lundi 07 janvier 2008 à 12:32
J'ai trouvé un article dans l'express dimanche , et je me suis souvenu de ce topic .
ESPRIT LIBRE
L’œil ?Quand on parle de l’œil, viennent à l’esprit deux aspects de cet organe : l’œil physique, organe de la vision qui capte la lumière ; et l’œil symbole de clairvoyance, relié, dans la Tradition, au troisième œil, la glande pinéale, avec la faculté de prédiction. La vue est en effet le sens qui a fourni au langage une quantité d’expressions soulignant non seulement la vision, mais aussi la pré-vision… Les yeux, le regard ont donné un nombre surprenant de métaphores. Sans doute parce que c’est le regard qui donne à un visage son expression première. Avec la couleur des yeux, (aux nuances variables, car il y a dans l’œil aussi un petit miroir concave), l’expression des sentiments : douceur, dureté, étonnement, lassitude… On parle d’ouvrir les yeux sur tel ou tel fait, c’est-à-dire de le comprendre, d’y voir clair. Avoir bon pied, bon œil, tout faire pour les beaux yeux d’une femme, faire les yeux doux, rouler des yeux furieux, ouvrir des yeux ronds, ou les yeux de quelqu’un (sur une énigme…), ne pas fermer l’œil de la nuit, ou au contraire fermer les yeux sur des agissements douteux… Regarder dans les yeux quelqu’un : sans détours, avec franchise ; signer un document les yeux fermés, en toute confiance, maigrir à vue d’œil, rapidement. « Je n’en crois pas mes yeux, (tellement c’est surprenant), il la dévorait des yeux, n’avoir plus d’yeux que pour pleurer », etc.
Dans la mythologie de l’Inde, les deux yeux représentent le soleil et la lune. L’œil droit correspond au futur (le soleil), l’œil gauche le passé (la lune). Chez les Anciens, l’œil unique, frontal, comme chez le cyclope Polyphème dans « L’Odyssée » d’Homère, marque une régression mentale, en… regard de la vision binoculaire de l’homme. C’est pourquoi l’ingénieux Ulysse trompera sans peine le cyclope pour sortir ses compagnons de la grotte du géant…
L’œil unique, sans paupière, inscrit dans un triangle, est un symbole maçonnique de vigilance. On retrouve cette idée dans le Victor Hugo de « la Légende des Siècles ». Lorsque Caïn, après avoir tué son frère Abel, fuit l’œil du remords, entraînant sa tribu dans sa fuite éperdue. Où qu’il aille, l’œil le suit à travers l’espace, sans répit. Epuisé, ne sachant plus où aller, il demande qu’on l’enferme dans un tombeau, à demi-fou. Et le poète conclut : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »
Dans le plumage du paon, « l’œil » évoque un soleil. Quand l’oiseau « fait la roue », en ouvrant le plumage complet, on y voit un signe d’orgueil, le désir d’être admiré comme un oiseau unique.
En poésie surtout, le thème des yeux est largement illustré. Pour le poète, chantant sa Belle, le regard est captivant, enjôleur, magique. Il éclaire un visage comme une source de lumière. De « grands yeux », « l’œil de biche », l’éclat d’un « regard de braise » sont sans équivalent pour figurer la beauté d’un visage… C’est Aragon chantant les « Yeux d’Elsa » :…
« A l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé/Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent/L’été taille la nue aux tabliers des anges/Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés… »
Joie, ivresse, désespoir, les yeux peuvent exprimer tous les sentiments d’un être. Ce que souligne souvent un maquillage subtil et coloré… Déjà dans l’Egypte ancienne, la statuaire révèle l’importance des yeux, amplifiée par le fard, cette singulière puissance du regard, sa beauté, son mystère…
Le « mauvais œil » est un thème privilégié de la sorcellerie.
Il indique le pouvoir mental, diabolique que la sorcière jette sur une personne. L’œil de certains animaux est également redouté : la vipère, le gecko, le crocodile ; d’autant que certains possèdent des organes multiples, l’araignée, par exemple. Jadis, brûler les yeux d’un prisonnier vaincu était un châtiment terrible, réduisant la victime à la nuit complète. Chez les Gaulois, un œil grand signifiait l’assurance de la force et du triomphe.
Les yeux ont aussi un rôle important dans certains traitements médicaux. L’hypnose, sommeil provoqué par une forme d’éblouissements répétés, permet au patient de lever les barrières de la vigilance, et de « rentrer » au plus profond de sa conscience. Récemment, est née la technique de l’E.M.D.R. (Eye movement desensitization and reprocessing : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires), mise au point par Francine Shapiro. Voici (rapidement) ce qu’en dit le Dr David Servan-Schreiber :… « La force de l’EMDR, nouvelle méthode de traitements des traumatismes psychiques, tient à la rapidité avec laquelle nous voyons les patients se libérer… S’agit-il d’un mécanisme qui réorganise la mémoire pendant les rêves (pendant lesquels les yeux bougent de droite à gauche) et permet aux émotions douloureuses de disparaître ? »
Michel BEDU
Sources :
ICI