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Développement. Le Bangladais Mohammed Yunus, fondateur de la Grameen Bank, reçoit le Nobel de la Paix pour son système d'aide aux démunis. Faire de l'économie autrement est donc une manière de promouvoir la paix différemment. Mohammed Yunus aurait pu (dû ?) être nobélisé en économie : le voilà couronné pour oeuvre de pacification. Autour d'un thème clé du XXIe siècle : le développement. L'académie norvégienne a le mérite du contre-pied : à l'heure où les inégalités entre pays et à l'intérieur des pays explosent, elle consacre conjointement Yunus, le «prophète» du microcrédit, et sa création : la Grameen Bank. «Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu'une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté», justifie le comité Nobel norvégien. En ces temps de glorification de l'économie casino, des parachutes (dorés) et des salaires (démesurés) des patrons, et du triomphe d'une mondialisation libérale, voilà un prix symbolique. «Arme utile». Sur un point au moins : la reconnaissance que, sans développement réel, nulle paix n'est possible. «Et nul mur, aussi haut soit-il, entre le Mexique et les Etats-Unis, l'Europe et l'Afrique, ne résoudra rien, si ce n'est par l'absurde», lâche un haut responsable du Programme des Nations unies pour le développement. On s'emballe ? «Non, on touche au coeur du sujet, répond Maria Nowak, promoteur du microcrédit en France et qui connaît Yunus depuis les années 80. La pauvreté et l'exclusion sont le terreau des guerres, des terrorismes et de l'immigration massive. Et les microcrédits sont une arme utile : ça change des "éléphants blancs", ces mégaprojets qui ne mobilisent pas les individus.» Martha Stein-Sochas, directrice de la division banques et marchés financiers de l'Agence française de développement, ne dit pas autre chose : «Seule une croissance économique équitable peut stabiliser et pacifier les pays. Et la microfinance (épargne, crédit, etc.) joue un rôle inclusif essentiel.» Parce qu'elle jette les bases de prêts potentiellement étendus à 3 milliards de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (2 dollars par jour) et autant d'exclus du système bancaire ? Non, rétorque un expert, parce que, «se prendre en main, ça change aussi de l'infantilisation» des programmes de développement dessinés dans les bureaux des institutions internationales. «Le Nobel vient saluer une des rares expériences de développement, avec la démocratie participative, qui vient du Sud», ajoute, radieux, Bernard Pinaud, du Crid, un réseau de solidarité français. Belle idée, à condition d'en reconnaître les limites : incapables de rembourser, des clients acceptent des crédits relais auprès d'autres institutions ; d'autres se servent uniquement du cash pour payer les dépenses de consommation. Ou de survie. «ça sert au capital humain», répond un microfinancier... Récupération. «Eliminer la pauvreté dans le monde, reconnaît le comité Nobel norvégien, [...] ne peut être concrétisé avec comme seul outil le microcrédit.» Le microcrédit ou, plus largement, la microfinance, ne sont pas l'alpha et l'oméga pour sortir du mal-développement. «Cela ne remplace pas la démocratie, les infrastructures et les échanges commerciaux régionaux», concède Jacques Attali, président de Planet Finance. Après avoir suscité la défiance, la méfiance des banques, le microcrédit est aujourd'hui récupéré par ces mêmes banques. Microcrédit, microcrédibilité ? Non, un levier parmi d'autres pour bouger les choses. Les altermondialistes l'ont compris. Absents lors des premiers forums sociaux mondiaux (2001, Porto Alegre), les tenants de l'économie solidaire dont les microfinanciers ont désormais droit à autre chose que les strapontins. Preuve, peut-être, qu'il n'y a pas de voie unique pour changer les faces du monde. |
| QUOTE (systaleaz @ 16 Oct 2006 à 21:24) |
| Pensez-vous que ces facilités financières permettent le développement durable d'un pays? |
| QUOTE (cokka @ 16 Oct 2006 à 21:33) |
| C'est vrai qu'on peut se demander si ce genre d'initiative est bien sérieuse. Quand j'ai entendu que le bonhomme a commencé avec un capital de 27 dollars et qu'il pèse aujourd'hui plusieurs milliards, je me suis dit qu'aussi bizarre que ça paraisse, la question ne se posait même pas. C'est à la fois encourageant et un peu triste de se dire que nous sommes des millions, à travers le monde, à n'avoir besoin que d'un minuscule coup de pouce financier pour donner vie à ses projets et sortir de la misère. Et avec 98% de prêts remboursés, plus que dans nos banques de "riches", ça prouve bien que le système est optimal et que ce prix Nobel est amplement mérité |
| QUOTE (Le collectif @ 17 Oct 2006 à 12:15) |
| Le type prône à tout va l'ascension sociale par le travail personnel. Il est donc pas du genre à remettre en cause les castes et la condition des Shandallah, par exemple. |
| QUOTE (Le collectif @ 17 Oct 2006 à 12:15) |
| C'est mieux ça que rien. Mais n'oublions pas que ce microcrédit s'inscrit dans le mouvement plus large de la libéralisation croissante de l'Inde. Le type prône à tout va l'ascension sociale par le travail personnel. Il est donc pas du genre à remettre en cause les castes et la condition des Shandallah, par exemple. Il est critiqué sur de nombreux points par des intellectuels indiens de gauche (ex. Vandana Shiva, prêtresse de la décroissance économique), comme quoi son initiative étoufferait une partie du problème et ne ferait que panser une plaie encore béante. Bon, faut l'admettre, y'a une marge entre rejetter en bloc son initiative et la nuancer. Alors disons que si celle-ci doit exister, c'est réactivement à l'omnipotence du secteur bancaire. Mais il serait dommage de limiter une lutte sociale en Inde au seul plan économique et à l'ascension par le travail, car, d'une part, celle-ci n'est pas donnée à tous, de l'autre, en laissant le secteur privé jouer les mécènes, on copie le modèle social américain, qui est loin d'être aussi bon qu'on le prétend. |
| QUOTE (Yorgat @ 17 Oct 2006 à 19:08) |
| Un paramètre qui ne semble pas pris en compte pour expliquer le succès du microcrédit est qu'il permet de contourner la corruption. Faites un gros projet avec un pays comme le Brésil, qui implique des acteurs privés et publiques, des organismes et vous pouvez être sûr qu'au moins 40% de votre financement, si vous êtes une banque, partira dans les poches privés des intermédiaires, à commencer par les dirigeants des organismes. Ca fait partie de la culture. Le micro-crédit est un financement accordé à des individus identifiés, pour un petit projet clair et bien décrit. La somme est petit et donc plus facilement controlable. On est ainsi sur que des managers intermédiaires ne vont pas s'empifrer sur les enveloppes proposées. |
| QUOTE (Grenouille verte @ 17 Oct 2006 à 19:20) |
| ??? S'il prônne "l'ascension sociale par le travail personnel", pourquoi ne serait-il pas du genre à remettre en cause les positions sociales fixées par la naissance du système des castes ? |
| QUOTE (Cléo 31 @ 17 Oct 2006 à 20:00) |
| Je serai bien en peine pour parler de l'Inde. Mais tes critiques sont intéressantes car on adresse les mêmes aux micro-crédit en France. Les organismes disent bien qu'ils ne sont qu'un moyen et non LE moyen de lutter contre la pauvreté. Je crois que tout le monde est d'accord là-dessus. Le micro-crédit a aussi été critiqué comme un pis aller du libéralisme. Pire certains ont dit que le micro-crédit participait au démentèlement des droits sociaux: pourquoi employer un salarié quand on peut acheter les services d'une personne qui a créé son activité et supporte seule les aléas? C'est une critique fondée car certains travaillent 10/12h par jour (ils doivent gérer leur compta etc...) pour l'équivalent du SMIC. Même si on doit tenir compte de ces limites, la pratique est complexe, en France j'entends. Certaines structures s'inscrivent dans une logique libérale. D'autres relèvent plutôt de l'économie solidaire. Elle n'assure pas qu'un prêt, elles essaient de mettre les créateurs en relation pour s'entraider, organisent des rencontres débats avec des professionnels, des conseillers suivent les créateurs durant le remboursement du prêt (2 à 3 ans) et apportent conseil, soutien moral...c'est de "l'économie qui se veut humaine". |
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