mardi 20 mai 2008 à 23:34
mardi 20 mai 2008 à 16:28 Voici un témoignage assez dur à lire... cité par Robert Guillain dans "La Guerre au Japon", stock , 1979
"C'était à Hiroshima ce matin du 6 aout. J'avais rejoint une équipe de femmes qui comme moi travaillaient comme volontaires à faire des coupe feu de protection contre les raids incendiaires en démolissant pour cela des rangs entiers de maisons. Notre groupe en file indienne, avait passé le pont de Tsurumi quand sans qu'il y ait eu alerte, un avion ennemi apparut tout seul, très haut au dessus de nos têtes. Ses ailes d'argent brillaient au soleil d'un vif éclat. Une femme cria "Oh ! regardez un parachute !". Je me tournai dans la direction qu'elle désignait et jsute à ce moment un éclair fulgurant occupa le ciel entier.
Est ce l'éclair qui vint le premier ou le bruit de l'explosion, déchirant mes entrailles ? Je ne me rappelle plus. J'avais été jetée à terre, aplatie sur le sol et immédiatement le monde commença à s'écrouler autour de moi, sur ma tete, sur mes épaules. Je ne voyais plus rien. Il faisait complètement noir. Je crus que ma dernière heure était venue. Je pensai à mes trois enfants, qui avaient été évacués à la campagne en prévision des raids. Je ne pouvais plus bouger : les débris continuaient à tomber, poutres et tuiles s'entassaient au dessus de moi.
Je finis tout de meme par arriver à me dégager en rampant. Il y avait une odeur terrible dans l'air. Pensant que la bombe qui nous avait frappés pouvait être une bombe incendiaire au phosphore jaune, comme il en tombait sur d'autres villes, je me frottai le nez et la bouche assez fort avec mon tenugui, une sorte de serviette japonaise que j'avais à la ceinture. A mon horreur, je découvris que la peau de mon visage était restée dans la serviette. Ah ! celle de mes mains, celle de mes bras se détachait aussi ! Depuis le coude jusqu'au bout de doigts, toute la peau de mon bras droit s'était décollée et pendait de façon grotesque. La peau de ma main gauche se défit aussi, les cinq doigts, comme un gant. [...]
Et qu'est ce qui était arrivé au ciel, ce ciel si bleu un moment avant ? Maintenant il était noir comme la tombée de la nuit. Tout apparaissait vague et brouillé. C'était comme si un nuage couvrait mes yeux, et je me demandais si j'avais perdu mes sens. Je finis par apercevoir le pont de Tsurumi et me précipitai jusque là en courant, enjambant les entassements de décombres. Ce que j'aperçus alors sous le pont me bouleversa.
Par certaines des gens gigotaient dans la rivière. Etat ce des hommes ou des femmes, je ne pouvais pas le dire, ils étaient tous dans le même état : leurs visages étaient bouffis et couleur de cendre, leurs cheveux hirsutes, ils tenaient les mains levées, et avec de grognements de douleur ils se jetaient à l'eau. Le 8 aout, portée sur une civière puis par le train, je fus transportée chez des parents au village de Kasumi. Le docteur du village déclara que mon cas était sans espoir. Mes enfants, rappelés de leur lieu d'évacuation, accoururent auprès de moi. Je ne pouvais les voir, je pouvais seulement les reconnaitre en sentant leur bonne odeur. Le 11 aout ce fut mon mari qui nous rejoignit.
Notre bonheur fut de courte durée. Mon mari qui ne portait meme pas de trace de blessures, mourut subitement trois jours plus tard en vomissant son sang. Nous avions été mariés 16 ans et maintenant moi meme au bord de la mort, je ne pouvais meme pas arranger sous sa tete, comme on doit le faire, l'oreiller des défunts.
Ma vue est revenue assez vite, et au bout de vingt jours je voyais vaguement les traits de mes enfants. Les brulures de mon visage et de mes mains ne guérirent pas aussi vite, et les plaies restaient pulpeuses, on aurai dit de la tomate pourrie. C'est seulement en décembre que j'ai pu marcher de nouveau. Quand en janvier on m'a enlevé mes bandages, j'ai su que mon visage et mes mains resteraient pour toujours déformés. Mon oreille gauche est réduite de moitié. Une trainée de chéloide, boursouflure brune foncé, large comme ma main, va d'un coté de ma tete jusqu'à ma gorge en passant en travers de ma bouche. Ma main droite est barrée d'une chéloide de cinq centimetres de largeur qui va du poignet jusqu'à petit doigt. Les cinq doigts de ma main gauche sont maintenant soudés à la base..."
On se sert du registre hyperbolique, affectif, lorsqu'on ne sait plus que répondre sur le fond ! Tu tombes dans l'histoire-réalité,
Hadora, un peu comme
Morandini dans la télé-réalité ! Que des non-historiens postent ce genre de récit, pourquoi pas, mais quelqu'un comme toi qui veut faire de l'histoire son métier, c'est un peu facile !
Mais bon, en tant que militant, c'est bien joué de vouloir impressionner le quidam lorsque tes arguments s'épuisent ou ne sont plus opérants !