Voici donc mon exposé que j'avais fait en seconde année d'histoire sur les Franciscains. Il fallait commenter la règle des franciscains.
La grande nouveautéz du XIIIeme siècle dans le domaine de la vie religieuse, est l’apparition des ordres mendiants et en particulier des deux principaux, celui des Frères mineurs, créé par Saint François d’Assise et celui des Frères prêcheurs issu de Saint Dominique.
La création des ordres mendiants intervient dans un contexte de développement démographique, économique et urbain. Les ordres mendiant correspondaient à des religieux d’un type nouveau, vivant dans la pauvreté à la fois individuelle et collective, ils ne possédaient ni terres ni immeubles, en dehors de leurs propres église et couvent, à la différence d’autres ordres monastiques tels que Cluny ou Cîteaux.
Ils étaient totalement étrangers au monde du pouvoir et de l’argent. Axés sur l’apostolat, ils ne cherchaient pas à fuir le monde mais, au contraire, à entrer en relation avec les hommes pour leur transmettre le message évangélique et en imprégner les esprits.
Le mouvement franciscain fut fondé par un laïc, fils de marchands qui se prénomme François qui vivait à Assise une petite ville d’Italie en Ombrie. Il décida de ne pas suivre la même voie que son père et de se consacrer à sa vocation : vivre dans la pauvreté évangélique. Très vite il est rejoint par d’autres personnes fascinées par ce mode de vie. E, 1209, il rédigea un « manifeste » fait uniquement de passages de l’Evangile pour le soumettre au pape Innocent III. Confortés par cet accueil favorable, les frères qui prirent alors le nom de mineurs attirent de nombreuses recrues fascinées par le rayonnement personnel de François et ce courant est inédit alors pour l’époque. Avec une rapidité inouïe, le nombre des frères s’accroît et leur champ d’action s’élargit. Malgré tout il devint nécessaire de rédiger une règle de vie pour les Frères mineurs contrairement au souhait de François. Après diverses tentatives infructueuses, un texte connu sous le nom de seconde règle, fut approuvé en novembre 1223, par le pape Honorius III.
Le texte que j’étudie ici provient de cette seconde règle et est le témoignage des devoirs des Frères mineurs. Dès lors, on peut se questionner sur l’impulsion donnée par François et sa règle qui se propage en un vaste mouvement de renouveau évangélique qui soulève toute la chrétienté.
Pour répondre à cette problématique nous allons étudier tout d’abord l’idéal chrétien développé par la pensée de Saint François et par la règle puis dans une seconde partie, nous analyserons la vocation des franciscains.
I/ L'idéal chrétien
Dès le début de la règle : « suivre la doctrine et les exemple de Notre Seigneur Jésus Christ qui dit « Si tu veux être parfait, va et vend tout ce que tu as, donne le aux pauvres et tu auras un trésir dans le ciel. Ensuite, viens et suis moi »
Cette adhésion au Christ est clairement définie. On comprend, dès lors, l’insistance de Saint François à inviter tous ses frères à s’ouvrir à l’Esprit de Jésus. Le mobile qui anima toutes les actions de Saint François fut le souci de plaire au Christ et de lui ressembler. On peut dire que c’est là le fondement même de l’esprit franciscain et que toute vertu pratiquée par Saint François et ses disciples doit être interprétée dans cette perspective, voilà le but essentiel que doivent poursuivre les frères mineurs. A tout nouveau frère admis dans la fraternité, c’est cette passion pour la personne du fils de Dieu qu’il veut leur communiquer. Aussi ne prévoit-il pas que son ordre sera plus spécialement actif ou contemplatif, abonné à la prédiction ou aux œuvres charitables.
Le Franciscain est d’abord celui qui regarde et qui écoute le Seigneur Jésus et se conforme à sa vie et à sa parole. La règle de 1221 est à ce sujet catégorique.
Lignes 3-4 « La règle et la vie des frères consistent à vivre dans l’obéissance, la chasteté, sans rien posséder de propre et à suivre la doctrine et les exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ ».
Cette ardeur à suivre Jésus pas à pas ne fut pas une témérité ou une présomption. En réalité, Saint François a si merveilleusement obéi à son idéal qu’il a pu mériter d’être appelé par un grand pape « la plus parfaire copie du Christ ».
En effet, peu de temps avant sa mort, Saint François va recevoir dans sa chair les stigmates glorieux et douloureux qui font de lui l’image vivante du Christ. Il va porter dans son âme et son corps la douleur de Jésus crucifié. Saint François est certainement le premier des Saints à manifester, à la fois dans sa vie et dans son œuvre cette ardeur dévorante à se modeler sur le Christ ; si bien que toute sa piété telle qu’il la pratiquera et telle qu’il la communiquera aux siens, est une piété centrée sur le Christ.
Sa vie et son enseignement ne visent pas une autre chose qu’à adhérer au Christ vivant et à entraîner dans cette adhésion le monde entier. Si pour Saint François le Seigneur est le Mendiant, le Pèlerin, il est aussi le Dieu créateur, le Juge suprême et le Seigneur. C’est pour cette raison que Saint François ne désigne jamais dans ses écrits le Christ par le seul titre de Jésus ou Jésus-Christ, mais toujours par Notre Seigneur Jésus-Christ.
De plus, si le frère mineur doit suivre le genre de vie du Christ, il doit d’abord suivre le Fils en mettant l’adoration du Père au cœur de sa vie. Pour Saint François, suivre les traces de Jésus, c’est suivre les traces du Fils animé par l’Esprit et tout entier orienté vers le Père. Ainsi si la Règle s’ouvre et s’achève par l’invocation de ce Dieu trinitaire « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », ce n’est pas uniquement une formule littéraire d’époque, le frère mineur parie toute sa vie sur l’Evangile.
A l’image de Saint François, les frères mineurs doivent respecter cette adhésion au Christ comme le prévoit la règle. Cette adhésion passe par de nombreuses privations tout comme l’illustre la volonté de Saint François de « suivre nu le Christ nu ».
L’adhésion au Christ voulue par les franciscains, nécessite un esprit de dépouillement et de grande pauvreté.
Lignes 6-7 « Qu’il vendre tous ses biens et s’applique à les donner aux pauvres. Tous les frères revêtiront des vêtements vulgaires. »
A l’image de Saint François lui-même qui jeta sa tunique, se chaussure, sa ceinture, son bâton, pour revêtir une étoffe grossière qu’il noue à la taille par une corde, le frère mineur doit se séparer de ses biens.
Lignes 4-5 « Si tu veux être parfait, va et vend tout ce que tu as, donne le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Ensuite viens et suis moi ».
Depuis son refus d’une vie mondaine, c’est d’abord sur la difficulté de faire son salut en étant riche qu’a porté sa réflexion, dont les termes sont définis dans ce verset évangélique.
C’est cette expropriation radicale, simple reprise de l’état du Christ pauvre, qui est l’essence même, l’élément constitutif de la pauvre selon Saint François. Dans cette perspective, la pauvreté selon Saint François ne tolère que le simple usage de fait de ce qui est requis pour l’existence. Cet état de pauvreté est illustre par la description de Saint François « son vêtement était sale », «ce misérable vêtement ».
Lignes 7-8 « Tous les frères revêtiront des vêtements vulgaires »
La règle interdit de posséder quoi que ce soit et n’accepte les vêtements que par décence. La pauvreté est au cœur de l’expérience religieuse franciscaine. L’amour de la pauvreté se présente chez Saint François si ombrageux que peu de disciples le comprendront complètement. Saint François va fonder un ordre dont les conditions d’existence seront inouïes jusque là. Avant la règle franciscaine, les moines observaient la pauvreté individuelle, mais possédaient en commun des biens fonciers. La règle de 1221 exige que les frères n’aient aucune propriété collective ni aucun revenu. C’est Dieu lui-même qui pourvoira à leur entretien.
Cette haine de l’argent chez Saint François provient du souvenir de Judas qui trahit le Christ. Cette volonté farouche d’atteindre l’état de pauvreté est pour Saint François une manière de suivre les traces de Jésus, cette pauvreté est clairement définie comme une vertu évangélique par excellence. En effet, la pauvreté franciscaine n’est donc pas une décision en vue d’une mission apostolique ou un désir de rejoindre une classe sociale déterminée mais avant tout une fascination devant l’humilité de l’amour du Christ.
Cette expropriation radicale implique de soi la mendicité, c’est cette mendicité qui va caractériser les franciscains.
L’esprit de pauvreté que développe Saint François est à l’origine de l’état de mendicité chez les franciscains. Puisqu’ils ne peuvent posséder ni biens matériels ni argent, les frères mineurs doivent donc mendier pour survivre. Saint François ordonne de mendier de la nourriture si les frères ne l’obtiennent pas en rendant des services.
Lignes 13-14 « Et lorsqu’il leur sera nécessaire de demander l’aumône, qu’ils n’en rougissent pas. »
Cette pauvreté dans laquelle vivent les frères franciscains, est joyeuse et positive. Elle est don de l’esprit de conversion qui attache à la personne aimée du Christ. De ce fait, Saint François a conscience de tout recevoir de Dieu, la vie, le pain, l’Esprit, les dons matériels et spirituels. Il se sait « mendiant de Dieu ». Et comme Dieu est amour, cette attitude de vérité n’est jamais aliénante mais au contraire libératrice. Sa mendicité volontaire lui ouvre le mystère de l’homme et de ses relations avec le monde créé. L’homme reçoit tout et se reçoit de Dieu.
Pour Saint François, « l’aumône est l’héritage et la justice dus aux pauvres ». Le pauvre qui partage la pauvreté du Christ a donc droit à cet héritage, à l’aumône.
Ainsi donner aux pauvres, c’est restituer ce qui leur revient. De part cette pensée Saint François rend la mendicité comme un acte valorisant et perçu comme l’héritage du Christ.
L’idéal chrétien développé par Saint François dans la règle consiste à l’adhésion au Christ de part sa vie. Pour respecter cette adhésion le frère franciscain doit alors vivre dans un état de pauvreté radical à l’image de Jésus, il doit ainsi « suivre nu le Christ nu ».
II/ La vocation franciscaine
Ligne 10 « tous soient appelés frère mineurs »
Le franciscain est un « petit frère » un « mineur ». Ce terme de mineur, souligne l’adhésion à la condition des plus démunis. Saint François a toujours insisté sur la « minorité » des frères notamment au travail ou au service des marginaux. Il faut être « mineur » dans sa manière d’assumer ses responsabilités ou par le choix du travail auprès des catégories les plus défavorisés. Pour lui, le frère doit se faire le « plus petit », proche des plus petits, cela lui semblait être la mission prophétique de ses frères. Entre frère mineur à la suite du Christ qui a refusé tout pouvoir de domination pour servir les disciples.
La « minorité » n’est pas un des aspects parmi d’autres de la vocation franciscaine, elle en est la définition. Cependant la minorité n’est pas pour François une soumission servile mais un comportement volontaire qui essaie d’éliminer toute forme de domination pour libérer une présence fraternelle.
Lignes 12-13 « Les frères doivent se montrer souriant quand ils fréquentent des gens de peu et méprisés, notamment les pauvres, les infirmes, les malades, les lépreux et les mendiants »
Les frères mineurs par choix, veulent se faire proche de tous ces « handicapés » de toutes sortes, rejetés par le circuit social élaboré par ceux qui ont le pouvoir. Dès la création de la fraternité des frères mineurs, Saint François envoie ses frères pour servir gratuitement dans les léproseries, hospices et hôpitaux où ils travaillent parmi les gens simples. Pour l’époque, c’est une révolution. Par cet acte, Saint François fait éclater les idées et les cadres reçus sur la vie religieuse canonique de son époque. On voit ici qu’il n’a jamais voulu grouper ses frères dans des monastères, d’ailleurs ce terme est volontairement absent dans ses écrits, mais il les envoie servir et travailler chez autrui. Ces frères partagent ainsi le labeur quotidien des petits gens, à l’image du Christ qui lavait les pieds de ses disciples. De plus, en se montrant « souriants », les frères éprouvent une certaine joie dans l’humilité, voire même une jubilation dans une certaine humiliation.
Cette grande humilité développée par Saint François sous-entend un abaissement inouï mais aussi une obéissance face à l’église et un refus de pouvoir entre les frères.
Ligne 2 « Frère François promet obéissance et respect au seigneur pape Innocent et à ses successeurs. »
Cette humilité résulte par l’obligation d’obéir sans discussion au clergé et à l’Eglise, là-dessus, l’attitude de Saint François est claire. L’humilité conduit ainsi à avoir pleinement le sens de l’Eglise, qui est non seulement une hiérarchie de commandements et une autorité sacramentelle, mais l’humanité chrétienne toute entière.
Ligne 3 « La règle et la vie des frères consiste à vivre dans l’obéissance. »
L’obéissance chez Saint François est de la même ampleur que la pauvreté et l’humilité. Pour lui, elle n’est pas une simple exigence de la discipline, elle est fondée sur l’exemple même du Christ « a perdu sa vie pour ne pas perdre l’obéissance due à son Père ». C’est donc de l’adhérence au Christ que jaillit « la vraie et sainte obéissance ».
Dès lors, l’obéissance consiste avant tout dans une totale soumission à tous les vouloirs de Dieu. Ainsi pratiquée comme l’entend François, l’obéissance est le sommet de la pauvreté intérieure. Elle n’a qu’une limite réelle, ce qui est pêché, opposé au salut de l’âme ou contraire à la Règle.
Cependant, cette obéissance à l’Eglise et à Dieu débouche sur un refus de pouvoir au sein de la fraternité.
Ligne 9 « Que les frères n’exercent aucune fonction d’autorité, surtout entre eux. »
L’un des moteurs déterminant de la pensée franciscaine, c’est le refus du pouvoir, de la puissance. En effet, on trouve un florilège des expressions non pas tant de haine que du refus du pouvoir dans les écrits de Saint François. Il y a un refus total de la domination dans les rapports internes à la communauté qui est l’acte essentiel de la fraternité.
L’ordre franciscain se caractérise comme une structure « horizontale » puisque c’est, à la base, une « fraternité ». Ceci peut s’apparenter au contexte de l’époque qui est marqué par l’affaiblissement du système féodal et la tendance à la réunion des hommes en association ou en confrérie. De là mûrie une conception d’une autorité qui ne descendrait pas sur un homme mais qui serait conférée par le choix électif des membres de l’association. C’est ce que propose Saint François, ainsi il met en garde contre la domination dans toutes les relations humaines.
La vocation première du religieux mendiant n’était pas d’expier ses propres fautes ou ses manquements envers la règle, mais d’amener les fidèles à la pénitence et les infidèles à la vraie foi.
Lignes 16-17 « Quand les frères iront en voyage, qu’ils n’emportent rien pour la route, ni sac, ni besace, ni pain, ni argent ni bâton ; et s’ils entrent en quelque maison, qu’ils disent d’abord « Paix à cette maison ».
Les franciscains se montrent extrêmement ouverts au monde qu’ils se proposaient d’évangéliser. A l’inverse des moines, ils ne renonçaient à la vie profane que pour mieux se tourner vers ceux qui les entouraient. Ainsi Saint François n’envoie pas ses frères au travail par simple solidarité avec la condition humaine mais pour y introduire l’utopie de l’Evangile.
De ce fait, les mendiants n’étaient pas astreints à la stabilité mais se caractérisaient au contraire par une grande mobilité. Saint François lui-même se déplacera dans l’Europe et même dans les pays musulmans. Les déplacements étaient constants et les frères, par groupe de deux, utilisaient les routes à l’image du Christ pèlerin.
Les relations avec les laïcs étaient importantes, la mendicité, sous la forme de la quête, était pour les frères l’occasion d’une rencontre avec ceux dont ils dépendaient pour leur subsistance matérielle. D’ailleurs les laïcs représentaient une part importante dans la fraternité des frères mineurs, Saint François lui-même était à l’origine un laïc.
Ainsi à la ligne 11 « Que les frères qui savent un métier l’exerce », ceci fait directement allusion aux frères de la fraternité qui en majorité, exerçait un travail manuel.
Lignes 20-21 « Je vis Saint François prêcher sur la place devant le Palais communal, où presque toute la population de la ville s’était réunie.
C’est évidemment la prédication qui était l’occasion principale de transmettre la bonne parole aux fidèles. Cela pouvait se faire dans le cadre d’une église paroissiale, où le curé avait invité ou laissé venir les religieux, ou en plein air, sur les places publiques qui attiraient une population importante. Par des voies diverses, les mendiants ont cherché à influencer le monde des laïcs en y créant des points d’appuis et des réseaux assurant la diffusion du message pénitentiel et des thèmes spirituels dont ils étaient porteurs, comme le prouve l’attitude des habitants de Bologne après le prêche de Saint François. Ainsi les franciscains ont joué un rôle important dans la lutte contre les hérésies de l’époque.
La naissance des deux premiers ordres Mendiants, qui répondaient autant aux besoins de l’Eglise qu’à l’attente spirituelle du temps, marque une rupture profonde avec la tradition.
Bien qu’ils soient souvent appelés moines, ils ne sont pas en fait de véritables moines, puisqu’ils ne vivent pas complètement à l’écarte du monde, ne sont pas astreints à la stabilité et par-dessus tout ont une vocation d’apostolat et d’action.
Saint François connut un succès extraordinaire de son vivant, personnalité rayonnante et charismatique, il existait chez lui une cohérence absolue entre le dire et le faire, le message proclamé et sa réalisation effective. Ce message était axé essentiellement sur la pauvreté. Loin d’être seulement une condition sociale ou une vertu, celle-ci constituait à ses yeux l’essence même de la vie évangélique. Vivre selon l’Evangile, c’était pour lui accepter de se trouver sur un pied d’égalité avec les plus pauvres et de ne rien posséder juste la subsistance quotidienne, à l’instar du Christ qui n’avait ni demeure fixe ni argent. C’est pour la même raison qu’il privilégiait également l’humilité ainsi que le refus du pouvoir sous toutes ses formes et à n’obéir qu’à Dieu.
Bibliographie :
I. Gobry, Saint François d’Assise et l’Esprit franciscain, Paris, 1957.
M. Hubaut, La famille multiple de Saint François, Paris, Les éditions du Cerf, 1981
M. Pacaut, les ordres monastiques et religieux au moyen age, Paris, Nathan, 1970
Bonne lecture
Ce message a été modifié par Hadora - Monday 17 April 2006 à 19:17.