L'Histoire Occulté de l'Allemagne
Les Réprouvés
Novembre 1918, effondrement du Deuxième Reich! Désespoir, misère, famine, chômage, anarchie. Partout le sentiment confus, mais qui se présicera, " qu'on a été trahi ".
Le Kaiser et le Kronprinz de Prusse se sont enfuis piteusement en Hollande. Les autres monarchies et les
brillants seconds, ne sont plus que de pâles souvenirs. Faute de mieux, la République a été proclamée, mais c'est un régime auquel nul ne croit et qui ne croit pas en lui-même.
A peine commence-t-il de prendre corps que le gouvernement Ebert est furieusement attaqué à droite comme à gauche. D'un côté, les petits-fils spirituels de Spartakus, de l'autre la résurrection du vieil et toujours vivace esprit des junkers (les Lézards) et de la Vehme.
D'abord le mouvement spartakiste. Descend-il, en ligne directe, par filiation initiatique, des Illuminés de Bavière ? C'est probable, mais ce n'est pas, faute de documents écrits, historiquement démontrable. Pourtant son programme est calqué sur les directives secrètes de Weishaupt. Cette fois, les meneurs ne sont plus des pédants et des dilettantes, mais des gens du peuple qui ont le ventre vide et dont la plupart reviennent, écoeurés, des tranchées.
Pour la première fois, une femme joue un rôle prépondérant dans l'histoire de l'Allemagne : Rosa Luxembourg. Elle partage avec Karl Liebknecht la direction de la " Ligue Spartakus* ", elle-même issue de la fraction activiste de la
Social-démocratie.
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SpartakusbundFils d'un des fondateurs de la Seconde Internationale, Karl Liebknecht naît à Leipzig en 1871. Il représente l'extrême-gauche du parti social-démocrate, d'abord à la Chambre prussienne puis au Reichstag.
Presque seul, il proteste avant la guerre contre l'inflation des crédits militaires où il pressent (à juste titre) une menace de guerre générale. Pendant la guerre, il tente de noyauter les ouvriers des usines et les femmes des combattants. Action clandestine qui risque, à tout instant, de le placer en face d'un peleton d'éxécution.
En mars 1916, il crée (ou ressuscite) la Ligue Spartakus qui deviendra l'embryon du parti communiste allemand. Il est dénoncé, maltraité, incarcéré, et ne sera libéré que par la débâcle. Mais même privée de son chef, et tout en restant secrète et hors-la-loi, la Spartakusbund a recruté de nombreux militants, bien organisés, préparés à l'action directe dès que le moment sera venu.
Liebknecht ne croit ni au parlementarisme ni à une république bourgeoise. Il refuse d'apporter sa caution au gouvernement Ebert*
1, suivant ainsi les conseils de Rosa Luxembourg.
En France, Rosa Luxembourg aurait été cataloguée parmi les "enragées".
C'est une grosse juive, au physique peu engageant, mais à la culture révolutionnaire profonde et à l'éloquence enflammée. A 35 ans, en 1905, elle a pris une part active à l'émeute russe, dite le " dimanche rouge*
2 ". C'est par miracle qu'elle a échappé aux cosaques de Koutepoff et qu'elle a pu rentrer en Allemagne. Ce mouvement révolutionnaire russe avait été fomenté par le pope Gapone qui mena si mal son affaire que les terroristes le soupçonnèrent d'être un agent provocateur, ce pour quoi ils l'exécutèrent.
Excellente organisatrice, Rosa voyage ensuite par toute l'Europe, puis joue un rôle occulte mais prépondérant, dans l'organisation du parti socialiste allemand.
Les femmes n'ont aucun droit civique ? Qu'importe! Elle prêche le pacifisme et le collectivisme dans les usines. Elle multiplie les brochures clandestines jusqu'au moment où elle est incarcérée pour propagande défaitiste. Libérée en novembre 1918, elle s'allie avec Karl Liebknecht, qu'elle écrase d'ailleurs de son envahissante personnalité. C'est elle qui fomente la " semaine rouge ".
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1 Frieddrich Ebert, président du parti socialiste allemand à la mort de Bebel, n'en vota pas moins pour les crédits de guerre en août 1914. Il prit une part importante à l'ultimatum adressé au Kaiser en novembre 1918. Il succéda au chancelier Max de bade. L'assemblée constituante de Weimar l'élut président de l'Etat allemand (11 février 1919). Vote qui fut homologué en août 1919 et son mandat fut prorogé jusqu'en 1925. Il mourut quelques mois plus tard, renié par la plupart de ses compatriotes.*
2 9/22 janvier 1905.Le 6 janvier 1919, sur mot d'ordre mystérieux, les cellules* spartakistes se ruent à l'assaut du gouvernement provisoire déjà chancelant. Les révolutionnaires écrasent, en quelques jours, les forces gouvernementales. Partis de Munich, les Spartakistes menacent Berlin le 10 janvier. Mais le 11, une contre-attaque foudroyante des ligues de droite dégage Berlin, poursuit son avance dans un mouvement irrésistible ; les Spartakistes, pris de panique, sont décimés.
Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht sont reconnus, jetés en prison, massacrés.
Au mois de mars suivant, la Ligue Spartakus tente un nouveau coup d'Etat qui est immédiatement annihilé. C'en est fait, au moins officielement, des descendants de Weishaupt. Les survivants se fondront dans les rangs du parti communiste allemand.
La république dite de Weimar sera proclamée quelques semaines plus tard. Le premier président en sera le chancelier Ebert, celui qui détient un semblant de pouvoir, depuis l'abdication de Guillaume II. Un double danger menacera la république dès sa naissance : la crise économique et la surenchère nationaliste.
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Ce terme fut employé (à notre connaissance) la première fois par les Spartakistes.Qui a écrasé les Spartakistes ? Qui est animé de l'esprit de revanche ? Qui estime que la guerre n'a pas été perdue par les armes ? Qui propage la légende du " coup de poignard dans le dos ", imputant l'écroulement du IIeReich aux juifs, aux bourgeois nantis, aux pacifistes de gauche ?
D'abord les chefs militaires groupés autour du général Ludendorff, ensuite les "résurrecteurs" de la Vehme et de l'Ordre Teutonique.
Ces extrémistes masquent leur but véritable et leur action directe sous une multitude d'associations, de guildes, de ligues*, de groupement où les révolutionnaires se camouflent aux yeux des Alliés et des polices gouvernementales. *
Ligue : Bund en Allemand__________________________________________
Dans son livre sur l'Allemagne secrète, Paul Winkler en donne une liste édifiante et qui, pourtant, n'est pas exhaustive.
D'abord les sociétés vraiment secrètes, donc interdites, selon la Constitution de Weimar :
Les Vieux Camarades (du titre d'une célèbre ballade de Uhland),
Andreas HoferBund (Andreas Hofer : héros national du Tyrol),
Arminius-Bund (Evocationdu drame le plus célèbre de Tieck : " Hermann Schlacht "),
Les Niebelungen (Le paganisme éternel de la Germanie),
Ordre allemand (... Qui se disait descendre de l'Ordre teutonique),
La Foi allemande (Se donnant pour idéal un christianisme purement germanique ; précurseur du christianisme aryen des nazis),
Les Oiseaux Voyageurs (Wandervoget : oiseaux de passage, société secrète de " routier " scouts),
Eros (On a dit sans preuve formelle, que c'était une association d'homosexuels),
Frontbund (Anciens combattants),
Anneau germanique (Allusion à l'Anneau des Niebelungen ; et aussi aux poèmes de Stefan George),
Société des Petites Armes, Knappenschaft (Société des Mineurs ; au sens ésotérique, comme dans Henri d'Ofterdingen, de Novalis)Les Chevaliers du Saint-Graal (Allusion, bien entendu, à Parsifal),
Le Marteau de Wotan (Le marteau étant en quelque sorte, le sceptre du dieu germano-scandinave de Wotan... On a comparé le marteau du Wotan au mouvement giratoire du svastika),
Le Bouclier d'Argent (Le bouclier, le pavois, sur lequel les germains hissaient leurs chefs élus).
Ensuite, celles d'apparence innocente et qui sont, officiellement, déclarées et enregistrées :
Guilde académique Werlandi, Société de gymnastique du Peuple allemand, Bartelsbund, Jeunesse Bismarck du parti du Peuple allemand national, Bund des Vétérans allemands, Bund des Amis d'Edd, Bund des Fidèles, Bund des Marins allemands, Nouveau Bund des Chercheurs, Bund des Lutteurs allemands, Bund allemand d'Education nationale, Bund des Avocats allemands, Bund Franconien, Bund de la Renaissance allemande, Bund des Instituteurs allemands, Renaissance chrétienne allemande, Chêne allemand, Bund allemand de la Défense locale, Société des Femmes allemandes d'Ostmarck, Héraut allemand, Cercle des Ecoles secondaires allemandes, Bund allemand oriental, Société allemande Ostmarck, Bund des Armes allemandes, Société allemande de Placement social, Parti social allemand, Bund des Chercheurs allemands, Société académique nationale allemande, Jeunesse Siegfried des peuples allemands, Bund de la jeunesse nationale allemande, Bund des Ecrivains allemands nationaux, Bund des Etudiants nationaux Allemands, Bund économique allemand, Confrérie des Voyageurs, Union de l'Artillerie de campagne, Société du Pin, Société des Enfants d'Irminsul, Société de la Conscience germanique, Bund de la Jeunesse germanique, Société des Amis de la Conscience, Société de la Moralité nationale germanique, Chercheurs de la Patrie, Bund des Allemands Hubertus, Groupe de la Jeunesses du Bund allemand Kyffhaüser, Jungborn-Bund, Bund des Chercheurs de la Jeunesse allemande, Bund Baldur des jeunes professeurs, Bund de la Jeunesse nationale, Innklub, Bund Kronacher, Conseil Kultur-Bund Mitgart, Société nationale des Officiers allemands, Nouvelle Société Gobineau, Bund non-sémite, Société de Secours des Vétérans patriotiques, Reichbund Noir-blanc-rouge, Reichsbund des anciens Lieutenants, Reichsbund Gegenzins, Bund des Officiers du Reich, Ordre de l'Honneur allemand, Bund commémoratif Schlageter, Cloche d'Alarme, tejabund, Bund des Artistes allemands de Bavière, Bund pour une meilleur Vie, Société de Gymnastique Theodor Koerner, Bund de la Jeunesse patriotique du Prince von Bismarck, Société de Amis de l'Art allemand, Société des Etudiants allemands, Groupe national des Femmes, etc.
L'historien E-J. Gumbel, qui a consacré quatre volumes aux crimes de la nouvelle Vehme, définit les liens occultes qui fédéraient ces divers groupements :
"Le programme officiel, comme le nom, change selon les nécessités politiques. La tendance réelle reste cependant la même. Ce serait donc une erreur de supposer que toutes ces sociétés existaient séparément et parallèlement.
Dans bien des cas, l'une naissait d'une autre et des sociétés portant des noms différents n'en formaient parfois qu'une seule, car les mêmes individus pouvaient appartenir à toute une série d'associations.
Le changement de nom, constant, servait souvent à voiler l'ensemble de la structure des organisations pour rendre pratiquement sans effet la dissolution de l'une d'entre elles sur l'ordre du gouvernement ou sous la pression de l'opinion publique.
Le véritable but de la fondation de sociétés nouvelles sous des noms nouveaux, et réunissant des membres nouveaux, était souvent d'exclure les individus que l'on ne pouvait plus considérer comme complétement dignes de confiance, tout en évitant leur inimitié."Ces associations servaient donc de couverture à des groupes aux desseins troubles, pour ne pas dire criminels, qui se targuaient hautement de prolonger la
Sainte-Vehme et la
Société des Lézards... Y avait-il filiation directe ?
C'est possible. En tous cas, il y avait certainement adoption de principes et hiérarchie analogues.
Les moyens d'exécution seuls avaient changé. La hart était remplacée par le revolver.
Ces groupes exécutants appartenaient essentiellement soit à l'
Organisation Rossbach*
1, soit à l'
Organisation Consul*
2 (ou
Organisation C.).
La première formation se recrutant essentiellement parmi les anciens officiers " à terre " et la seconde parmi les officiers de l'Aviation et de la Marine de guerre.
Parfaitement structurées, soumises à une stricte discpline, composées d'anciens combattants accoutumés à commander et à obéir, ces deux organisations agissaient en étroit accord, sous la haute direction d'un état-major général, analogue à l'O.K.W.*
3 dont le chef occulte était le général Erich von Ludendorff.
Il est d'ailleurs probable que, au bout de quelques mois, les deux "organisations" fusionnèrent.
L'Histoire a surtout retenu le nom de
Consul (ou de C)
*
1 En mémoire de la défaite que, le 5 novembre 1757, Frédéric II avait infligée au maréchal de Soubise.*
2 Allusion aux Consuls de Rome. Le chef en était le capitaine Kautler.*
3 O.K.W. : état-major général durant la guerre.Le 22 septembre 1921, à la diète de Bade, un député social-démocrate, le Dr Trunk, eut le courage, ou la témérité, de révéler le schéma directeur de la nouvelle Vehme. Il déclara :
a) Buts spirituels : développement et expansion de la pensée nationale*, lutte contre les pacifistes et les internationaux, lutte contre le judaïsme, lutte contre la social-démocratie et les partis de gauche, lutte contre la Constitution de Weimar, en paroles, en écrits et en actes ; enseignement, aux plus larges couches possibles de la population, de la nature réelle de cette Constitution, programme autoritaire et fédéralisme.
But matériels : organisation dans l'armée d'hommes résolus à empêcher la révolution intégrale de l'Allemagne et à éviter, par la constitution d'un gouvernement national, le maintien des conditions politiques actuelles ; camouflage de l'armée, malgré les exigences des anciens ennemis.
L'organisation est de nature secrète, ses membres sont liés par un pacte d'assistance mutuelle et de protection. Chaque adhérent est assuré de recevoir éventuellement des autres membres l'aide la plus complète. Tous s'engagent à devenir une force qui, lorsque l'exigeront la nécessité, l'honneur de la Patrie et la réalisation de leurs buts, les maintiendra étroitement unis. Chacun s'engage à une obéissance absolue envers les chefs. Les juifs et, en général, les hommes de sang non aryen sont exclus de l'organisation.
L'affiliation à la société expire : a) à la mort ;
à la suite d'une activité déloyale ; c) par la désobéissance aux chefs ; d) par retraite volontaire.
Tous les membres tombant sous les chapitres b et c et tous les traitres seront exécutés par la Vehme.
Voici le serment de fidélité :
" Je déclare sur l'honneur et en joignant les mains que je me soumettrai aux status et agirai selon eux. Je jure obéissance absolue aux chefs suprême de l'organisation et je m'engage à garder le secret au sujet de toutes ses activités.
Que Dieu m'aide ! "Comment les
groupes C mettaient-ils en pratique leurs buts spirituels ?
" Par le fer et par le feu ", selon leur propre slogan. Ils assassinaient sans remords et ils étaient à peu près assurés de l'impunité.
Mais citons encore, pour terminer ce chapitre sur "
l'Histoire Occulté de l'Allemagne" , l'Allemagne secrète de Paul Winkler, livre, écrit en français, le mieux documenté, le plus véridique sur ces tragiques événements.
" Pendant les 3 ans et demi qui suivirent l'armistice, de 1919 au 24 juin 1922, date de l'assassinat de Rathenau, 354 assassinats politiques furent commis en Allemagne par les diverses organisations de " Réveil national ". De tous les crimes, deux seuls furent punis : ceux de Rathenau et d'Eisner, encore le châtiment fut-il extrêmement bénin. Quoique officiellement républicaines, les polices des différents Etats allemands laissaient généralement s'enfuir les assassins. S'il arrivait parfois que des meurtriers fussent arrêtés par des fonctionnaires trop zélés, ils étaient soit acquittés, soit frappés d'une amende, soit condamnés à une peine d'emprisonnement dérisoire, pour quelque motif ridicule tel que le port d'arme prohibées !"Lecture à suivre