Qu'est ce qu'une société secrète ?
Le Grand Larousse nous rappelle qu'une société est une réunion de personnes soumises à un règlement commun ou régies par des conventions en vue d'une activité commune ou pour la défense de leurs intérêts .
Mais une société secrète ?
Cette encyclopédie n'en fait pas mention. Quant au Petit Robert, on reste surpris de son insuffisance puisqu'il définit une société secrète ; "comme étant une association qui poursuit en secret des menées subversives" .
Ce qui est étrangement limitatif car de nombreuses sociétés secrètes se donnent pour mission de défendre l'ordre, qu'il soit individuel ou social et de s'opposer à toutes les formes de subversion .
Essayons donc de voir plus loin et plus juste...
Demandons-nous, d'abord, pourquoi une association peut être qualifiée de secrète.
Nous trouverons deux raisons qui, dans quelques cas, ne s'excluent point.
Une société est secrète du fait de son recrutement ou du fait de ses activités.
Ainsi on sait, au moins dans les grandes lignes, comment sont "dressés" les associés laïcs de la Compagnie de Jésus, mais on ignore leurs noms.
En revanche, les francs-maçons anglo-saxons se font gloire et honneur, dans le monde profane de leur initiation, mais se taisent sur les conventions qui les lient en vue d'une activité commune .
Dès 1946, sous le
nomes mysticum de
Geoffroy de Charnay*, un érudit, . M. Husson, a publié une copieuse étude exhaustive sur la Synarchie politique**.
Il n'est pas dans nos intentions de percer pourquoi,plus tard, d'autres ouvrages sur le même sujet ont accumulé les erreurs et les omissions,dont un grand nombre ne sont sans doute pas involontaires et tiennent plus de l'intoxication politique que de l'impartialité historique.
*Dignitaire de l'Ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, aptes un procès inique, fut brûlé vif aux côtés du grand-maître Jacques de Molay, dans une des îles parisiennes de la Seine, en mars 1314.
**Les Editions Médicis, Paris.Quoi qu'il en soit, nous nous contenterons,en ce moment, de suivre Geoffroy de Charnay,dans sa classification des diverses et nombreuses sociétés secrètes politiques.
Il distingue trois catégories, ou, si l'on préfère, trois degrés.
A. - Les sociétés secrètes inférieures dont le public connaît, sinon les buts exacts, au moins l'existence.
En France, la plupart d'entre elles sont administrativement légales, ayant souscrit aux prescriptions de la loi de 1901.
Parmi elles, citons la franc-maçonnerie (bleu), la Société Théosophique en son cercle extérieur, de nombreuses " petites églises " ; on y classera aussi des groupes politiques
allant des trotskistes aux nostalgiques de I'O.A.S. ; enfin quelques mouvements séparatistes, comme le
" Gwan-an-Du* " armoricain.
*Noir et blanc, rappelant le blason des ducs de Bretagne, de sable et d'hermine.
Dans chacune de ces sociétés, les adhérents possèdent la mentalité du parfait militant.
En dehors de quelques sinistres indicateurs, ces braves gens croient sincèrement, profondément à un idéal, religieux, philosophique ou politique.
En un mot, dans ces sociétés, les idéologies prônées sont des appâts à l'aide desquels on draine une clientèle sincère, probe, désintéressée et naïve.
Le recrutement y est très divers.
Malgré ce qu'affirment les dirigeants, presque tous les postulants sont admis.
Un esprit critique, une forte instruction, une intelligence éclairée, une situation sociale en vue, cependant, sont parfois plutôt des obstacles que des références.
Sous le couvert d'initiations à des grades successifs, on diffuse des mots d'ordre ou des consignes d'action.
Surtout, on étudie les nouveaux inscrits et, le cas échéant, on les dirige vers " des voies de garage " ou, au contraire, on les oriente vers la seconde catégorie de sociétés secrètes.
On a écrit que les sociétés secrètes inférieures étaient comparables à des viviers où l'on abandonne le fretin à son sort obscur, mais où l'on pêche les " gros poissons " afin de les élever dans des bassins mieux adaptés à leur qualités.
Comme les noms, sinon les buts réels, de ces sociétés secrètes son seuls connus du public, elles sont parfois désignées, comme boucs émissaires, à l'aveugle fureur populaire.
Qu'on me pardonne ce cruel jeu de mots, mais on les couvre de tous les péchés d'Israël.
Ces déchaînements de haine sont préparés par des campagnes de calomnies savamment orchestrées dont les instigateurs, bien souvent, sont les propres dirigeants, les supérieurs inconnus qui, debout derrière un voile, invisibles et présents, tirent les ficelles de ces marionnettes.
Ainsi, en sacrifiant leurs troupeaux d'esclaves les chefs occultes assurent leur propre sécurité et continuent avec d'autres figurants leur action souterraine.
B. - Ce qui nous conduit à la seconde classe des sociétés secrètes, celles que Geoffroy de Charnay nomme les sociétés de cadres ou sociétés intermédiaires.
Celles-ci sont authentiquement secrètes car seules quelques personnes en connaissent ou en soupçonnent l'existence et les buts.
Leurs affiliés restent inconnus non seulement du monde profane mais aussi des membres des sociétés secrètes de base.
Elles ne sont jamais déclarées selon les prescriptions de la loi de 1901, ou bien se dissimulent sous le couvert de groupements anodins. Nul n'y propose sa propre affiliation.
C'est un conseil, occulte, qui décide, par coaptation, qui en est digne. Fréquemment (mais pas constamment) ces sélectionnés ont fait, à leur insu, un stage probatoire dans une société inférieure.
Une tactique d'approche est mise en oeuvre par les responsables qui ne se dévoilent qu'en dernier ressort et après s'être protégés d'éventuelles indiscrétions par tout un système de faux-semblants et de mises en garde.
Le nouvel inscrit est, pour ainsi dire, choisi d'autorité. Un refus de sa part l'exposerait à d'imprévisibles sanctions; il doit, désormais, obéir
" perinde ac cadaver* " ; toute indiscrétion, toute imprudence seraient sanctionnées d'une façon radicale.
Ces sociétés-cadres modifient, selon les circonstances, leurs noms et même leurs structures. Aussi ne sont-elles décelées qu'après leur disparition ou plutôt leurs anciens avatars** .
On citera (parce qu'elles ne sont plus) :
les llluminés de Bavière d'Adam Weishaupt, The High Brotherhood of Louxor, I'A.A. d'Aleister Crowley, la Compagnie du Saint-sacrement (sous Louis XIV), les kabbalistes de la Kehilla, l'Edelweiss. Après l'assassinat, par les miliciens, du grand-maître Constant Chevillon, le voile qui protège le Martinisme a été soulevé un instant.
Mais depuis, les authentiques continuateurs du Philosophe Inconnu ont repris, symboliquement, le Masque et le Manteau qui les défendent contre les infiltrations profanes.
Qui voudrait être instruit des anciennes activités du cercle intérieur de la Société Théosophique lira
La Pierre philosophale d'Anker Larsen***... mais en se souvenant que ces révélations appartiennent au passé.
*L'obêissance, selon l'expression d'Ignace de Loyola : " à la façon d'un cadavre " .
**Métamorphose, réincarnation sucessives, selon le Vedanta.
***Bloud et Gay, éditeurs, 1935.Quant au Mouvement
Synarchique d'Empire, il se cache maintenant, comme les calamars, sous un flot d'encre...
Ces groupements abandonnent à la piétaille des sociétés secrètes inférieures les vains appâts des idéologies plus ou moins sentimentales. Ils se veulent réalistes et volontiers nietzchéens,
" par-delà le Bien et le Mal ".
Ils sont peu nombreux, bien cloisonnés, mais parfois, selon les impératifs du moment, scellent entre eux des alliances momentanées.
Plus souvent ils se livrent des combats souterrains, acharnés, où tous les coups bas sont non seulement permis mais recommandés, à l'exclusion, cependant, d'indiscrétions mutuelles qui alerteraient sinon les milieux profanes au moins les pouvoirs publics.
Là aussi, le silence est la loi du milieu. Entre eux, les affiliés de même tendance pratiquent une solidarité discrète, mais particulièrement efficace.
Comme au jeu d'échecs, il s'agit, d'abord, de placer les pièces maîtresses aux bons endroits, aux leviers de commande. Ainsi ces groupes, par osmose, contrôlent les rouages essentiels des Etats, comme des grandes organisations mondiales de la Politique et de l'Economie.
Mais un des promus fait-il acte d'indépendance ou d'insuffisance ? Est-il la proie de scrupules ? Commet-il quelque indiscrétion, même mineure ?
Il est aussitôt éliminé, même, s'il est nécessaire, par les moyens les plus radicaux, dont certaines crises cardiaques attribuées au surmenage ne sont pas exclues.
Comme le précise pertinemment Geoffroy de Charnay : " Le rôle des membres de ces sociétés de cadres est surtout de gestion. "
Ces sociétés de cadres ne sont pas particulières à notre époque. Pour comprendre ou, plus exactement, deviner leurs rôles, il n'est que de relire, dans les Mémoires du duc de Saint-Simon les passages relatifs au choix des confesseurs de Louis XIV et spécialement du Père Le Tellier.
Mais ces associations ne sont encore que des rouages.
Elles exécutent plus qu'elles ne commandent.
L'élaboration du plan appartient aux sociétés secrètes de troisième degré.
C. - Les sociétés secrètes supérieures sont totalement occultes. La masse des profanes n'en soupçonne même pas l'existence. Elles restent ignorées des sociétés secrètes de base et pour les sociétés de cadres constituent un sujet tabou.
La page de garde du Pacte Synarchique Révolutionnaire est, à ce point de vue, significative :
" Toute détention illicite du présent document expose à des sanctions sans limite prévisible, quel que soit le canal par lequel il a été reçu.
Le mieux, en pareil cas, est de le brûler et de n'en point parler. La révolution n'est pas une plaisanterie mais l'action implacable régie par une loi de fer. " Geoffroy de Charnay précise :
" Ni leur nom, ni leur existence, ni leurs affiliés ne sont connus. On en est réduit à de simples conjectures. "Plus précisément, la découverte fortuite de quelque énigmatique document ou une confidence inopinément surprise met sur la voie.
C'est ainsi que, durant sa courte agonie, après l'attentat dirigé contre lui,
Walter Rathéneau prononça :
" Les soixante-douze qui mènent le monde...* "Cet état-major international ne comprend qu'un petit nombre d'initiés dont la plupart sont classés parmi les " dirigeants " ou les grands hommes d'Etat.
Mais certaine d'entre eux vivent, dans la clandestinité, une existence retirée, ascétique; nul ne soupçonne leur influence ou même leur identité véritable.
Qui veut être renseigné sur leur rôle dans l'élaboration du récent concile oecuménique lira, avec fruit,
Une larme pour tous de Paul Arnold**.
Tous ces adeptes (réunis en une hiérarchie indéchiffrable dans l'état actuel de nos connaissances) détiennent des pouvoirs immenses. Il semble que seule la volonté de puissance les anime, ou qui sait ? La foi en une mission universelle et providentielle.
Peut-être empruntent-ils leur sérénité olympienne à l'enseignement de la Bhagavat Gita et spécialement à ces deux versets :
" Sois attentif à l'accomplissement des œuvres, jamais à leurs fruits ; ne fais pas l'œuvre pour le fruit qu'elle procure, mais ne cherche pas à éviter l'oeuvre." Constant dans ta propre unité, accomplis l'oeuvre et chasse le désir. Sois égal aux succès et aux revers."
*Les Réprouvés de Ernst von Salomon.
**Une larme pour tous, de Paul Arnold (Paris, 1951) .
Ce message a été modifié par enis - Wednesday 01 October 2008 à 13:05.