 2003, le conseil général des Hauts-de-Seine a dépensé au moins 3 millions d'euros dans un projet de centre d’art contemporain finalement annulé par le tribunal administratif pour un mauvais choix de site juste après l'arrivée des premières pelleteuses. »
À l’étranger : l’Internationale réactionnaire
M. Sarkozy de Nagy-Bocsa, fasciné par le parti républicain américain, n’a jamais caché qu’il aurait préféré que la France ne s’oppose pas à l’intervention des États-unis en Irak. Au Proche-Orient, il soutient sans nuance le Likoud, la droite nationaliste israélienne, récusant le point de vue équilibré qui prévaut dans la politique française depuis François Mitterrand : le droit des Palestiniens à un État contre le droit tout aussi légitime d’Israël à la sécurité, dans des frontières sûres et reconnues.
Il est très apprécié par M. Stoiber, le président de la C.S.U. Antenne bavaroise de la C.D.U. (parti démocrate-chrétien), ce parti est très conservateur, tellement d’ailleurs qu’il n’a jamais réussi à placer son candidat à la chancellerie. M. Stoiber se vante d’avoir empêché l’extrême droite de progresser en Bavière, mais vu les moyens employés, il pouvait difficilement en être autrement ! Au conservatisme radical traditionnel, M. Stoiber y a rajouté un libéralisme tout thatchérien, qu’il partage avec sa rivale Angela Merkel, présidente de la C.D.U.
Bref, M. Sarkozy de Nagy-Bocsa est le candidat officiel de la droite dure qui émerge dans un nombre croissant de pays depuis le tournant des années 1970 et 1980. Il est des leurs. Ultralibéralisme économique, ultraconservatisme politique, communautarisme ethnique et religieux, cléricalisme poussiéreux, alliance de circonstance la droite nationaliste israélienne contre les solutions de gauche laïque pour le Proche-Orient : voilà le canevas commun.
Post-scriptum : quelques compliments embarrassants
Rendant compte du premier passage de M. Sarkozy de Nagy-Bocsa à « 100 minutes pour convaincre », en décembre 2002, Minute loue la « courtoisie » du ministre de l’Intérieur avec M. Le Pen, à la différence du « traitement infligé à Guigou, bête noire des électeurs de droite », qui lui a logiquement valu « la jubilante sympathie d’une fraction de l’électorat F.N. »
Dans un entretien au Parisien du 21 novembre 2004, M. Le Pen reconnaît « avoir une certaine considération » pour M. Sarkozy de Nagy-Bocsa, jugeant que « sans lui, la droite serait en coma dépassé » ; que lui et M. Galouzeau de Villepin, « ne trient pas entre les partis démocratiques dont nous sommes ».
Dans un entretien au Progrès du 10 décembre 2004, M. Noir, ancien maire de Lyon condamné à trois reprises pour divers délits financiers, déclare que M. Sarkozy est « Le meilleur capitaine possible pour l’U.M.P. »