Une des plus grandes supercheries de l histoire du surnaturel: l extraterrestre de RoswelllienL Humanité:
L’extraterrestre de Roswell ou l’envie d’y croire
IL faut le voir pour le croire. Et plusieurs millions de téléspectateurs ont découvert sa photo, hier soir, sur TF1. On l’appelle l’extraterrestre de Roswell et il ressemble drôlement à son collègue du cinéma, E.T. La chaîne privée présentait une émission en « prime time » autour d’un film montrant « l’autopsie » d’une créature venue d’ailleurs, dont la dépouille aurait été trouvée il y a presque quarante ans, dans le sud des Etat-Unis. Info ou intox ? Nous penchons franchement vers la seconde réponse. Il s’agirait en fait d’un vaste canular, pour ne pas dire une grave arnaque lorsqu’on voit l’opération commerciale mise en place autour du prétendu document.
L’affaire part d’un fait avéré. Le 24 juin 1947, près de la base nucléaire de l’armée américaine de Roswell, au Nouveau-Mexique, un escadron d’engins brillants de forme ovoïde apparaît au-dessus des montagnes semi-désertiques de la région. L’expression « soucoupe volante » naît de la bouche d’un des nombreux témoins. L’Amérique de cette époque a les yeux braqués sur le ciel. Elle est partie à la conquête de l’espace et l’un des plus importants centre de recherche se trouve justement au coeur du Nouveau-Mexique. Les esprits s’échauffent autour d’une possible rencontre avec des « extraterrestres ». Quelques jours après l’apparition, l’armée diffuse un communiqué précisant qu’il s’agit de ballons météo dont un s’est scratché dans les montagnes. L’affaire « Roswell » meurt doucement, après quelques tentatives de résurrection manquées dans les années soixante-dix. L’armée révélera bien plus tard, en 1992 précisément, que les ballons météo étaient en fait des ballons sondes mis au point pour détecter les essais nucléaires. Une information classée secret d’Etat, en 1947, en pleine course à l’arme atomique. Une précision balayant définitivement les supputations avancées après l’apparition.
Mais non. En 1994, coup de théâtre : une société de production britannique annonce détenir un film sur « l’autopsie de l’extraterrestre de Roswell », mystérieusement introuvable jusqu’alors. Dans l’opération, les ballons redeviennent des soucoupes volantes. L’un d’eux se serait scratché dans le désert avec une créature à bord. L’armée a récupéré le cadavre et procédé à une autopsie. Ça vient de sortir et les télévisions souhaitant se procurer le document n’ont qu’à abouler la monnaie. TF1 rachète les droits et monte l’affaire en épingle : émission télé, cassette vidéo, livre sur le sujet, articles dans la revue « Mystère »… une opération marketing rondement menée, d’autant que TF1 entretient le mystère en ne diffusant pas le film de l’autopsie lors de son émission. A charge du téléspectateur d’acheter la cassette si le sujet l’intéresse…
A la lumière d’un regard de scientifiques, comme celui du médecin légiste Le Breton et celui du physicien Henri Broch, le fameux document ne tient pas la route qui nous mènerait jusqu’aux extraterrestes. La société britannique refuse d’ailleurs de laisser les experts authentifier la pellicule et prend garde d’entourer de guillemets les termes « extraterrestres » et « autopsie ». Le film, commercialisé par un producteur de films d’horreur et figure du monde du rock, laisse même les ufologues (spécialistes des OVNI - NDLR) sceptiques à 99,9%. Quant au bonhomme débarqué d’une lointaine galaxie, il présente tant de similitudes avec un humain ou plus précisément un mannequin, que la probabilité de son existence est égale à une chance sur un milliard.
Mais justement, c’est souvent cette petite « chance sur un milliard » que nombre de Français retiendront, quels que soient les autres éléments prouvant la supercherie. La croyance en des phénomènes paranormaux ne cesse d’augmenter. L’étude des sociologues Daniel Boy et Guy Michelat pointe la peur du chômage et la solitude affective comme causes profondes de cette fascination pour le « surnaturel ». Comme s’il fallait se raccrocher à un autre monde pour expliquer que la Terre ne tourne pas rond pour tout le monde. Ce sont les catégories socioprofessionnelles les plus élevées qui s’avèrent être les plus crédules. Ce sont souvent elles qui tombent aussi entre les griffes de certaines sectes.
Notons également que ces classes supérieures sont aussi celles qui ont le plus facilement accès à la montagne de livres, articles, colloques et aux émissions télé consacrés aux phénomènes surnaturels. Ce sont elles également qui sont les plus réceptives à la nouveauté. Quoi de plus séduisant, d’ailleurs, qu’une possible rencontre avec des êtres venus de très loin ? D’autant que cette presse du paranormal et son traitement télévisé met en scène les phénomènes « étranges » avec habileté. S’équipant d’un vocabulaire pseudo-scientifique, s’attachant aux dires de pseudo-experts, se référant à de pseudo-documents authentiques, elle force l’adhésion. Du coup, l’esprit critique et sceptique tourne à vide, faute de données autres. A si, pardon, vendredi soir, l’émission « Science 3 » posait la question « Sommes-nous seuls dans l’univers ? » et y répondait de manière passionnante. C’était sur France 3 et le sujet était programmé à 23 h 20.
ANNE CICCO.