Monday 16 March 2009 à 15:14
Bonjour,
Aujourd'hui, les rayons du soleil percent à travers mes fenêtres, et éclairent mes bras, faisant ressortir quelques vieilles cicatrices. Vieilles, car leurs raisons sont loin pour moi, mais dans les faits, elles ne datent pas de si longtemps que ça, à peine quelques années.
C'est quelque chose dont j'ai peu parlé, déjà à l'époque, et encore aujourd'hui. Le fait de m'en rendre compte il y a quelques minutes m'a donné envie d'ouvrir le débat sur le sujet, en commençant par raconté la façon dont j'ai moi-même vécu la scarification à l'époque.
Il faut donc remonter à l'époque où j'avais 14/15 ans, et où je traversais une très sale période (pour des raisons que je n'expliquerais pas ici). Je me souviens parfaitement de la première fois où je me suis volontaire entaillé la peau, de manière assez profonde. C'était un soir où j'avais une "crise", où mon mal-être arrivait à un stade si élevé qu'il fallait à tout prix que j'arrive à l'extérioriser. Claquer les portes, briser des objets, provoquer des disputes, n'avaient plus aucun effet depuis déjà pas mal de temps. Je me revois très bien assise au même endroit où je suis maintenant, à mon bureau, et aviser une paire de ciseaux. C'étaient des petits ciseaux pour enfants, ils étaient rouges, je les revois très bien. Et s'ils étaient destinés à des enfants, je savais très bien que leurs lames étaient tranchantes. Quand j'ai pris conscience du "pouvoir" de ces lames, j'ai été prise d'un besoin presque oppressant, et je les ai saisis et ai entaillé le plus fort possible la peau de mon avant bras. Passé la brûlure de la coupure, j'ai immédiatement ressenti un vrai soulagement, comme si tout mon mal s'écoulait par cette entaille. J'étais fascinée par le sang qui sortait de la blessure, comme la preuve que mon mal l'accompagnait. Je me sentais bien.
J'ai donc continué à m'entailler la peau assez souvent, et cela me soulageait toujours, toute fois pas de façon aussi satisfaisante que la première fois. Plus tard, j'ai découvert sur internet que ce que je faisais s'appelait "scarification", et qu'il s'agissait d'une mutilation. Au début, je n'ai pas compris pourquoi on parlait de mutilation, car cela m'apportait plus de bien que de mal. Le mécanisme qu'on décrivait à chaque fois faisait état de ce besoin de soulagement par la douleur, et de cette satisfaction que j'avais moi-même expérimentée. C'est à ce moment là, je pense, que j'ai pris conscience que pour en arriver là, c'est que j'étais vraiment mal.
Durant environs un an et demi, j'ai continué à me scarifié de façon régulière, et j'ai eu le temps de comprendre pourquoi la scarification était vue comme une chose grave. Elle agit comme une drogue, comme de l'héroïne. La première fois qu'on le fait, elle nous procure un tel sentiment de soulagement qu'on recommence inlassablement afin de retrouver cette sensation. Le problème, c'est qu'en voulant retrouver cette sensation, on s'enferme encore plus dans notre mal-être. Ce qu'on pense nous soulager ne fait que nous rendre dépendant de nos maux car ce n'est que quand on se sent mal qu'on peut ressentir ce soulagement, soulagement vraiment libérateur sur le coup.
Une fois que j'ai pris conscience de tout ça, j'ai commencé à vouloir prendre contact avec des gens dans la même situation que moi, notamment à travers les blogs qui commençaient à fleurir partout à l'époque, pour en parler, car je ne le faisais pas, à personne. Et au gré de mes lectures et de mes échanges, j'ai constaté un phénomène qui me laissait perplexe. Je m'étais scarifiée la première fois parce que je ressentais ce besoin forcené d'extérioriser le mal que j'avais en moi, je me suis renseignée ensuite, et je le gardais pour moi. Ce que je constatais chez la plupart des personnes dans mon cas, c'est qu'ils avaient eu la démarche inverse et contraire. Ils connaissaient déjà le sujet de la scarification, s'étaient mutilés ensuite, et surtout, l'affichaient partout, en parlaient à tout le monde. C'était presque devenu une mode...
La façon dont j'ai interprété ça, c'est que dans ces cas-là, c'est que ce la scarification n'était pas la preuve d'un mal-être profond (qui existait certainement chez beaucoup d'entre eux), qu'elle ne leur apportait pas de soulagement comme j'avais pu en ressentir, mais plutôt que c'était un moyen de demander de l'attention, de se faire remarquer (pas dans le sens péjoratif du terme, juste pour montrer qu'ils sont là, en quelque sorte).
J'aimerai particulièrement avoir vos avis sur ce point, si c'est possible.
En ce qui me concerne, j'ai arrêté cette pratique lorsque les gens autour de moi ont commencé à s'en rendre compte, notamment mes parents, par le biais de ma mère qui m'a prise sur le fait. Arrêter n'a pas été facile, car comme je le disais, c'était comme une drogue pour moi, et j'ai mis plusieurs moi à m'en sevrer totalement. Les choses pour moi ne se sont pas forcément arrêté de suite, mais j'y voyais plus clair en tout cas, disons que ça m'a permis de sortir la tête de l'eau.
Voilà. Donc c'est long, désolée.
Donc les petites questions :
Que pensez-vous de cette pratique ?
Pratiquez-vous vous-même la scarification, ou avez-vous vous-même des proches qui le font ? Quels sentiments vous procure-t-elle ou à vos proches ? A-t-elle été une réponse à des problèmes ou en a-t-elle ajoutés ?
Pensez-vous qu'il faille laisser les personnes concernées le faire, ou tenter de leur venir en aide et les persuader d'arrêter ?
Si vous avez découvert que quelqu'un que vous connaissez le faisait, quelles ont été vos réactions, vos sentiments ?
Ce message a été modifié par Aotearoa - Monday 16 March 2009 à 20:45.