mardi 14 février 2006 à 00:30
"LES PREMIERS signes de nervosité se manifestent. Entamée il y a huit jours, la grève des agents publics en Allemagne prend de l'ampleur, et une série de responsables politiques s'inquiète des conséquences de ce mouvement qui touche à la fois les communes et les Länder.
Sans surprise, ce sont les ministres-présidents de Länder à élections imminentes qui prônent le compromis avec Ver.di, le syndicat des services qui orchestre les arrêts de travail. Au Bade-Wurtemberg, où le scrutin régional est fixé au 26 mars, le conservateur CDU Günter Oettinger s'est déclaré prêt à un relèvement des salaires pour peu que soit accepté le passage à la semaine de travail de 40 heures. Tout social-démocrate qu'il est, Kurt Beck, son alter ego de Rhénanie-Palatinat, qui affronte les urnes le même jour, se déclare ouvert à cette solution.
Moins bousculés par les échéances politiques, les responsables des autres Länder concernés ne veulent pas en entendre parler. Surtout, Frank Bsirske, le patron de Ver.di, a immédiatement rejeté l'offre. Pour lui, c'est une question de principe. «Toute prolongation de la durée du travail constitue une contribution active à l'augmentation du chômage» qui touche toujours plus de 5 millions d'Allemands.
Ver.di chiffre à un quart de million le nombre d'emplois en jeu si la semaine de travail passait de 38,5 à 40 heures pour les «agents» qui sont dans la fonction publique sans pour autant bénéficier d'un vrai statut de fonctionnaire. Chiffre contesté par les administrations régionales et communales qui affichent leur incompréhension devant le refus de travailler «18 minutes de plus par jour».
Le plus dur conflit depuis 1992
La grève a débuté il y a une semaine dans les services communaux du Bade-Wurtemberg (nos éditions du 3 février) et a gagné la Sarre deux jours plus tard. Elle va s'y étendre à partir de ce matin, dans les hôpitaux, les crèches et la collecte des ordures, en particulier. Mais, surtout, elle concernera, à partir d'aujourd'hui une demi-douzaine de Länder supplémentaires. Deux organisations syndicales de moindre importance ont annoncé vouloir s'y associer pour épauler Ver.di.
D'ores et déjà, le mouvement s'annonce comme le plus dur dans la fonction publique depuis la «grande grève» de 1992 qui avait paralysé le pays pendant onze jours avant d'aboutir à un compromis sur les exigences salariales.
Cette fois-ci, Ver.di se bat dans les communes pour la durée du travail. Quant aux Länder, tous concernés sauf la Hesse et Berlin, le syndicat veut les contraindre à garder les 38,5 heures en vigueur à l'Ouest, mais surtout à adopter un accord tarifaire qu'ils refusent alors qu'il vaut déjà pour la fonction publique fédérale et communale.
Les responsables syndicaux affirment envisager une épreuve de force de l'ordre de quatre, voire six semaines. La lutte de Ver.di se double de négociations tarifaires qui s'annoncent dures dans le secteur clef de la métallurgie où, dans un premier temps, IG Metall exige une hausse de 5% alors que le patronat affirme ne pas pouvoir dépasser 1,2%."
Source : Le Figaro

Si seulement les Français pouvaient se bouger comme les allemands pour contrer la casse sociale des classes dirigeantes. Tout nos acquis sociaux sont mangés petit à petit au nom du libéralisme et de la "croissance" qui ne bénéficie qu'à une petite partie de notre société...