mercredi 19 avril 2006 à 17:32

• Soufiane est un kitesurfeur mondial
• Parcours du combattant pour un amoureux de la mer
• Consécration mondiale mais inconnu au Maroc!
LE kitesurf ou flysurf, ce nouveau sport de glisse en vogue depuis plus de 5 ans, a désormais ses passionnés dans les plus prestigieuses plages du monde. Ce sport de mer acrobatique est un véritable défi au milieu aquatique et à l'espace.
Soufiane Hamaini, ce Souiri de 20 ans d'un milieu très modeste, n'avait jamais espéré intégrer ce monde de sensations fortes.
Pourtant, il vient de se classer quatrième au niveau mondial. Il est maintenant sollicité par des sponsors internationaux et des magazines. Soufiane passe à la télévision espagnole pour représenter la marque Sons Of The Desert (Le fils du désert). “Je suis constamment sollicité pour des autographes”, affirme fièrement Soufiane Hamaini. “Mais au Maroc, personne n'a entendu parler de moi”, se désole-t-il.
Soufiane est un passionné de surf depuis l'âge de 13 ans. Issu d'une famille nombreuse, son père faisait de petits métiers dans le port de pêche d'Essaouira et sa mère “galérait” dans une ancienne fabrique de poisson.
Tout en poursuivant ses études au collège, il travaillait comme apprenti tailleur. Il voulait gagner un peu d'argent pour acheter une planche à voile. “J'ai trimé pendant des mois pour avoir 800 DH”, raconte-t-il. Il découvre par la suite que la voile à elle seule, coûte près de 3.000 DH, sans compter le mât, les autres accessoires et la combinaison.
Prenant son mal en patience, il commence à faire du surf avec une planche, trop grande pour ce sport léger. Il allait braver les grosses vagues du Cap Sim, à 34 km d'Essaouira (actuellement concerné par le projet des éoliennes): 28 km en bus et 6 km à pied. En juin 1999, juste après le Festival des Gnawa, la plage de la ville a abrité la 3e étape de la Coupe du monde du kitesurf.
Gnawi aussiSponsorisée à l'époque par Royal Air Maroc et Brunoti, cette étape avait connu la participation d'athlètes de différentes nationalités.
Le jeune Souiri y rencontre un Français, Christopher Tasti, champion du monde du kitesurf. Agé alors de 15 ans, Soufiane a le coup de foudre pour ce sport de voltige qui “fait monter l'adrénaline”. “Je n'oublierai jamais le moment où Christopher m'a donné son kitesurf pour l'essayer”, se rappelle-t-il.
Soufiane faisait partie d'un groupe de Gnawa qui se produisait au restaurant “Chez Taoufik”. Le kitsurfer français a été touché par la fougue de Soufiane. Il l'a donc initié au kitesurf.
En 2000, Soufiane travaille comme moniteur (bénévole) dans une école de sports nautiques. Il reçoit en contrepartie une vieille voile, mais sans planche. Il bricole alors son propre kitesurf.
L'été suivant, Christopher l'inscrit pour participer à une compétition sur la plage de la ville. C'est sa première apparition médiatique. Et c'est le premier Arabe pratiquant ce sport cité par le Fly Surf Magazine.
C'est Agustin Carrion, un Espagnol amoureux du Maroc, qui le propulse sur la scène mondiale. En 2003, Soufiane se rend à Tarifa pour côtoyer les professionnels de la glisse et trouver des sponsors.
Son premier sponsor fut Oviedo et Shing-Chot (marque américaine). Soufiane se classe 4e au niveau mondial en 2004.
Pour cela, il est allé en Autriche, en Belgique, au Portugal, en Allemagne, aux îles Canaries, à Fuerte Aventura, au Brésil, en Turquie et en Nouvelle-Calédonie.
Le jeune champion a eu la consécration internationale. Actuellement, il se prépare pour la Coupe du monde 2005. Le circuit pour cette année passe par l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Turquie, le Portugal, le Brésil, la France, la Nouvelle-Calédonie et l'Afrique du Sud. Un circuit qui nécessite un budget de 1,15 million de DH. Soufiane évoque les difficultés de financement.
Les jeunes de sa ville sont fiers de leur champion et veulent tous l'imiter. “Pourtant, au début, personne n'y croyait”, conclut Soufiane.